05242022Headline:

« Je ne suis pas convaincue que Macron soit si à droite » : quel choix pour les électeurs déçus par l’union de la gauche ?

Souvent proches des courants de pensée de Manuel Valls, Bernard Cazeneuve ou Carole Delga, ces électeurs opteront en juin pour un candidat de gauche dissident… ou pour un candidat de la majorité présidentielle

Avant l’annonce d’une union à gauche entre La France Insoumise et le Parti Socialiste jeudi 5 mai, certains poids lourds de la hollandie – et François Hollande lui-même – étaient vent debout, arguant que la gauche dite « de gouvernement » y perdrait sa « boussole républicaine » et son ancrage européiste. Mais qu’en pensent les électeurs ?
Les « non-soumis », ces socialistes révulsés par une alliance avec Jean-Luc Mélenchon

D’après un sondage réalisé pour BFMTV, 84 % des sympathisants de gauche seraient favorables à un accord entre LFI, EELV, le PCF et le PS. Environ 5 % d’entre eux s’y disent « très opposé[s] ».

Trois sympathisants de longue date du Parti socialiste ont accepté d’expliquer à « l’Obs » pourquoi ils faisaient partie de cette minorité de sympathisants en défaveur de l’union de la gauche et voyaient ce rassemblement entre le PS et LFI d’un mauvais œil.
Macron plutôt que Hidalgo

« Je vote pour le PS depuis que j’ai 18 ans », précise d’emblée Murielle*, 57 ans, programmatrice dans l’audiovisuel public, à Paris. Si elle a voté pour le candidat PS Benoît Hamon en 2017, par fidélité au parti, bien qu’elle se reconnaissait davantage dans la ligne portée à l’époque par Manuel Valls (arrivé deuxième à la primaire socialiste de l’époque). La militante juge positivement le bilan de François Hollande, qui a su s’adapter, selon elle, à la réalité économique de la mondialisation, et maintenir la France au centre de l’Europe.
« Il va falloir que Jean-Luc Mélenchon accepte l’insoumission » : au PS, l’union fait la dissidence

Son désamour d’Anne Hidalgo l’a ensuite conduite à voter pour Emmanuel Macron dès le premier tour de l’élection présidentielle, le 10 avril dernier. « Je n’aime pas la manière dont elle gère la ville. Je la trouve autoritaire. Lorsqu’il y a un problème, elle parvient à trouver un compromis seulement lorsque les associations se mobilisent », se justifie-t-elle, évoquant la polémique récente autour d’arbres qui auraient dû être abattus au pied de la Tour Eiffel, avant que l’édile socialiste ne fasse marche arrière, à cause de la mobilisation de militants écologistes.
“« J’ai bien regardé les programmes, je ne suis pas convaincue qu’Emmanuel Macron soit si à droite que ça. Par exemple, il propose les allocations à la source, ce que je trouve très bien, et il a beaucoup fait pendant la crise du Covid. »”

Si son choix se porte désormais sur le président sortant, qu’elle juge être plus au centre de l’échiquier politique qu’à sa droite, c’est aussi parce qu’elle voit d’un mauvais œil l’union de la gauche autour de la personnalité de Jean-Luc Mélenchon, dont elle n’apprécie pas le parcours et les prises de position sur la Russie.
Europe et laïcité

David, cadre informaticien de 42 ans, a voté « utile » pour le président sortant dès le premier tour de l’élection présidentielle et votera contre la Nouvelle union populaire écologique et sociale (Nupes) aux législatives, notamment à cause de l’Europe. S’il aurait préféré voter à gauche, il ne pouvait se résoudre à soutenir le leader insoumis :
“« Jean-Luc Mélenchon a une volonté de rupture profonde, comme Marine Le Pen. Ses positions anti-Europe, le fait qu’il soit populiste et qu’il propose de taxer à 100 % certaines personnes, font que pour moi, il est un candidat d’extrême-gauche. »”
« Jean-Luc Mélenchon a réussi à faire des législatives un événement politique »

Il regrette également que la gauche ne s’empare pas de certains sujets, comme la laïcité et l’islamisme, préférant « fermer les yeux et les abandonner à l’extrême droite ». Lui se reconnaît davantage dans la ligne portée par Manuel Valls et Bernard Cazeneuve, un courant « engagé en faveur de l’Europe et républicain ».

La conception de la laïcité du leader insoumis effraie aussi Murielle :
“« Il fait des appels du pied à des communautés musulmanes et issues des quartiers, ce qui est une bonne idée en soi, mais ce faisant, il a manifesté avec les Frères musulmans, qui sont une bande d’islamistes. »”

La cinquantenaire préfère la ligne portée par les dissidents socialistes, comme la présidente de la région Occitanie Carole Delga, ou l’ex-Premier ministre de François Hollande, Bernard Cazeneuve. « Il faut que chacun puisse exercer sa religion, mais dans la sphère privée », estime-t-elle.
Un accord « électoraliste »

Pour Marc, historien de 62 ans, électeur d’Anne Hidalgo au premier tour de l’élection et lui aussi proche du courant porté par Manuel Valls, l’union est regrettable notamment parce qu’elle s’est faite à la hâte, dans une perspective qu’il juge « électoraliste ».
“« Les trois autres partis [EELV, le PS et le PCF, NDLR] cherchent à sauver leurs sièges et cette alliance, qui n’avait pas été réalisée jusqu’à aujourd’hui, me semble être une alliance de circonstance. »”
Circonscriptions, Europe, retraites… Ce que contient l’accord entre LFI et le PS

Cet électeur historique du Parti socialiste regrette que les critiques de Yannick Jadot et Anne Hidalgo à l’encontre de Jean-Luc Mélenchon, notamment sur sa politique étrangère, aient été évacuées aussi rapidement. Il regrette également la « soumission » du PS à la « radicalité » portée par le leader insoumis, qu’il juge « brutal », incapable de « parler posément » et d’« apaiser les électeurs ».

S’il n’a pas encore décidé pour qui il voterait aux législatives, Marc se promet de lire tous les programmes et de ne pas fermer la porte aux candidats sortants, « qui ont peut-être fait du bon travail ». Il n’exclut pas de voter pour un candidat de la majorité présidentielle. David, lui, espère qu’une liste du Parti socialiste dissidente se portera candidate dans sa circonscription aux législatives. Le cas échéant, il votera « à regret » pour la majorité présidentielle, tout en regrettant « la logique de parti unique qu’essaie d’instaurer Emmanuel Macron ».

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