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Après Yamoussoukro et Agboville, la contestation gagne Daloa

Des affrontements ont éclaté ce mardi dans certains secteurs de Daloa entre manifestants et forces de l’ordre, sur fond de contestation du quatrième mandat d’Alassane Ouattara, dans un climat politique déjà très tendu.

De nouveaux affrontements ont opposé mardi 21 octobre 2025 matin des manifestants aux forces de l’ordre dans des quartiers de Daloa, dans le centre-ouest de la Côte d’Ivoire, sur fond de contestation du quatrième mandat du président sortant, Alassane Ouattara. Les protestataires, majoritairement jeunes, affirment avoir organisé une marche pacifique pour réclamer “la fin de l’injustice électorale”, mais dénoncent l’usage de gaz lacrymogènes par la police et la gendarmerie.

« Des lacrymogènes partout »
Des vidéos et témoignages recueillis sur place montrent des scènes de tension dans plusieurs quartiers, notamment à Sapia et dans le centre-ville de Daloa. “Les jeunes sont révoltés, mais ils ne sont pas armés. C’est une marche pacifique”, déclare une habitante, filmée sur les lieux. D’autres témoins parlent de gaz lacrymogènes lancés “près des écoles”, ce qui aurait “révolté les parents d’élèves”.

“Ce que vous voyez, c’est la gendarmerie, c’est la police. Ils lancent des lacrymogènes partout, même dans les cours d’école”, raconte une autre femme, visiblement émue. Dans les enregistrements, des nuages de fumée se dégagent des rues tandis que des groupes de jeunes scandent des slogans hostiles au quatrième mandat du chef de l’État.

Les forces de l’ordre, déployées en nombre, ont tenté de disperser les attroupements à l’aide de gaz lacrymogènes. À ce stade, aucun mort ni blessé n’a encore été déploré.

Mais des manifestations ont déjà eu lieu dans cette partie du pays ces derniers jours au cours desquelles un manifestant a perdu la vie après son arrestation, un bilan que les autorités ont confirmé lundi, annonçant une enquête. L’opposition évoque “au moins trois morts”, dont un nourrisson, depuis le début des manifestations le 11 octobre dernier.

Un quatrième mandat vivement contesté
Ces incidents surviennent dans un climat politique particulièrement tendu, à quelques jours de la présidentielle du 25 octobre. Depuis la mi-octobre, plusieurs villes du pays sont en proie à des affrontements sporadiques entre manifestants et forces de l’ordre, souvent autour de barrages érigés sur les routes principales.

Lundi 20 octobre, des marches et blocages ont également été signalés à Agboville, Yamoussoukro et Ouragahio. Dans ces localités, des pneus ont été brûlés et des voies temporairement obstruées avant l’intervention des Compagnies Républicaines de Sécurité (CRS), qui ont procédé à des dégagements rapides. Le gouvernement ivoirien a confirmé lundi soir la mort du sous-lieutenant Daniogo Klenon Lassina, tué par balles à Agboville lors d’une telle opération.

“On veut la paix, mais on veut aussi la justice”
La contestation est alimentée par le rejet par le Conseil constitutionnel de plusieurs candidatures d’opposition, notamment celles de Laurent Gbagbo (PPA-CI), écarté en raison de sa condamnation dans l’affaire du braquage de la BCEAO en 2018, et de Tidjane Thiam, radié de la liste électorale pour cause de double nationalité. D’autres, comme Pascal Affi N’Guessan, ont vu leur dossier invalidé pour non-respect des critères de parrainage.

Le Conseil constitutionnel a en revanche validé la candidature d’Alassane Ouattara (83 ans) pour un quatrième mandat, une décision vivement contestée par ses adversaires. L’opposition estime qu’elle viole l’esprit de la Constitution de 2016, qui limite à deux le nombre de mandats présidentiels, tandis que le pouvoir soutient que la révision constitutionnelle a “remis à zéro les compteurs”.

« On veut aussi la justice »
Le Front commun PPA-CI–PDCI, né d’un rapprochement entre les deux principales forces d’opposition, a appelé à la poursuite des mobilisations quotidiennes “pour la démocratie, la justice et la paix”. Les autorités, elles, ont interdit toute manifestation contestant les décisions du Conseil constitutionnel.

Le Conseil national de sécurité, réuni le 2 octobre sous la présidence du chef de l’État, avait donné instruction aux ministres de la Justice et de la Sécurité d’empêcher les marches “susceptibles de troubler l’ordre public”. Le procureur de la République, Oumar Braman Koné, a annoncé environ 700 interpellations depuis le début des troubles, notamment à Abidjan et dans plusieurs villes de l’intérieur.

La tension reste vive à 48 heures de la clôture de la campagne électorale, fixée au 23 octobre. Cinq candidats demeurent en lice : Alassane Ouattara (Rassemblement des Houphouëtistes pour la Démocratie et la Paix, RHDP), Simone Ehivet Gbagbo (Mouvement des Générations Capables, MGC), Jean-Louis Billon (Congrès Démocratique), Ahoua Don Mello (indépendant) et Henriette Lagou Adjoua (GP-PAIX).

Alors que la situation semble sous contrôle à Abidjan, plusieurs observateurs redoutent une montée des tensions dans les villes de l’intérieur. Dans un communiqué ce lundi 20 octobre 2025, le gouvernement a appelé les citoyens « au calme, à la responsabilité et à l’unité ».

Mais à Daloa, des habitants disent craindre de nouvelles confrontations dans les jours à venir. “On veut la paix, mais on veut aussi la justice”, confie une mère de famille rencontrée dans le quartier de Lobia.

 

 

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