Laurent Gbagbo, ancien chef de l’Etat, n’a pas été jugé par la Haute Cour de Justice. Interpellé sur la question, le ministre Touré Mamadou justifie la procédure engagée et défend la souveraineté judiciaire de l’État ivoirien.
Pourquoi Laurent Gbagbo a-t-il été jugé par un tribunal ordinaire et non par la Haute Cour de Justice ivoirienne ? C’est à cette question épineuse qu’a tenté de répondre le ministre Touré Mamadou, porte-parole adjoint du gouvernement, dans l’émission Le Grand Talk diffusée ce 9 juin 2025.
En pleine procédure devant la Cour pénale internationale (CPI) où il répondait de crimes contre l’humanité, l’ancien président ivoirien a, pour rappel, été condamné par contumace en janvier 2018 par un tribunal d’Abidjan à 20 ans de prison et 329 milliards FCFA d’amende.
“Il a été représenté”
Ce verdict concernant le détournement présumé de fonds à l’Agence nationale de la BCEAO pendant la crise post-électorale est aujourd’hui encore remis en cause par Laurent Gbagbo, qui estime avoir été jugé par une cour illégitime.
« Dans cette procédure, Laurent Gbagbo a eu droit à des avocats qui l’ont représenté au procès, qui ont défendu ses intérêts », a répondu ce lundi le ministre Touré Mamadou, en guise d’explication.
« Il a eu droit à une justice équitable dans le sens où il a été représenté, a ajouté M. Touré. Et les avocats qui l’ont représenté sont encore là. Une décision a été rendue, je me refuse de commenter la décision de justice. »
Cependant, le ministre et porte-parole adjoint du RHDP n’a pas répondu si oui ou non le tribunal ivoirien qui a condamné Gbagbo était légitime. Selon la Constitution ivoirienne, la Haute Cour de Justice est compétente pour juger les anciens chefs d’État pour des actes commis dans l’exercice de leurs fonctions. Mais cette procédure nécessite une mise en accusation par l’Assemblée nationale à la majorité des deux tiers – une étape qui n’a jamais été enclenchée.
Une question de souveraineté
Autre sujet brûlant abordé par Touré Mamadou : le retrait de la Côte d’Ivoire de la Cour africaine des droits de l’homme après que celle-ci a demandé la réinscription de Laurent Gbagbo sur les listes électorales.
« Il faut savoir que plusieurs pays se sont retirés, a relevé Touré Mamadou pour justifier cette décision. La Tanzanie, qui est le pays siège, a quitté la Cour. Le Rwanda, le Bénin aussi. Pourquoi ? Parce que cette Cour est souvent allée au-delà de ses prérogatives. Certaines décisions risquaient de faire dysfonctionner nos institutions. La Côte d’Ivoire, en toute souveraineté, a estimé que cette décision portait atteinte à nos règles, et nous avons décidé de partir », a-t-il conclu.



