
Dans ma convalescence, j’ai appris le départ de Mel Eg Théodore, le Mécène, le Visionnaire, le Pasteur, le Maire, le Ministre, le Politique… Que son âme repose en paix !
Notre rencontre avec Mel au début des années 90, s’est opérée naturellement, sans protocole ni fioriture. Il était déjà Maire de Cocody où il avait commencé à changer le visage de la Commune. Le Musée Municipal d’Art contemporain qui fut l’un des premiers espaces à accueillir de jeunes artistes que nous étions, à peine sortis des beaux-arts au milieu des années 90, est une belle création de cet homme. Il nous avait adopté comme ses propres enfants. Et il aimait bien nous donner des conseils sur la vie ; nous parler de sa vision pour la Nation, ses projets, ses chantiers. Il était artiste dans l’âme. Il dessinait, peignait, jouait aux instruments de musique et chantait. Lorsqu’il a découvert le groupe musical « afro jazz » YAKOMIN que nous avions créé à l’INSAAC, il ne s’en passait plus. A toutes les réceptions et cérémonies officielles ou privées, il fallait que YAKOMIN joue y compris lui-même dans l’orchestre. C’était merveilleux !
Il prêchait souvent dans son église et acceptait de se mettre également à genoux, humblement, comme tout le monde pour qu’on prie pour lui.
Son passage au Ministère de la Culture n’a pas été long, mais il était de tout temps avec les artistes, dans leurs actions et leurs activités. J’ai été fait Chevalier dans l’Ordre du Mérite Culturel ivoirien sous sa gestion.
En 2007, au cours des préparatifs du Festival NZASSA initié par lui, il m’avait demandé de décorer et d’habiller 18 camions-podiums ou porte-chars de sorte à ce qu’ils soient représentatifs de la Culture de chaque région de la Côte d’Ivoire. Car il y aurait une grande parade sur le boulevard VGE en présence de toutes les Autorités du pays. Évidemment, ce fut avec plaisir que j’acceptai, tout comme ce fut le cas également des “chars” du défilé du Cinquantenaire en 2010, sauf qu’ici, le délai était très court (3 semaines). J’ai donc mobilisé tous mes jeunes collaborateurs et amis artistes disponibles. Nous travaillions non-stop jusqu’à 4h du matin et reprenions à 8h du matin. Après deux semaines de travail, mes gars étaient épuisés et n’en pouvaient plus. Je leur ai donc donné une journée complète de repos afin de reprendre vers 18h. Bizarrement vers 11h, un coup de fil d’un ami m’annonce qu’il y a un cortège ministériel qui vient chez moi en atelier ! Et que le Ministre voudrait s’enquérir de l’évolution des travaux. Ahi ! Sans me prévenir ? Surtout que j’ai libéré tout le monde aujourd’hui ! Je lui dis quoi ? Au finish, tout s’est bien passé, et le festival a pu se tenir avec la parade des « chars ».
Après la crise post-électorale, lorsqu’il est rentré au pays, il m’a félicité d’avoir ouvert une galerie d’art. Il me disait surtout qu’il avait envie d’un pays apaisé, d’une Nation où les gens doivent apprendre à vivre de nouveau ensemble, réconciliés. Sa belle maison-musée où nous prenions du plaisir à y voir nos œuvres accrochées lorsque nous y étions de passage, avait été pillée. Et il avait mal, très mal. Il en parlait souvent. Mais homme de foi, il disait laisser pour lui à Dieu. Sans rancunes !
Yako à la famille et aux enfants. Yako à ceux avec qui nous avons fait route ensemble : Jean-Paul Aidoo, Kassi Memel, Jeanne Tegnet, Lydie Etien, Richard Kouassi, David Johnson, Mme Barro, Alain Tailly, Ahonzo, …
Mel Eg Théodore, pour nous, tu restes le père et l’artiste. Merci.
Jacob Bleu


