
Pour “des élections apaisées”
Le rassemblement, dont c’était la deuxième édition, a réuni plusieurs centaines de personnes majoritairement vêtues de blanc, dès les premières heures de la journée, et s’est terminé par un meeting sur la place ADO de la ville.
Selon l’affiche de l’événement, il était placé sous le parrainage de M. Amadou Coulibaly, ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement. Le thème affiché était “Pour des élections apaisées”.
Cette mobilisation intervient dans un climat politique marqué par une tension croissante autour de la liberté de manifester. Le même jour, à plus de 500 km de là, l’opposition n’a pas eu la même chance : le jeudi 2 octobre, le Conseil national de sécurité (CNS), réuni sous la présidence d’Alassane Ouattara, a instruit les ministres de la Justice et de la Sécurité d’« interdire les manifestations et meetings visant à contester les décisions du Conseil constitutionnel » concernant la présidentielle.
Cette décision visait explicitement la marche annoncée pour le même samedi 4 octobre à Abidjan par le Front commun, plateforme de l’opposition regroupant le PPA-CI de Laurent Gbagbo, le PDCI-RDA de Tidjane Thiam, GPS de Guillaume Soro et le FPI de Pascal Affi N’Guessan. Ces derniers entendaient réclamer “un dialogue politique en faveur d’élections inclusives, transparentes et démocratiques”.
Un traitement différencié qui interroge
La tenue simultanée de la marche de Korhogo, autorisée et placée sous les auspices des autorités, contraste vivement avec l’interdiction frappant la manifestation du Front commun. Ce qui alimente depuis les critiques d’un traitement inégal devant le droit de manifestation.
Pour un responsable d’un parti d’opposition, joint par téléphone et souhaitant garder l’anonymat par crainte de représailles, le constat est amer. “Alors que le CNS interdit nos manifestations au nom du respect des décisions de justice, une marche clairement soutenue par le pouvoir est organisée avec le concours actif de l’administration, dénonce-t-il. La partialité est évidente.”
Du côté gouvernemental, on défend la légitimité de l’événement de Korhogo. Un collaborateur du ministre Amadou Coulibaly, qui a requis l’anonymat car n’étant pas habilité à s’exprimer publiquement, a indiqué que le parrainage du ministre s’inscrivait dans “une démarche républicaine de promotion de la paix et de la cohésion sociale, valeurs qui dépassent tout clivage politique”.
Il a ajouté que “toute manifestation, quelle que soit son origine, est étudiée avec la même rigueur par les services de l’État, dont la priorité absolue reste la protection des personnes et des biens.”
Mais la concomitance entre l’interdiction de la marche du Front commun et l’autorisation de celle de Korhogo alimente les interrogations sur la neutralité de l’État dans la gestion des libertés publiques. À l’approche du scrutin présidentiel, ce contraste ravive les inquiétudes de l’opposition et d’organisations de défense des droits humains sur un usage inégal du droit de manifester.


