En visite à Mumbai pour le sommet sur l’IA, Emmanuel Macron et Narendra Modi ont décidé d’élever leur partenariat au rang de « spécial global » en matière de défense, intelligence artificielle et nucléaire civil. La France et l’Inde veulent mieux peser dans la compétition mondiale. De commun accord, les deux dirigeants ont lancé l’Année de l’innovation tout en affichant une vision commune d’une IA éthique et inclusive.
La visite a permis de semer de nouvelles graines dans la stratégie technologique. Arrivé lundi 16 février à Mumbai pour un déplacement de 3 jours, le président français Emmanuel Macron a été accueilli ce mardi par son homologue indien Narendra Modi pour des entretiens bilatéraux devant aboutir à un renforcement significatif de leur partenariat. Au menu : intelligence artificielle, défense, et une volonté commune de constituer un pôle d’équilibre face aux États-Unis et à la Chine. Les deux dirigeants ont participé ensemble au sommet sur l’Impact de l’intelligence artificielle (AI Impact Summit), qui se tient cette semaine dans la capitale économique indienne. Un rendez-vous dont l’organisation a été saluée par Emmanuel Macron, un an après le Sommet pour l’action sur l’IA accueilli à Paris en février 2025, qu’il avait coprésidé avec Narendra Modi.
Le partenariat rehaussé au rang de « spécial global »
Le résultat le plus tangible de cette rencontre est l’élévation des relations bilatérales. Les deux chefs d’État ont décidé de hisser leur partenariat stratégique, établi en 1998, au rang de « partenariat stratégique global spécial » (Special Global Strategic Partnership). Une formulation qui traduit l’ambition croissante des deux pays de travailler main dans la main sur la scène internationale. Cette nouvelle dénomination s’accompagne d’un cadre institutionnel renforcé, avec la création d’un dialogue global annuel entre les ministres des Affaires étrangères. Il s’agira de passer régulièrement en revue les progrès de la coopération bilatérale et la mise en œuvre de la feuille de route « Horizon 2047 », qui fixe les objectifs à l’horizon du centenaire de l’indépendance de l’Inde. « Le rehaussement des relations reflète l’ambition croissante et la vision partagée du Président et du Premier ministre sur la relation franco-indienne, consistant à mettre leur action au service du bien commun », souligne le communiqué conjoint publié à l’issue des entretiens.
Plusieurs réalisations concrètes ont été saluées : la livraison du sixième sous-marin de classe Scorpène (P75 Kalvari) à la marine indienne en janvier 2025, l’installation de centres de maintenance pour les moteurs LEAP et M-88, et la création d’une joint-venture avec Bharat Electronics pour produire des missiles HAMMER en Inde.
La thématique de l’IA a naturellement occupé une place centrale dans les discussions. Emmanuel Macron et Narendra Modi ont réaffirmé leur attachement à une intelligence artificielle « sûre et digne de confiance, au service des personnes, de l’intérêt public, de la planète et du progrès pour les peuples ». Cette déclaration traduit dans la continuité de la déclaration franco-indienne sur l’IA adoptée à Paris en 2025. Elle approuve une convergence de vues entre les deux pays sur des principes essentiels : la démocratisation des ressources en matière d’IA, la transparence, et la nécessité de réduire la fracture mondiale en la matière. Pour les observateurs, ce rapprochement est stratégique. Face à la domination des géants américains et chinois, la France et l’Inde partagent une approche fondée sur l’ouverture et le respect de la souveraineté numérique. L’Inde, forte de son milliard et demi d’habitants, représente un marché considérable pour les start-up françaises de l’IA, notamment dans les domaines de la santé et des essais cliniques. À l’inverse, la France et l’Europe offrent un cadre réglementaire et éthique qui correspond aux attentes de New Delhi. Concrètement, cette coopération s’est matérialisée par une présence française de premier plan au sommet. Business France, la commission du Commerce et de l’Investissement, a installé le plus grand pavillon international de l’exposition, avec 436 m² réunissant 29 entreprises françaises, dont des géants comme Capgemini, Schneider Electric, TotalEnergies ou Safran.
La défense, pilier historique de la relation
Les deux dirigeants ont inauguré à distance, depuis Mumbai, la chaîne d’assemblage final de l’hélicoptère H125, une première en Inde dans le secteur privé, issue d’une joint-venture entre Tata Advanced Systems et Airbus. Ce geste symbolique illustre la volonté des deux pays d’aller au-delà de la simple vente de matériel pour s’engager dans une logique de « co-conception, co-développement et co-production » d’équipements de défense. Une approche qui correspond à la politique indienne du « Make in India ». Sur le plan des contrats, les discussions se sont poursuivies autour de la vente de 26 avions de combat Rafale-Marine pour la marine indienne, un contrat dont les négociations sont bien avancées. Les deux parties ont également évoqué la possibilité d’une commande plus large de 114 appareils supplémentaires, un contrat estimé à environ 35 milliards de dollars qui ferait de l’Inde l’un des principaux clients de l’aviation de combat française. Par ailleurs, plusieurs réalisations concrètes ont été saluées : la livraison du sixième sous-marin de classe Scorpène (P75 Kalvari) à la marine indienne en janvier 2025, l’installation de centres de maintenance pour les moteurs LEAP et M-88, et la création d’une joint-venture avec Bharat Electronics pour produire des missiles HAMMER en Inde.
Le domaine spatial n’est pas en reste, avec une coopération de longue date entre l’agence spatiale indienne ISRO et son homologue française CNES.
La coopération s’étend également à des secteurs de pointe comme l’énergie nucléaire civile. Emmanuel Macron a salué l’ambition indienne d’atteindre 100 GW de capacité nucléaire d’ici 2047, et s’est félicité des réformes récentes permettant l’investissement privé dans ce secteur. Des discussions fructueuses ont eu lieu sur le potentiel de collaboration concernant les centrales de grande puissance, mais aussi sur les technologies émergentes comme les petits réacteurs modulaires (SMR). Le domaine spatial n’est pas en reste, avec une coopération de longue date entre l’agence spatiale indienne ISRO et son homologue française CNES. Les deux pays ont convenu de renforcer leur collaboration en matière d’accès souverain à l’espace, de connaissance de la situation spatiale et de défense spatiale. La visite a également permis aux deux dirigeants de coordonner leurs positions sur les grands enjeux internationaux. Emmanuel Macron a réaffirmé le soutien ferme de la France à la candidature de l’Inde à un siège permanent au Conseil de sécurité des Nations unies, une position constante de Paris. Les deux pays ont appelé à un multilatéralisme réformé et efficace, et se sont engagés à coordonner étroitement leurs efforts au sein des enceintes internationales. Emmanuel Macron a également invité Narendra Modi à participer au prochain sommet du G7, qui sera accueilli par la France en 2026, une invitation que le Premier ministre indien a chaleureusement acceptée.
L’Année de l’innovation, vitrine de la coopération
En marge du sommet, les deux dirigeants ont officiellement inauguré l’Année franco-indienne de l’innovation, qui se déroulera tout au long de 2026. Cette initiative vise à multiplier les collaborations entre jeunes entreprises innovantes, établissements universitaires, organismes de recherche et secteur privé, dans des domaines aussi divers que les sciences, les technologies, la santé, le développement durable ou l’économie créative. Une cérémonie était organisée au Gateway of India, le monument emblématique de Mumbai, pour marquer ce lancement en présence des deux chefs d’État. L’objectif est de mettre en valeur l’attachement commun de la France et de l’Inde à développer ensemble des solutions pour un avenir plus intelligent et plus durable. Avec cette quatrième visite d’Emmanuel Macron en Inde depuis 2017, la relation franco-indienne franchit un nouveau palier. Dans un monde marqué par l’incertitude et la compétition entre grandes puissances, Paris et New Delhi entendent peser de tout leur poids pour défendre une vision fondée sur la souveraineté, l’éthique et le multilatéralisme.



