Les accusations déposées pour leurre d’enfants ont explosé au cours des 15 dernières années au Québec. Le Journal a recensé une quinzaine des pires prédateurs sexuels à avoir commis ces crimes.
Une femme tourmentée pendant plusieurs mois par un as de l’informatique qui l’a forcée à se dénuder devant sa caméra, alors qu’elle était mineure, craint toujours que son harceleur la retrouve, 20 ans après les événements.
« Il a détruit une partie de moi », raconte Mélanie (nom fictif), dont l’identité est protégée sur ordre du tribunal.
Tout a commencé au milieu des années 2000, lorsque Daniel Waldemar Lesiewicz prend contact avec Mélanie, alors âgée de 14 ans, sur la défunte plateforme de clavardage MSN.
Se faisant passer pour une de ses amies, il lui a envoyé un lien, en apparence inoffensif. Mais en cliquant dessus, l’adolescente a donné accès à tout le contenu de l’ordinateur familial, dont son adresse personnelle.
« Il m’a dit de faire un striptease et de me déshabiller devant la caméra, sinon il allait venir chez moi », raconte Mélanie qui a accepté, effrayée.
Mais Lesiewicz avait enregistré la vidéo. Il est revenu à la charge plusieurs mois plus tard pour en redemander plus, menaçant de diffuser la vidéo initiale sur un site pornographique. Ce qu’il a fait.
« Elle avait été vue des milliers de fois… C’est là que j’ai porté plainte à la police pour la première fois », explique la dame, aujourd’hui âgée de 35 ans.
Suivie à la trace
Lesiewicz aurait utilisé un modus operandi similaire avec plus de 200 femmes, pour la plupart mineures. Vingt-cinq d’entre elles ont pu être retrouvées par les autorités, incluant Mélanie.
Le prédateur a été condamné à une lourde peine d’emprisonnement en 2011 (voir autre texte).
« Je ne sais pas comment il faisait, mais chaque fois que je changeais de compte ou de courriel, il me retrouvait. Il m’a traquée pendant deux ans », explique la trentenaire.
Traumatisée par son expérience, Mélanie refuse encore aujourd’hui de faire des vidéoconférences ou d’être prise en photo, même dans le cadre de son travail.
Elle évite les applications de rencontres et ne se présente pas sous sa vraie identité sur les rares réseaux sociaux qu’elle utilise.
Peur d’être retrouvée
Le stress est d’autant plus grand depuis que Daniel Lesiewicz a été libéré d’office en 2015. Chaque mois, elle fait le tour d’internet au moins une fois pour voir si on parle de lui quelque part.
« J’ai toujours une crainte quand quelqu’un me contacte sur les réseaux sociaux. J’ai peur qu’il me retrouve et qu’il s’en prenne à moi », soupire Mélanie.
L’auteur de ces lignes a d’ailleurs dû prouver son identité de plusieurs façons pour la rassurer avant leur rencontre.
« C’est dommage, mais j’ai perdu confiance aux hommes », conclut-elle.
Invité à commenter les événements qui l’ont mené en prison à l’époque, Daniel Lesiewicz affirme aujourd’hui reconnaitre pleinement la gravité de ses gestes et avoir pris conscience des torts qu’il a causés.
« Je tiens aujourd’hui à exprimer mes remords sincères et j’espère que les victimes ont pu guérir et retrouver un sentiment de sécurité et de sérénité », indique-t-il par le biais de son avocate Rita Magloé Francis.




