La Direction générale des Transports terrestres et de la Circulation (DGTTC) a réuni, le 21 mai 2026 à Abidjan, les conducteurs et propriétaires de gbakas et de taxis pour une séance d’information et de sensibilisation. À l’ordre du jour, l’extension au secteur des transports urbains de l’opération « Tolérance zéro », déjà déployée sur les axes interurbains, et la volonté manifeste des autorités d’assainir un secteur miné par des pratiques contraires aux normes élémentaires de sécurité.
Face à un auditoire consacré à des acteurs, le directeur général de la DGTTC, Oumar Sacko, fait le diagnostic des attitudes discourtoises sur la route. L’utilisation d’accessoires interdits, ces fameux « dabagaous » qui hérissent la carrosserie des minicars de quartier, le port de bavettes surdimensionnées, la circulation sans plaques d’immatriculation valides, l’indiscipline chronique au volant et le non-respect délibéré du code de la route constituant , selon lui, un faisceau de dérives que la puissance publique n’entend plus tolérer.
L’indiscipline notoire et généralisée
Pour le patron de la DGTTC, le phénomène des « dabagaous » ces pare-chocs et protections métalliques surajoutés, souvent acérés et dangereusement saillants, indique à lui seul une forme de désinvolture mécanique qui transforme les véhicules de transport en moteurs à haut risque pour les piétons et les autres usagers . Les bavettes fantaisistes, démesurément allongées ou ornées de messages provocateurs, parviennent à banaliser une culture de l’incivilité routière que les pouvoirs publics jugent désormais intolérable. À cela s’ajoute le défaut de plaques d’immatriculation conformes . Nombre de véhicules circulent avec des plaques illisibles, détériorées ou tout simplement absentes, rendant illusoire toute traçabilité en cas d’infraction ou d’accident. Oumar Sacko a annoncé que la traque de ces accessoires interdits et des immatriculations défaillantes serait enclenchée sans délai. Une annonce qui ne relève pas de la simple rhétorique dissuasive, mais qui s’adosse à un calendrier opérationnel dont les contours ont été esquissés lors de la rencontre.
Des mesures de régularisation pour amortir le choc
Consciente que la répression ne pourra constituer l’unique réponse, la DGTTC a également consacrée une partie des échanges à la recherche de solutions pragmatiques. Les transporteurs ont fait partie de leurs difficultés concrètes : lenteurs administratifs pour l’obtention des plaques, véhicules aux châssis mal documentés, documents de mise en conformité onéreux ou inaccessibles. Des mécanismes de facilitation ont été évoqués pour accélérer la régularisation des immatriculations et la remise aux normes des véhicules. Cette approche double, sanction des contrevenants d’un côté, accompagnement des opérateurs de bonne foi de l’autre, vise à désamorcer les tensions qui pourraient susciter une application trop brutale des mesures répressives. Les acteurs présents ont, selon les termes du communiqué, exprimé leur « grande satisfaction » quant aux propositions avancées, signe que le dialogue n’a pas été qu’un exercice formel.
L’extension de l’opération « Tolérance zéro » aux gbakas et taxis s’insère dans une stratégie plus vaste de professionnalisation du secteur
Le Commissaire divisionnaire major Touré Abdul Kader, directeur de la Police spéciale de sécurité routière (DPSSR), a apporté la prudence opérationnelle à cette annonce. Il a confirmé que les forces placées sous son autorité seront déployées pour traquer les conducteurs indélicats, tout en lançant un ultime appel à la mise en conformité volontaire. « Cette traque sera diligentée contre les conducteurs réfractaires », at-il prévenu, laissant entendre que la phase de sensibilisation touche à son terme et que la phase coercitive est imminente. L’extension de l’opération « Tolérance zéro » aux gbakas et taxis s’insère dans une stratégie plus vaste de professionnalisation du secteur. Les accidents impliquant des minicars de transport urbain demeurent un fléau à Abidjan, où la densité du trafic et l’anarchie des comportements au volant produisent quotidiennement leur lot de victimes. Ces excroissances métalliques, conçues pour protéger les véhicules lors des accrochages, se transforment en véritables lames en cas de choc avec un piéton ou un deux-roues. Cette nouvelle offensive de la DGTTC présente-t-elle des effets durables. Les campagnes précédentes de répression, souvent menées par des coups d’État, ont montré leurs limites face à la capacité de résilience des mauvaises pratiques. La crédibilité de l’opération dépendra de sa soutenabilité dans le temps et de l’effectivité des mesures d’accompagnement promises. Les transporteurs, dont les marges sont structurellement faibles, ne pourront supporter seuls le coût de la mise aux normes. L’équation entre sécurité publique et viabilité économique du secteur reste entière.



