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RCI: L’ État répond à un rapport d’Amnesty à la situation de femmes enceintes incarcérées

Le ministère ivoirien de la Justice rejette les accusations d’Amnesty International, qui dénonce la détention de personnes, dont des femmes enceintes, cinq mois après les manifestations d’octobre 2025.

En Côte d’Ivoire, les autorités répondent aux critiques d’Amnesty International sur la situation de certaines personnes arrêtées lors des manifestations d’octobre 2025, à quelques jours de l’élection présidentielle. Dans un communiqué rendu public le 11 mars 2026, le directeur des Droits de l’Homme, Delbé Zirignon Constant, rejette les accusations de l’organisation de défense des droits humains.

La veille, Amnesty International affirmait que plusieurs personnes, dont des femmes enceintes, restent détenues cinq mois après leur arrestation lors de la répression de manifestations organisées par l’opposition. Selon l’ONG, certaines d’entre elles n’auraient pas participé aux rassemblements et d’autres auraient été jugées sans bénéficier de toutes les garanties d’un procès équitable.

« Aujourd’hui, cinq mois après leur arrestation, des personnes sont toujours détenues uniquement parce qu’elles se sont trouvées à proximité des manifestations », a déclaré Marceau Sivieude, directeur régional d’Amnesty International pour l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique centrale. L’organisation se dit notamment préoccupée par le cas de trois femmes enceintes détenues au pôle pénitentiaire d’Abidjan.

Le gouvernement réfute les accusations
Dans sa réaction officielle, le directeur des Droits de l’Homme affirme que les personnes mentionnées par Amnesty International ont été poursuivies dans le respect des règles judiciaires.

« Les personnes évoquées dans ce communiqué ont été régulièrement poursuivies, jugées et condamnées après avoir bénéficié de l’ensemble des garanties du procès équitable », indique Delbé Zirignon Constant. Selon lui, ces condamnations concernent des faits de troubles à l’ordre public liés à des attroupements lors de la période électorale.

Les autorités contestent également l’idée d’arrestations arbitraires.

« Contrairement aux énonciations du communiqué d’Amnesty International, ces personnes n’ont été ni arrêtées sans fondement ni condamnées inéquitablement », poursuit-il.
Le responsable rappelle par ailleurs que les condamnés disposent de voies de recours devant les juridictions compétentes. Plusieurs d’entre eux ont d’ailleurs interjeté appel des décisions rendues en première instance. « Il revient à la juridiction saisie de leur appel de procéder à un nouvel examen de l’affaire », souligne-t-il.

Des femmes enceintes au cœur du débat
Dans son rapport, Amnesty International évoque le cas de trois femmes enceintes arrêtées lors des rafles menées pendant les manifestations d’octobre 2025. Deux d’entre elles ont été condamnées à trois ans de prison pour « troubles à l’ordre public », « participation à une marche interdite » et « attroupement sur la voie publique ».

Leur avocat, Sylvain Tapi, affirme qu’elles ont été interpellées alors qu’elles vaquaient à leurs activités quotidiennes. « Ces femmes ont été prises lors de rafles alors qu’elles vaquaient à leurs occupations », explique-t-il, estimant que leur détention n’est pas compatible avec une grossesse.

Les autorités ivoiriennes contestent toutefois cette présentation. Dans sa réponse, le directeur des Droits de l’Homme affirme qu’aucune détenue enceinte ne se trouve dans des conditions incompatibles avec son état de santé.

« En Côte d’Ivoire, aucune femme privée de liberté n’est astreinte à un environnement défavorable au bon déroulement d’une grossesse », assure Delbé Zirignon Constant.
Le responsable gouvernemental indique également que plusieurs femmes enceintes ont été incarcérées pour diverses infractions au cours de l’année 2025. Selon les chiffres communiqués par les autorités, quinze détenues enceintes ont été recensées, dont cinq ont déjà accouché.

« Toutes ces femmes ont bénéficié et continuent de bénéficier d’un suivi médical régulier et de l’assistance des services sociaux », affirme le directeur des Droits de l’Homme.
À ce jour, huit femmes enceintes seraient toujours détenues dans les établissements pénitentiaires du pays. Le gouvernement s’interroge ainsi sur le choix d’Amnesty International de se focaliser sur trois cas précis.

« D’où vient-il alors qu’Amnesty International ne se préoccupe que du sort de trois d’entre elles ? », s’interroge Delbé Zirignon Constant, évoquant un traitement différencié entre détenues.

Un contexte politique tendu
Ces arrestations remontent à octobre 2025, à l’approche de l’élection présidentielle. Le Conseil national de sécurité avait alors interdit les rassemblements et déployé plusieurs dizaines de milliers de membres des forces de sécurité.

Le 11 octobre, des groupes de jeunes qui tentaient de se rassembler ont été dispersés par les forces de l’ordre. Les autorités avaient fait état de plus de 200 arrestations à Abidjan et d’une vingtaine à Dabou.

Quelques jours plus tard, le procureur de la République évoquait environ 700 interpellations dans le cadre de ces manifestations. Plusieurs personnes avaient ensuite été jugées et condamnées pour troubles à l’ordre public.

Cinq mois après ces événements, la situation de certains détenus continue donc d’alimenter le débat entre les organisations de défense des droits humains et les autorités ivoiriennes.

 

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