Nommé Premier ministre par le colonel Michaël Randrianirina, Mamitiana Rajaonarison a officiellement pris ses fonctions ce lundi 16 mars au palais de Mahazoarivo. Le nouveau chef du gouvernement succède à Herintsalama Rajaonarivelo avec une feuille de route potable : former une équipe ministérielle « choc choc » et produire des résultats « immédiatement ». Un challenge de test pour ce technocrate au parcours sans faute apparent, mais qui devra rapidement prouver sa capacité à bousculer un système politico-économique gangrené par la corruption.
Lors de la passation de pouvoir, les bases ont été fixées. « Selon les instructions du Président de la refondation, on a besoin de ministres choc choc avec des résultats immédiats », a lancé Mamitiana Rajaonarison, pour planter le décor. Devant les collaborateurs de la primature, l’homme veut une nouvelle culture de la chose publique : « On attend de nous des résultats, car la population est impatiente. Il s’agit d’indicateurs de résultats et non d’activités. Jour et nuit, la population mesure les résultats. » Le discours de rupture était destiné à un appareil d’État souvent accusé de lenteur et d’inefficacité.
Un profil d’expert anti-corruption, entre espoirs et interrogations
Ancien officier de gendarmerie, administrateur civil de formation, ce spécialiste de la lutte anti-corruption a dirigé le Service de renseignements financiers (SAMIFIN) depuis mars 2021. Son passage au Bianco lui a offert une connaissance approfondie des rouages administratifs. Sa réputation de rigueur et d’intégrité est reconnue, y compris chez les partenaires techniques et financiers. Le président Randrianirina a justifié cette nomination en rappelant le passé du nouveau Premier ministre. « Vous avez été dans la lutte contre la corruption alors que vous étiez encore lieutenant de la gendarmerie. C’est peut-être même à cause de cela que vous ne vous êtes pas entendu avec votre chef hiérarchique de l’époque, et que vous avez décidé de démissionner », a-t-il déclaré, saluant un acte de courage. « C’est cette droiture que vous avez que je veux vous voir porter debout à partir d’aujourd’hui. Montrez que les Malgaches ont besoin de gens intègres, qui ne peuvent être détournés du droit chemin et qui sont incorruptibles », a martelé le chef de l’État. Pourtant, des zones d’ombre subsistent.
Une remarque que le Samifin, sous sa direction, est resté silencieux sur les grands dossiers de corruption de l’ère Rajoelina, notamment ceux impliquant les hommes d’affaires Mamy Ravatomanga ou Romy Voos.
Si cette discrétion était le signe d’une prudence face aux puissants, elle pourrait devenir un handicap. La grande question est de savoir si ce mutisme passé annonce une continuité dans le traitement des dossiers sensibles. Le nouveau Premier ministre devra faire ses preuves rapidement sur deux fronts. D’abord, démontrer sa crédibilité en matière de lutte contre l’impunité. Beaucoup attendent des signaux forts, comme des sanctions contre les magistrats et responsables impliqués dans des emprisonnements jugés arbitraires, à l’image des affaires Rolly Mercia ou Iharizaka Rahaingoson. Ensuite, composer un gouvernement où les nominations seront dictées par la compétence et non par des logiques de prébendes partisanes. Le contexte est celui d’un système politico-économique rongé par la corruption. La marge de manœuvre du Premier ministre sera déterminée par l’équilibre fragile qu’il devra trouver avec les partis politiques, les institutions et, surtout, les officiers de la junte. Sa capacité à développer une assise politique tout en affrontant la vénalité de nombreux acteurs sera cruciale. Il devra aussi gérer des finances publiques exsangues pour répondre aux urgences, notamment la remise à niveau des services de la Jirama, la compagnie nationale d’eau et d’électricité.
Un pari présidentiel, une jeunesse en attente
En choisissant Mamitiana Rajaonarison, le colonel Randrianirina a joué un coup habile. Le nouveau Premier ministre n’a aucun lien apparent avec l’ancien président Rajoelina et ses réseaux, contrairement à son prédécesseur, dont la légitimité était contestée dès le départ. Ancien gendarme, sa nomination apaise aussi les tensions au sein de ce corps, après les répressions de septembre et octobre. Enfin, le chef de l’État a résisté aux ambitions de Fanirisoa Ernaivo, écartée de la course à Mahazoarivo. La place de la génération Z, fer de lance des contestations récentes ? A-t-elle été consultée, ou devra-t-elle, une fois de plus, constater que son avis est relégué au rang de « quantité négligeable », après avoir été utilisée comme un « kleenex à usage unique » par la classe politique ? La réponse à cette question conditionnera en partie la stabilité du nouveau gouvernement. Mamitiana Rajaonarison, lors de sa passation, a promis des propositions pour la formation du gouvernement « incessamment », affirmant qu’« il ne devrait pas y avoir d’entités s’opposant à une refondation ». Un vœu pieux dans une arène politique où les appétits sont féroces.



