Le Caire intensifie ses consultations avec les capitales arabes et relance l’idée d’une force militaire commune pour contenir les tensions au Moyen-Orient.
L’Égypte a engagé ces derniers jours une série d’initiatives diplomatiques visant à contenir l’escalade des tensions au Moyen-Orient et à renforcer la coordination entre États arabes. Le président Abdel Fattah Al-Sissi a multiplié les entretiens téléphoniques avec plusieurs dirigeants régionaux, notamment l’émir du Qatar Tamim bin Hamad Al Thani, le roi de Jordanie Abdullah II et le président des Émirats arabes unis Mohammed bin Zayed Al Nahyan, afin d’examiner les moyens de préserver la stabilité régionale.
Au cours de ces échanges, le chef de l’État égyptien a condamné les frappes iraniennes visant plusieurs pays arabes et réaffirmé la solidarité de l’Égypte avec les États du Golfe. Il a souligné que la sécurité des pays arabes constitue une extension directe de la sécurité nationale égyptienne et a appelé à une coordination accrue pour prévenir un conflit régional plus large. Dans un entretien distinct avec le président iranien Masoud Pezeshkian, Al-Sissi a également réitéré le rejet des frappes visant les États arabes, rappelant que ces derniers n’avaient pas pris part aux opérations militaires contre l’Iran et privilégiaient une solution diplomatique à la crise.
Parallèlement, la diplomatie égyptienne a intensifié ses efforts sur le terrain régional. Le ministre des Affaires étrangères Badr Abdelatty a entamé le 15 mars une tournée dans les pays du Golfe, avec une première étape à Doha, suivie de visites aux Émirats arabes unis et à Oman. Cette initiative vise à renforcer la coordination entre les capitales arabes et à relancer l’idée d’une force arabe commune, destinée à assurer la sécurité collective dans un contexte régional de plus en plus instable.
Selon le politologue égyptien Hassan Salama, la proposition de créer une force arabe pourrait constituer un instrument de protection des intérêts régionaux et un moyen de structurer progressivement un dispositif de défense collective comparable à une alliance militaire régionale. Toutefois, cette perspective reste politiquement complexe, certains États du Golfe ayant développé ces dernières années des partenariats sécuritaires avec des puissances extérieures, ce qui rend difficile l’émergence d’un leadership militaire unique.
L’idée d’une défense collective arabe s’inscrit dans un cadre historique plus ancien. La Convention de défense et de coopération économique arabe, signée en 1950 à Alexandrie, prévoyait déjà une coordination militaire entre les États membres de la Ligue arabe et considérait toute agression contre l’un d’entre eux comme une agression contre l’ensemble du groupe. En pratique, ce mécanisme n’a jamais été pleinement activé.
Cette mobilisation diplomatique intervient dans un contexte régional particulièrement tendu. Les frappes américaines et israéliennes contre l’Iran ont été suivies de ripostes iraniennes par missiles et drones visant plusieurs pays du Golfe, accentuant les risques d’un embrasement régional. Pour Le Caire, l’objectif est d’éviter une spirale militaire susceptible d’affecter la stabilité économique et stratégique de la région.
Le président Al-Sissi a d’ailleurs souligné les conséquences économiques directes de ces tensions, évoquant notamment les perturbations du commerce maritime et la perte d’environ 10 milliards de dollars de revenus liés au Canal de Suez au cours des dernières années. Dans ce contexte, l’Égypte tente de combiner médiation diplomatique, coordination sécuritaire et leadership régional, afin de limiter l’extension du conflit et de préserver l’équilibre stratégique au Moyen-Orient.



