On en sait peu olus sur la crise chez Les Démocrates. Un responsable du parti dénonce des pressions sur l’ancien président Boni Yayi. La démission de l’ancien président béninois à la tête du parti Les Démocrates, annoncée le 4 mars, n’est pas ex nihilo. Intervenu ce dimanche 8 mars sur les ondes de Bip radio, Eugène Azatassou, vice-président du parti en charge du département du Zou, a livré sa lecture des événements. Selon lui, ce départ n’est pas seulement lié à des raisons de santé, mais aussi à des pressions extérieures venues des autorités en place.
Depuis l’annonce surprise de la démission de Boni Yayi, les spéculations vont bon train au Bénin. Pourquoi l’ancien chef de l’État a-t-il choisi de quitter le navire qu’il avait lui-même contribué à construire, à six semaines de l’élection présidentielle du 12 avril ? Eugène Azatassou a tenté d’apporter des éléments de réponse. « La démission de l’ancien président Boni Yayi n’est pas liée qu’aux raisons de santé, mais aussi à des pressions extérieures venant de la part des autorités en place », a-t-il affirmé sans ambages. Une déclaration qui jette un éclairage nouveau sur une décision qui avait pris de court jusqu’aux cadres du parti.
Des pressions multiples, selon le responsable
Pour étayer ses propos, le vice-président du parti Les Démocrates évoque une série d’événements récents. Il cite pêle-mêle « l’arrestation de Chabi Yayi, fils de Boni Yayi, dans le cadre de l’enquête liée au coup d’État déjoué du 7 décembre, sa convocation par la police judiciaire, ainsi que le retrait des gardes de corps de l’ex-dirigeant ». Autant de situations qui, à l’en croire, « constituent de véritables pressions qui viennent se greffer à celles que Boni Yayi subit déjà relativement aux affaires intérieures du parti ». Le responsable politique n’en dit pas plus sur ces affaires internes, mais on sait que le parti a été secoué par des querelles de leadership ces derniers mois. Eugène Azatassou précise toutefois que la thèse des pressions extérieures devra être confirmée ou infirmée lors de la prochaine rencontre avec le chef de file de l’opposition béninoise. Une manière de laisser une porte ouverte à d’autres explications, tout en maintenant ses affirmations.
Un appel à la cessation des pressions politiques
Au-delà des explications, le vice-président du parti Les Démocrates en profite pour lancer un appel solennel. « Nous pensons que ce n’est pas normal que dans un pays démocratique, le pays de la conférence nationale, que de telles pressions s’exercent sur une personne qui plus est un responsable qui a dirigé ce pays », a-t-il déclaré. Il en appelle à un retour aux fondamentaux de la démocratie béninoise, celle issue de la conférence des forces vives de la nation. « Que les pressions cessent et que l’on revienne à la démocratie initiée par la conférence des forces vives de la nation, et que l’on s’asseye », a-t-il préconisé. Un appel qui résonne comme un cri d’alarme, alors que le climat politique semble se tendre à l’approche de la présidentielle. Le Bénin, longtemps considéré comme un modèle démocratique en Afrique de l’Ouest, traverse une période troublée.
Le rejet de la démission, une question de stature politique
Eugène Azatassou est également revenu sur le rejet de la démission de Boni Yayi par la coordination nationale du parti. Une décision qui avait pu surprendre, mais que le responsable justifie par la stature particulière de l’intéressé. « Boni Yayi n’est pas un militant comme les autres », a-t-il indiqué, rappelant le rôle important joué par l’ancien président au sein de la formation politique. Ce rejet n’est donc pas lié, selon lui, à une quelconque incapacité des autres responsables à conduire les affaires du parti. Il s’agit plutôt de reconnaître la place particulière qu’occupe Boni Yayi dans l’histoire du mouvement. Une façon de ménager la susceptibilité de l’ancien chef de l’État tout en préservant l’unité du parti, déjà mise à mal par les départs en cascade et les querelles internes. La démission de Boni Yayi intervient en effet dans un contexte particulièrement délicat pour Les Démocrates. À moins d’un mois du scrutin présidentiel, le parti voit sa candidature rejetée pour insuffisance de parrainages. Une décision de la Commission électorale nationale autonome (CENA) confirmée par la Cour constitutionnelle, qui a plongé la formation dans la tourmente.
Les Démocrates tentent de faire bonne figure malgré les coups durs
Le parti avait déjà manqué les élections communales pour incomplétude de dossier, et n’a pas réussi à décrocher de sièges aux législatives. Sans représentants à l’Assemblée nationale, la principale force d’opposition se retrouve fragilisée sur l’échiquier politique national. À cela s’ajoute le départ de plusieurs cadres, qui ont pour la plupart rejoint le camp de la mouvance présidentielle. Une hémorragie qui affaiblit un peu plus un parti déjà mal en point. Les explications d’Eugène Azatassou lèvent un coin du voile sur les raisons de la démission de Boni Yayi, mais toutes les questions ne trouvent pas encore de réponses. Le rôle exact des autorités dans cette affaire, la nature précise des pressions évoquées, ou encore l’avenir du parti sans son fondateur restent des sujets ouverts. La rencontre annoncée avec le chef de file de l’opposition pourrait apporter des éclaircissements. En attendant, Les Démocrates tentent de faire bonne figure malgré les coups durs. Mais à six semaines du scrutin, l’avenir de la principale formation d’opposition paraît plus incertain que jamais. Le Bénin, qui s’apprête à élire son prochain président, voit ainsi l’un de ses principaux acteurs politiques mis hors-jeu avant même le début de la campagne. Une situation inédite dans un pays qui avait fait de l’alternance démocratique sa marque de fabrique.



