
Dans un climat politique tendu, marqué par des condamnations judiciaires controversées visant plusieurs cadres du parti et par l’absence persistante de Laurent Gbagbo sur la liste électorale provisoire, cette édition s’annonçait comme une véritable démonstration de force en faveur du retour de l’ancien chef de l’État à la magistrature suprême fin octobre 2025.
Rupture brutale
Rappelant l’acquittement de Laurent Gbagbo par la Cour pénale internationale (CPI) le 31 mars 2021 et son retour en Côte d’Ivoire le 17 juin de la même année, la troisième édition de la Fête de la Renaissance, initialement prévue les 4 et 5 avril 2025 à Dabou, était d’ailleurs placée sous le thème : « Laurent Gbagbo : de La Haye à la Présidence de la République ».
Selon Koné Katinan Justin, président du Conseil stratégique et politique (CSP) du Parti des Peuples Africains – Côte d’Ivoire (PPA-CI), l’objectif était clair : « faire en sorte que ceux qui pensent détenir le rapport de force revoient leurs prétentions. Car le véritable rapport de force, c’est nous qui l’avons ! Si nous sommes craints, c’est parce que nous sommes les plus nombreux et les plus forts ».
Un moment de souvenir du parcours du président Gbagbo – Dano Djédjé
Aussi, le choix de la ville de Dabou pour cette édition n’était pas anodin. Considérée comme le berceau du Front populaire ivoirien (FPI), elle devait, les 4 et 5 avril prochains, devenir le creuset de la renaissance du PPA-CI et de l’ambition présidentielle du Woody de Mama.
La troisième édition de la Fête de la Renaissance devait être « un moment de souvenir du parcours du président Gbagbo et de la rupture brutale d’un mouvement d’émancipation et d’espoir d’un peuple tout entier », expliquait Sébastien Dano Djédjé, président exécutif du parti, lors du lancement officiel, le samedi 22 février, devant une foule de militants réunis au siège du PPA-CI, à Cocody-Riviera Bonoumin.
Des réunions, concertations et autres préparatifs ont par la suite été menés pour organiser cette grande fête. Mais un élément inattendu est venu perturber ces démarches.
Une coïncidence qui intrigue
Le 12 mars 2025, un communiqué du ministère de l’Équipement et de l’Entretien routier annonce la construction d’une passerelle piétonne sur la route de Dabou, entraînant une réduction de voie du 24 mars au 6 avril. Cette annonce a immédiatement suscité des réactions au sein du PPA-CI, qui y voit une coïncidence troublante avec la Fête de la Renaissance, initialement prévue à Dabou les 4 et 5 avril.
Pour les militants du parti, le calendrier de ces travaux interpelle. « Nous étions censés être à Dabou pour la Fête de la Renaissance les 4 et 5 avril, et comme par hasard, on nous sort ces travaux », commente un cadre du parti sous couvert d’anonymat. Ce sentiment de méfiance s’est amplifié sur les réseaux sociaux, où certains estiment que ces travaux pourraient compliquer la mobilisation des militants et sympathisants de Laurent Gbagbo.
Du côté des autorités, aucun élément ne permet d’étayer l’hypothèse d’une manœuvre politique. Selon le communiqué signé par Stéphane Ezoa, ces travaux s’inscrivent dans un programme d’amélioration des infrastructures routières et de la sécurité des piétons. « Le ministère s’excuse auprès des usagers pour les désagréments et invite au respect du plan de circulation et des mesures de sécurité », précise le document officiel.
Cependant, dans un climat marqué par des tensions entre le PPA-CI et le pouvoir en place, cette annonce est perçue par certains comme une entrave à une manifestation d’envergure. Face à cette situation, le PPA-CI a décidé de prendre les devants en annonçant de nouvelles dates pour sa célébration : les 11 et 12 avril 2025. « Nous serons bien à Dabou, peu importe les circonstances », lance un responsable du parti, visiblement déterminé à maintenir l’événement.


