04282026Headline:

Echanges commerciaux Afrique-Paris : 66 milliards de francs CFA perdus en 2024

En 2024, la France a vu fondre ses exportations agricoles vers l’Afrique, enregistrant une baisse de 66 milliards de francs CFA, soit 114 millions de dollars. Ce recul de 2 % en un an place les exportations françaises vers le continent à 5,1 milliards d’euros, contre 5,2 milliards en 2023, selon les chiffres récemment publiés par France Agrimer, l’établissement national des produits de l’agriculture et de la mer.

Même si l’Afrique reste le troisième marché agricole hors Union européenne pour la France, cette chute est relative pour l’économie française et la place qu’elle occupe historiquement dans le commerce agroalimentaire africain. Le recul est principalement attribué à une montée en puissance de la concurrence internationale et à des tensions géopolitiques qui perdurent, notamment avec certains pays du Maghreb.

L’Afrique subsaharienne, le goulot en chef
La baisse est particulièrement marquée en Afrique subsaharienne, qui concentre près de 54 % des exportations agricoles françaises vers le continent. En 2024, cette région n’a importé que 2,75 milliards d’euros de produits français, contre 2,85 milliards l’année précédente, soit une chute de 3,4 %. Le blé, l’un des produits phares des exportations françaises, a été particulièrement touché avec un effondrement de 16 %.

Derrière ce chiffre, se cache une remise en cause de l’hégémonie française sur les marchés ouest-africains, où la Russie impose désormais sa présence, notamment sur le segment céréalier. Une dynamique nouvelle qui fragilise la place historique de la France dans l’approvisionnement alimentaire africain.

Malgré la tendance générale à la baisse, certains pays ont renforcé leurs importations françaises. La Côte d’Ivoire se démarque en tant que premier client subsaharien avec 444 millions d’euros d’achats, enregistrant une hausse de 3 %, portée par les achats de tabac et de blé.
Cependant, les autres grandes destinations, comme l’Afrique du Sud (338 millions d’euros), le Sénégal (282 millions) et le Cameroun (206 millions), affichent toutes une légère baisse de leurs importations. Cette érosion confirme un désengagement progressif des partenaires historiques de la France au profit d’alternatives commerciales, souvent plus compétitives.

L’Afrique du Nord résiste
Du côté de l’Afrique du Nord, la situation semble plus stable. Les exportations françaises y ont atteint 2,36 milliards d’euros, un chiffre équivalent à celui de 2023. Le blé y représente plus d’un tiers des échanges ce qui souligne son importance stratégique dans les relations commerciales avec cette région. Le Maroc reste le premier client nord-africain avec 1,01 milliard d’euros d’importations. En revanche, les relations avec l’Algérie, deuxième marché de la région, continuent de se détériorer.

Lire aussiLes échanges commerciaux sino-ivoiriens ont atteint 3 036 milliards FCFA en 2024 – WU Jie, Ambassadeur de Chine
Le pays a réduit ses achats à 810 millions d’euros, notamment à cause des tensions diplomatiques entre Paris et Alger. Les importations algériennes de produits laitiers français ont chuté de 33 %, en volume comme en valeur. L’Algérie se tourne désormais vers de nouveaux partenaires européens, comme la Pologne ou la Belgique, qui gagnent rapidement du terrain.

La donne française qui s’obligera à faire mutation
Hormis le cas africain, la baisse des exportations vers les pays tiers semble désigner une tendance globale. En 2024, les exportations agricoles françaises hors UE ont reculé de 0,8 %. Les produits bruts, particulièrement vulnérables aux effets de la concurrence, affichent une chute encore plus forte de 4 %. Cette dynamique impose à la France de repenser en profondeur sa stratégie commerciale sur le continent africain. Les 66 milliards de francs CFA perdus symbolisent une perte d’influence sur un marché longtemps considéré comme acquis.

La France ne peut plus se reposer sur ses anciens acquis. Face à l’expansion de la Russie, à la multiplication des partenariats Sud-Sud et aux épisodes diplomatiques avec plusieurs capitales africaines, la métropole doit revoir sa politique d’exportation, notamment sur les produits de base comme le blé, les produits laitiers ou le bois.

Investissements ciblés, accords bilatéraux, diversification des offres et partenariats gagnant-gagnant devront désormais constituer les piliers d’une politique commerciale renouvelée. A l’avenir, il s’agira pour la France de préserver ses parts de marché, de reconquérir la confiance des partenaires africains et de s’adapter aux nouvelles réalités géopolitiques d’un continent en pleine mutation.

 

What Next?

Recent Articles