
« Même si les idéologies séparent les politiques, les occasions les rassembleront et les obligeront à se parler ». Après le passage de Mahamat Zeine, Premier ministre du Niger pour les assemblées annuelles de la BAD à Abidjan-Sofitel, cet autre gouvernement de l’AES est appelé (par circonstance) à partager quelques moments de chaleur avec Abidjan.
La Maison du Burkina à Abidjan
Selon les prévisions, ce sera au tour de l’exécutif burkinabè de se déporter dans la capitale économiquement ivoirienne à l’occasion de la cérémonie officielle d’inauguration de la Maison du Burkina Faso à Abidjan. Les avis sont partagés sur la délégation burkinabè qui sera à Abidjan : le capitaine Ibrahim Traoré (himself), son Premier ministre, le MAE ou le Président de l’ALT. 80% des ressortissants burkinabè son unanime que Ouagadougou sur le tapis rouge d’Abidjan.
Le chantier est dans sa phase de finition et bientôt le « joyau » devrait être livré aux membres de la Communauté, initiateur du projet. Ouagadougou devra renouer avec les autorités ivoiriennes le temps de cette activité hautement symbolique pour la fraternité et la réconciliation.
Alors que la Maison du Burkina à Abidjan s’apprête à être inaugurée, c’est tout un pan des relations entre le Burkina Faso et la Côte d’Ivoire qui resurgira. Cet imposant bâtiment de 16 niveaux, situé au cœur du quartier des affaires du Plateau, doit officiellement accueillir les services diplomatiques et économiques burkinabè.
Mais au-delà de l’architecture, l’édifice pourrait ranimer la flamme bilatérale, relancer les enjeux financiers et décrypter les tensions politiques actuelles. L’inauguration, prévue très prochainement (pas de date officielle), pourrait amener une délégation officielle burkinabè à fouler le sol ivoirien, une occasion diplomatique rare depuis que les relations entre Ouagadougou et Abidjan se sont fortement détériorées.
Une vitrine de la diaspora et de la coopération passée
Le projet, initié en 2011 sous Blaise Compaoré, répondait au souhait de la communauté burkinabè d’avoir un bâtiment représentatif en Côte d’Ivoire. Avec plus de 6 millions de Burkinabè vivant dans le pays, principalement actifs dans l’agriculture, cette maison devait incarner l’unité et la coopération entre les deux voisins. C’est un vieux rêve qui se concrétise. L’édifice rassemblera ambassade, consulat, chambre de commerce et autres services.
Officiellement, le coût de la Maison du Burkina reste non communiqué. La presse évoque entre 20 et 27 milliards FCFA. Mais les sources s’accordent : le montant ne dépasse pas 30 milliards. Il pourrait bien s’agir d’un partenariat public-privé. Certains évoquent une taxe sur les cartes consulaires ayant rapporté 1,5 milliard FCFA. Des contributions diverses et souvent souterraines ont été nécessaires pour bâtir ce « mini-gratte-ciel » qui deviendra le « bâtiment burkinabè le plus haut sur la terre des hommes ». Mais la Côte d’Ivoire a également joué un rôle déterminant dans le financement.
Un symbole d’union dans un contexte de division
L’inauguration de la Maison du Burkina pourrait-elle servir de levier diplomatique pour un apaisement ? Rien n’est moins sûr. Les tensions restent vives, les échanges commerciaux ralentissent et les désaccords politiques persistent. Pourtant, la symbolique du bâtiment demeure forte. Elle rappelle une époque de coopération, d’ambitions partagées, de projets communs. Mais aujourd’hui, cette tour de verre incarne surtout un paradoxe : vouloir montrer l’unité à l’extérieur, alors que tout sépare à l’intérieur.


