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Passion du Christ : Léon XIV porte la croix pour un monde meilleur et sans violence

A l’occasion du Vendredi saint, Léon XIV porte la croix pour un monde en proie aux violences. Trente-deux ans qu’aucun pape n’avait porté lui-même la croix tout au long du Chemin de Croix. Le vendredi 3 avril, Léon XIV a choisi de braver l’usage pour s’avancer, bâton pastoral en main, sur la via Crucis du Colisée. Devant quelque 30 000 fidèles rassemblés dans l’antique amphithéâtre, le souverain pontife a médité sur les femmes, les opprimés, les prisonniers, les victimes des guerres et des injustices.

Le Saint Père a fait vivre intensément la passion du Christ. Plus tôt dans la journée, en la basilique Saint-Pierre, le père Roberto Pasolini, capucin et prédicateur de la Maison pontificale, prononçait une homélie où la figure du Serviteur souffrant d’Isaïe répondait aux ténèbres du temps présent.

Une croix portée en signe de « cheminement commun »
Dès mardi dernier, à sa sortie de Castel Gandolfo, Léon XIV avait annoncé la couleur. « Je pense que ce sera un signe important, compte tenu de ce que représente le pape : un chef spirituel dans le monde d’aujourd’hui, cette voix qui nous dit que le Christ souffre encore. » Il voyait dans son geste une invitation à « toutes les personnes de foi, à cheminer ensemble, à marcher avec le Christ qui a souffert » pour les hommes. Le pape argentin, élu il y a quelques mois, vit ainsi sa première Pâques à la tête de l’Église catholique. Le Chemin de Croix s’est déroulé dans un « environnement chaotique, agité et bruyant », à l’image de l’époque de Jésus, a rappelé le père franciscain Francesco Patton, auteur des méditations choisies cette année. « Le croyant est continuellement mis au défi. » Pour Patton, la via Crucis n’est pas un exercice de dévotion abstraite : elle s’incarne dans le monde réel, avec ses massacres et ses génocides, ses tyrans et leurs cynismes. Léon XIV a repris cette intention dans sa prière, demandant à Dieu d’accorder des larmes pour pleurer « sur les massacres et les génocides » et « sur le cynisme des tyrans ».

La liturgie de la Passion : Trois temps forts à Saint-Pierre
En début d’après-midi, en la basilique Saint-Pierre, l’Office de la Passion du Seigneur avait réuni des milliers de fidèles autour de trois séquences : la liturgie de la parole, la vénération de la Croix et la communion au corps du Christ. C’est là que le père Roberto Pasolini, 54 ans, capucin et bibliste nommé prédicateur de la Maison pontificale en novembre 2024, a prononcé l’homélie du Vendredi saint. « La liturgie nous invite à contempler la Passion du Seigneur », a-t-il dit. Face au mystère de mort et de gloire, il est « naturel de se recueillir en silence dans la prière ». Mais la Croix du Christ risque de « rester incompréhensible si nous la considérons comme un fait isolé, comme un événement soudain et inexplicable ». En réalité, elle est le « point culminant d’un cheminement : l’aboutissement d’une vie au cours de laquelle Jésus a appris à écouter et à accueillir la voix du Père, se laissant guider jusqu’à l’amour le plus grand ». Pour développer son propos, Pasolini s’est appuyé sur les quatre « Chants du Serviteur » du prophète Isaïe, des textes poétiques où Dieu confie à une figure mystérieuse la mission de sauver le monde du mal et du péché. Dans le premier chant, le Serviteur est appelé à « ouvrir les yeux des aveugles » et à « faire sortir de prison les captifs ».

Nous sommes tous tentés de forcer les situations, d’utiliser un peu d’agressivité, en pensant que sans dureté, les choses ne se résolvent jamais. Le bien semé ne semble pas germer, tout semble figé et bloqué.
Mais il doit accomplir cette tâche « avec une extrême délicatesse, en suivant une méthode précise et à contre-courant ». Aucune agressivité, aucun recours à la force, aucune tentation de tout détruire pour repartir à zéro. « Le Serviteur devra être un chercheur de vie au milieu des ténèbres du mal. » Pasolini a souligné combien cette voie est exigeante : « Nous sommes tous tentés de forcer les situations, d’utiliser un peu d’agressivité, en pensant que sans dureté, les choses ne se résolvent jamais. » Le deuxième chant introduit la fracture intérieure. Le Serviteur s’écrie : « J’ai épuisé mes forces pour rien, en vain. » C’est l’épreuve du découragement, du sentiment d’échec. « Le bien semé ne semble pas germer, tout semble figé et bloqué. » Une crise qui, tôt ou tard, touche quiconque suit le Seigneur. Mais ce n’est qu’une impression, a insisté le capucin : en apportant la lumière dans les ténèbres, le Serviteur entre dans un espace où les choses suivent le dessein paradoxal du salut de Dieu. Le troisième chant révèle le rejet. Ceux qui vivent dans les ténèbres n’accueillent pas toujours la lumière. Pourquoi ? Parce que la lumière ne met pas seulement en évidence ce qui est beau, mais aussi ce que nous préférons cacher : blessures, mensonges, ambiguïté. « On finit ainsi par repousser celui qui apporte la lumière. » Pourtant, le Serviteur ne recule pas.

Briser la chaîne du mal sans rendre la violence
Dans le quatrième chant, la violence qui s’abat sur le Serviteur défigure son visage. Mais c’est précisément au cours de ce cheminement qu’il a appris à ne pas rendre le mal reçu. « Lorsque le mal nous frappe, notre instinct est de réagir, de le renvoyer, de régler nos comptes. Le Serviteur, lui, ne cède pas à cette logique : il accueille tout sans rendre la violence. » Jésus, a poursuivi Pasolini, ne s’est pas contenté d’écouter ces chants : il les a interprétés et vécus intensément, avec une confiance totale dans la volonté du Père, jusqu’à transformer sa crucifixion en un événement de salut. Face au mal, le monde ne connaît que deux voies : capituler ou le rendre. Jésus ouvre une troisième voie : il a brisé cette chaîne non pas en s’imposant par une force supérieure, mais en accueillant ce qui lui arrivait et en y reconnaissant la « partition » d’amour et de service confiée à sa vie. Dans le monde actuel marqué par les guerres et les injustices, la voix de Dieu n’a pas disparu, mais elle est devenue une voix parmi tant d’autres, couverte par des discours promettant sécurité et progrès. Pourtant, une « foule silencieuse » écoute une autre mélodie : celle de la conscience, de l’amour patient, du refus de rendre le mal. Pasolini a rendu hommage à ces hommes et femmes ordinaires qui, dans le silence, incarnent l’esprit du Serviteur. Leur manière de vivre empêche le mal d’avoir le dernier mot.

Déposer les armes invisibles et régner en servant
Au moment de l’adoration de la Croix, le prédicateur a invité les fidèles à un geste intérieur : déposer les armes. Non seulement les armes visibles, mais aussi celles du quotidien : rancunes, paroles blessantes, jugements. « Elles suffisent à vider de sens nos relations. » Il a conclu en présentant la Croix comme un trône. Non pas un symbole de pouvoir, mais le lieu où l’on apprend à régner en servant. « À une époque comme la nôtre, si déchirée par la haine et la violence, où même le nom de Dieu est invoqué pour justifier des guerres et des décisions de mort, nous, chrétiens, sommes appelés à nous approcher sans crainte, mais avec une pleine confiance, de la Croix du Seigneur, en y reconnaissant le trône sur lequel on apprend à régner en mettant sa vie au service des autres. » Ainsi, du Colisée à Saint-Pierre, la journée du Vendredi saint 2026 a offert une méditation en deux temps : la procession douloureuse du pape parmi les ruines antiques, et la parole théologique d’un capucin qui, à travers Isaïe, a redonné au silence et à la douceur leur force de transformation. Léon XIV, en portant lui-même la croix, a voulu incarner cette conviction : le Christ souffre encore dans les victimes d’aujourd’hui, et la foi ne se vit pas dans un monde préservé, mais dans le chaos du réel.

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