
Dans ce document, l’organisation de défense des droits humains souligne les enjeux critiques qui attendent le prochain chef de l’État, tout en proposant une feuille de route concrète pour améliorer la situation des droits humains en Côte d’Ivoire.
« Au cours des cinq prochaines années, le ou la président·e devrait s’attaquer aux violations des droits à la liberté d’expression, d’association et de réunion pacifique. Il ou elle devrait aussi mettre fin aux expulsions forcées, garantir justice pour les victimes de violences électorales, protéger les droits des femmes et des enfants, et assurer le droit à un environnement sain », a déclaré Marceau Sivieude, Directeur régional d’Amnesty International pour l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique centrale dans un document officiel dont Linfodrome a reçu copie.
Voici les six priorités mises en avant dans ce manifeste :
1. Protéger les libertés fondamentales : expression, association et réunion pacifique
Amnesty International dénonce l’usage abusif des lois sur les « fausses nouvelles » et la criminalisation des manifestations non autorisées. L’organisation demande une révision du Code pénal et une réforme de la loi sur les ONG, afin de garantir un espace civique libre et protégé, en conformité avec les standards internationaux.
2. Mettre fin aux expulsions forcées et indemniser les victimes
Des milliers de personnes ont été expulsées sans relogement ni compensation suffisante. Amnesty appelle à l’arrêt immédiat de ces pratiques et à la mise en œuvre de mécanismes de compensation et de relogement conformes aux obligations internationales ratifiées par la Côte d’Ivoire.
3. Garantir justice et réparations pour les victimes de violences électorales
Malgré l’amnistie de 2018, de nombreuses victimes des crises post-électorales de 2010-2011 et 2020 restent sans justice ni réparation. Amnesty exige le rétablissement de la compétence de la Cour africaine des droits de l’homme, ainsi que le renforcement du système judiciaire national.
4. Lutter efficacement contre les violences basées sur le genre
L’accès à la justice pour les survivantes reste entravé par des coûts médicaux, des procédures discriminatoires et une culture de l’impunité. L’organisation réclame la gratuité des soins pour les victimes, une application stricte des lois existantes, et la suppression des barrières juridiques et sociales.
5. Renforcer la protection des droits des enfants
Le travail des enfants, bien que dénoncé, demeure préoccupant. Amnesty International invite les candidat·e·s à prendre des mesures fermes contre ce fléau, à faciliter l’enregistrement civil de tous les enfants, et à garantir leur accès aux services sociaux et judiciaires.
6. Assurer un environnement sain et durable pour tous
L’exploitation forestière illégale, l’accaparement des terres et la pollution due à l’orpaillage mettent en danger des milliers de vies. Le manifeste insiste sur la protection des terres des communautés rurales, la réduction de la pollution, et le soutien aux initiatives locales en faveur de l’environnement.
Une interpellation directe à tous les candidat·e·s
En conclusion, Amnesty International considère cette élection comme une opportunité historique de renforcer l’État de droit et la protection des droits humains en Côte d’Ivoire. L’organisation appelle chaque candidat·e à s’engager publiquement en faveur de ces six priorités.
« Ces recommandations ne sont pas exhaustives, mais elles constituent un socle essentiel pour garantir la dignité et la justice pour tous les habitant·e·s de Côte d’Ivoire », affirme Marceau Sivieude.
À quelques semaines du scrutin, la balle est désormais dans le camp des prétendant·e·s à la magistrature suprême. Ce manifeste devra être signé par les candidats en guise d’engagement pour la dignité humaine.


