En République démocratique du Congo, le cardinal Fridolin Ambongo a choisi de livrer un message de Pâques inhabituel. Lors de son homélie de la Vigile pascale, dans la soirée du samedi 4 avril, l’archevêque de Kinshasa, réputé pour son franc-parler, s’est cette fois abstenu de toute critique directe de la gouvernance et de tout commentaire sur une question d’actualité brûlante.
Pourtant, le texte ne cache pas la gravité de la situation. Ambongo y décrit une terre « meurtrie », en proie à une souffrance profonde. De son côté, place Saint-Pierre à Rome, le pape Léon XIV a présidé la messe de Pâques devant des milliers de fidèles, rappelant que « dans le Christ ressuscité, une nouvelle création est possible chaque jour ».
RDC : Une terre meurtrie, des réalités qui blessent la communion nationale
Le cardinal Ambongo ne mâche pas ses mots. Il s’inquiète de la progression de la violence à Kinshasa, où les conditions de vie se dégradent. Se déplacer dans la capitale devient un véritable casse-tête, y compris pour ceux qui soutiennent l’économie nationale. Les infrastructures s’effondrent, compliquant davantage encore le quotidien des Kinois. Mais le constat est tout aussi alarmant pour le reste du pays. L’occupation d’une partie du territoire national persiste, les conflits armés continuent de faire des ravages, des milliers de déplacés vivent dans des conditions précaires, et la jeunesse est exposée au désespoir. Pour Fridolin Ambongo, ces réalités « blessent gravement la communion nationale ». Ce sombre tableau aurait pu conduire à une homélie désespérée. Mais le message pascal veut justement être celui de l’espérance. « Rien n’est irréversible », affirme le cardinal avant d’appeler les Congolais à « faire le choix courageux du dialogue et de la paix ». Sans aborder le débat sur la révision de la Constitution, il invite ses compatriotes à adhérer sincèrement à l’initiative du Pacte pour la paix et le bien vivre-ensemble, un projet soutenu par les Églises catholique et protestante, qu’il présente comme une voie concrète pour restaurer l’unité nationale.
Le pape Léon XIV : « Le pouvoir de la mort n’est pas la destinée ultime »
À Rome, sous un soleil radieux, 45 000 fidèles ont assisté à la messe de Pâques présidée par Léon XIV. Dans son homélie, le pape a déroulé une réflexion sur la joie pascale, cette « plénitude de joie que rien ne peut détruire : la mort a été vaincue pour toujours, la mort n’a plus de pouvoir sur nous ». Mais il a aussitôt reconnu les obstacles qui empêchent de recevoir cette joie : « Lorsque les soucis ou les rancœurs étouffent la joie de vivre, lorsque nous éprouvons de la tristesse ou de la fatigue, lorsque nous nous sentons trahis ou rejetés, lorsque nous devons faire face à notre faiblesse, à la souffrance, à la fatigue de chaque jour, alors nous avons l’impression de nous trouver dans un tunnel dont nous ne voyons pas la sortie. » Le pontife a également élargi son propos aux maux du monde : « Nous voyons la mort présente dans les injustices, dans les égoïsmes partisans, dans l’oppression des pauvres, dans le manque d’attention envers les plus fragiles. Nous la voyons dans la violence, dans les blessures du monde, dans le cri de douleur qui s’élève de toutes parts face aux abus qui écrasent les plus faibles, face à l’idolâtrie du profit qui pille les ressources de la terre, face à la violence de la guerre qui tue et détruit. » Un constat qui fait écho, sans le nommer, à la situation congolaise décrite par le cardinal Ambongo. Pourtant, la réalité de Pâques place les croyants dans une autre dynamique. Léon XIV a cité son prédécesseur François, qui affirmait dans Evangelii gaudium que la résurrection du Christ « n’est pas un fait relevant du passé ». Il a invité les fidèles à « lever les yeux et ouvrir notre cœur », à découvrir « que le tombeau de Jésus est vide, et qu’ainsi, dans toute mort que nous expérimentons, se trouve aussi de la place pour une vie nouvelle qui surgit ». Le pape a conclu en affirmant que « nous avons besoin aujourd’hui de ce chant d’espérance ».
Espoir et unité : Deux messages complémentaires
À Kinshasa comme à Rome, le message pascal a été celui de l’espérance, mais sans occulter les ténèbres. Le cardinal Ambongo, en renonçant à ses critiques habituelles, a choisi de mettre l’accent sur la nécessité du dialogue et de la réconciliation nationale. Un geste qui peut surprendre de la part d’un prélat connu pour sa liberté de ton, mais qui témoigne peut-être d’une volonté de ne pas ajouter à la division alors que le pays traverse une crise multiforme. Le Pacte pour la paix et le bien vivre-ensemble, qu’il soutient, est présenté comme une feuille de route concrète. De son côté, le pape Léon XIV a rappelé que la résurrection n’efface pas la souffrance mais la transfigure. En citant les injustices et les guerres, il a indirectement adressé un message aux responsables politiques du monde entier. La messe de Pâques place Saint-Pierre, diffusée dans le monde entier, a été suivie par des millions de catholiques. Pour les Congolais, le double message – local et universel – résonne avec une acuité particulière. Alors que l’est du pays continue d’être ravagé par les conflits et que Kinshasa s’enfonce dans une crise urbaine chronique, l’appel au « choix courageux du dialogue » lancé par le cardinal Ambongo pourrait-il être entendu ? Rien n’est moins sûr. Mais en cette période pascale, l’Église catholique, de Kinshasa au Vatican, a voulu rappeler que la mort et la violence n’ont pas le dernier mot.




