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Nelly Chatue Diop fondatrice de la fintech Ejara…n’est plus

La nouvelle est tombée le vendredi 9 janvier 2026. , fondatrice de la fintech Ejara et figure connue de l’inclusion financière par la technologie en Afrique francophone, est décédée. Les causes de sa disparition n’ont pas été rendues publiques. Son décès suscite une vive émotion au sein des milieux économiques et technologiques, en particulier en Afrique centrale et de l’Ouest, où elle avait progressivement imposé son nom.

Ingénieure de formation, stratège des données, entrepreneure engagée, Nelly Chatue Diop avait construit un parcours atypique, à la croisée des grands groupes internationaux et de l’innovation numérique africaine. Sa disparition laisse un vide dans un secteur encore en structuration, où son expérience et sa rigueur faisaient référence.

Une formation scientifique et managériale solide
Née au Cameroun, Nelly Chatue Diop avait très tôt orienté ses études vers les sciences et la technologie. Diplômée en 2004 de l’École supérieure de chimie, physique et électronique de Lyon, elle avait complété son cursus par un MBA à HEC Paris en 2008. Ce double parcours, scientifique et managérial, allait constituer le socle de sa trajectoire professionnelle. À sa sortie d’école, elle entame sa carrière en Europe, intégrant d’abord le cabinet de conseil Accenture, puis la banque Crédit Suisse. Ces premières expériences lui permettent de se familiariser avec les environnements complexes de la finance internationale, de la transformation des organisations et de la gestion de projets à grande échelle.

Une carrière bâtie autour de la donnée et du numérique
Après ces débuts dans le conseil et la banque, Nelly Chatue Diop oriente sa carrière vers la stratégie de données et les usages numériques. Elle rejoint successivement plusieurs grands groupes de la distribution et des services en ligne, où elle occupe des fonctions de direction. Chez Casino, puis chez Darty et Betclic, elle intervient sur des problématiques liées à la valorisation de la donnée, à l’optimisation des parcours clients et à la prise de décision stratégique. Jusqu’en 2020, elle évolue ainsi dans des environnements fortement concurrentiels, acquérant une connaissance fine des modèles économiques numériques. Ces années passées au sein de grandes entreprises structurent sa vision : la technologie n’a de sens que si elle répond à des usages concrets et s’inscrit dans des réalités économiques mesurables.

Le retour vers l’Afrique et la création d’Ejara
En 2020, Nelly Chatue Diop franchit un nouveau cap en cofondant Ejara. L’application mobile repose sur la technologie blockchain et propose des solutions d’épargne et d’investissement accessibles via le téléphone portable. L’ambition affichée est de faciliter l’accès aux produits financiers pour des populations souvent éloignées des circuits bancaires classiques. Le projet s’appuie sur un constat simple : en Afrique francophone, une large part de la population reste exclue des mécanismes d’investissement, malgré une forte pénétration du mobile. Ejara se positionne alors comme un outil intermédiaire, combinant simplicité d’usage et produits financiers numériques.

Des levées de fonds structurantes
Le développement d’Ejara s’organise rapidement autour de plusieurs phases de financement. En 2021, la fintech réalise une levée de fonds en amorçage de 2 millions de dollars. L’année suivante, un tour de table de 8 millions de dollars vient renforcer ses capacités financières. Ces ressources permettent à l’entreprise d’élargir son champ d’action au-delà du Cameroun. Ejara étend progressivement ses activités vers la Côte d’Ivoire, le Sénégal, le Mali et le Burkina Faso, adaptant ses offres aux cadres réglementaires et aux spécificités locales. Sous la direction de Nelly Chatue Diop, la fintech diversifie ses services, intégrant aux outils d’investissement initiaux des fonctionnalités de paiement de factures et de transfert de fonds.

Une implication au-delà de l’entreprise
Au-delà de son rôle de dirigeante, Nelly Chatue Diop était régulièrement sollicitée sur les questions liées à la régulation des actifs numériques. Elle intervenait auprès d’organismes de développement et participait à des échanges avec des acteurs institutionnels, soucieuse de rapprocher innovation technologique et cadres réglementaires. Elle s’impliquait également dans la formation, contribuant à des programmes techniques destinés aux développeurs. Référente au sein de l’association 10 000 Codeurs, elle défendait l’idée que la montée en compétences locales constituait un levier essentiel pour l’autonomie numérique du continent.

Une reconnaissance au sein de l’écosystème CEMAC
La disparition de Nelly Chatue Diop résonne particulièrement en Afrique centrale. Dans la zone CEMAC, elle s’était imposée comme l’une des figures associées à la tokenisation des actifs et à la démocratisation de l’investissement via les technologies numériques. Son approche, souvent décrite comme pragmatique, reposait sur une articulation étroite entre innovation technologique, viabilité économique et compréhension des usages locaux. Cette posture lui avait valu une reconnaissance au sein d’un écosystème encore jeune, mais en pleine évolution.

Une dirigeante attentive aux usages sociaux
À la tête d’Ejara, Nelly Chatue Diop avait conduit l’entreprise à atteindre le seuil des 100 000 utilisateurs. Un chiffre significatif dans un secteur où la confiance du public reste un enjeu central. Son travail s’inscrivait dans une logique de progression graduelle, attentive aux contraintes des utilisateurs et aux réalités économiques. Elle défendait une vision de l’inclusion financière fondée sur la transparence des outils et la pédagogie, estimant que l’adoption durable des technologies financières passait par la compréhension des mécanismes proposés.

Si les causes de son décès n’ont pas été communiquées, l’annonce de sa disparition provoque une onde de choc dans les milieux de la fintech africaine. De nombreux acteurs saluent une professionnelle exigeante, capable de naviguer entre les univers de la finance classique et de l’innovation numérique. Sa trajectoire illustre les défis auxquels sont confrontés les entrepreneurs africains du numérique : conjuguer ambition technologique, contraintes réglementaires et réalités de terrain. Son absence ouvre une période d’incertitude, tant pour Ejara que pour un écosystème qui comptait sur son expertise.

Une empreinte durable dans la finance numérique africaine
Nelly Chatue Diop laisse l’image d’une entrepreneure méthodique, attachée à la cohérence entre discours et pratiques. Son parcours, depuis les grandes écoles européennes jusqu’aux marchés africains, témoigne d’une volonté de bâtir des passerelles entre des mondes longtemps séparés. À travers Ejara et ses engagements, elle aura contribué à structurer un débat encore émergent sur la place des technologies financières en Afrique francophone. Sa disparition rappelle la fragilité des trajectoires individuelles dans des secteurs en pleine mutation, mais aussi l’importance des héritages professionnels qu’elles laissent derrière elles.

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