D’emblée, notons que la Côte d’Ivoire a toujours respecté ses engagements envers ses partenaires commerciaux en matière de desserte en énergie. Et plus particulièrement sur la coopération énergétique, Abidjan et Ouagadougou maintiennent un dialogue incassable sur la fourniture en électricité. Jeudi dernier à Abidjan, le chargé d’affaires burkinabè a été reçu par Nialé Kaba dans le cadre du renforcement des liens bilatéraux. Nommée derechef MAECI, la tradition bilatérale recommande que chaque chef de représentation diplomatique prenne la langue avec la nouvelle ministre des Affaires étrangères en vue d’approfondir les liens d’amitié et de coopération.
C’est dans ce registre que le jeudi 12 mars 2026, le ministre d’État Nialé Kaba, ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale de Côte d’Ivoire, a reçu à son cabinet M. Sansan Kambou Raphaël, chargé d’affaires de l’ambassade du Burkina Faso à Abidjan. Une rencontre protocolaire qui s’établit dans le cadre du maintien du dialogue diplomatique entre les deux pays voisins. Comme le veut la tradition, cette visite a permis aux deux parties de faire le point sur l’état de la coopération bilatérale et de réaffirmer leur volonté commune de maintenir des relations dynamiques et constructives. Les échanges ont notamment porté sur la relance et le renforcement des liens dans divers domaines d’intérêt partagé.
Une information démentie : Pas de demande d’électricité formulée
Contrairement à certaines rumeurs qui ont circulé, cette rencontre n’avait pas pour objet une demande spécifique du Burkina Faso concernant la fourniture d’électricité . L’information selon laquelle le chargé d’affaires burkinabè serait venu solliciter un approvisionnement énergétique auprès de la Côte d’Ivoire est infondée. Il convient de rappeler que la Côte d’Ivoire a toujours respecté ses engagements envers ses partenaires commerciaux, et que les accords conclus entre les deux pays restent en vigueur. Depuis des années, Abidjan dessert le Burkina Faso et plusieurs autres nations de la sous-région via son réseau d’interconnexion haute tension. La Côte d’Ivoire s’est imposée comme un acteur majeur de l’électricité en Afrique de l’Ouest. Le pays exporte environ 8 à 11 % de sa production nationale vers six pays voisins : le Mali, le Burkina Faso, le Ghana, le Togo, le Bénin et le Libéria. En 2023, ces exportations ont atteint 1 052,4 GWh, faisant de la Côte d’Ivoire le premier fournisseur d’électricité de la région.
Le Libéria est devenu le premier client de la Côte d’Ivoire avec 28,2 % des exportations, devant le Burkina Faso (27,6 %), la Sierra Leone (14,2 %), le Mali (16,6 %), le Ghana (8 %) et la Guinée Conakry (5,5 %).
Le Mali et le Burkina Faso sont historiquement les principaux clients. En 2023, le Burkina Faso représentait 28,8 % des exportations ivoiriennes d’électricité, derrière le Mali (51,1 %). Une part considérable qui témoigne de l’interdépendance énergétique entre Abidjan et Ouagadougou. Cette position de leader s’explique par une capacité de production d’environ 3 000 MW en 2023, avec un objectif affiché de doubler cette puissance dans les années à venir. À cela s’ajoute un prix de vente attractif : la Côte d’Ivoire propose son électricité à un tarif moyen de 73 FCFA le kWh, bien inférieur à la moyenne régionale qui oscille entre 101 et 132 FCFA. L’année 2024 a toutefois été marquée par une baisse des exportations ivoiriennes. Selon les données disponibles, les volumes ont chuté de 30,57 % pour s’établir à 730,42 GWh. Cette diminution s’explique par plusieurs facteurs : l’indisponibilité prolongée de certaines centrales, des retards dans la mise en service de nouvelles capacités, et un approvisionnement insuffisant en gaz naturel. Dans ce nouveau contexte, le Libéria est devenu le premier client de la Côte d’Ivoire avec 28,2 % des exportations, devant le Burkina Faso (27,6 %), la Sierra Leone (14,2 %), le Mali (16,6 %), le Ghana (8 %) et la Guinée Conakry (5,5 %). Une redistribution des pièces qui illustre la capacité de la Côte d’Ivoire à diversifier ses débouchés.
La dépendance historique du Burkina Faso et la montée en puissance du solaire burkinabè
Pour le Burkina Faso, l’électricité ivoirienne a longtemps représenté une partie essentielle de son approvisionnement. En 2023, près de 58 % de l’offre nationale burkinabè provenait des importations, principalement depuis la Côte d’Ivoire. Les volumes échangés avaient connu une tendance croissante, atteignant un pic de 580 GWh entre 2017 et 2018. Cette interconnexion haute tension permet au Burkina Faso de réaliser des économies considérables. Plutôt que d’utiliser à une production locale thermique plus coûteuse, Ouagadougou importe l’électricité ivoirienne à des conditions avantageuses, économisant ainsi des centaines de milliards de francs CFA. Les relations énergétiques entre les deux pays ne datent pas d’hier. En avril 2010, une délégation burkinabè conduite par Abdoulaye Abdoul Kader Cissé, alors ministre des Mines, des Carrières et de l’Énergie, avait séjourné à Abidjan pour négocier les conditions d’approvisionnement. À l’époque, les besoins d’importation du Burkina s’élevaient à 71,25 MW.
Les rumeurs infondées, les deux diplomates ont pu échanger sur l’état de la coopération et envisager les moyens de la renforcer.
Mais les choses évoluent. Depuis octobre 2025, la production électrique nationale du Burkina Faso a bondi, portée par un essor remarquable du solaire. Selon les statistiques 2024 du ministère de l’Énergie, des Mines et des Carrières, la production nationale d’électricité a connu une croissance de 25 % en 2024, passant de 1 135,7 GWh en 2023 à 1 419,1 GWh. Cette progression, soit un gain de 283,4 GWh, marque une étape décisive pour un pays longtemps dépendant des importations régionales. La puissance totale installée s’est renforcée, passant de 600,1 MW à 678,5 MW, soit une hausse de 78 MW. Le solaire, en particulier, a connu une ascension spectaculaire. La puissance installée photovoltaïque est passée de 159,8 MWc à 228,03 MWc en un an, consolidant la place du soleil comme pilier du mix énergétique national. Cette dynamique traduit un changement de paradigme profond : la part des énergies renouvelables dans la production totale burkinabè est passée de 21,9 % en 2023 à 29,7 % en 2024. Parallèlement, la dépendance du pays aux importations a reculé. Les progrès se mesurent à travers les indicateurs d’accès à l’électricité : le taux d’électrification nationale au Burkina Faso est passé de 31,9 % à 34,2 %, tandis que le taux de couverture électrique a gagné près de 1,5 point pour atteindre 53,3 %.
La Côte d’Ivoire s’électrifie et électrifie
Pendant ce temps, la Côte d’Ivoire poursuit ses efforts d’électrification sur son territoire. Le taux d’électrification des localités est passé de 33,1 % en 2011 à 95,67 % en juin 2025 , traduisant des avancées significatives dans l’accès à l’électricité sur l’ensemble du territoire national. Le nombre de ménages disposant d’un abonnement électrique à bondi, passant de 1 111 533 en 2011 à 4 587 952 en 2025 . Derrière ces chiffres, ce sont des réalités concrètes. À Zienkoloplé, dans le département de Korhogo, l’électricité est disponible depuis 2024. À Goréké, dans le département de San Pedro, les lampadaires ont remplacé les torches. Malgré la baisse conjoncturelle des échanges en 2024 et la montée en puissance des capacités solaires burkinabè, la coopération électrique entre la Côte d’Ivoire et le Burkina Faso reste un axe majeur de leurs relations bilatérales. Abidjan demeure un fournisseur clé pour son voisin, et les infrastructures d’interconnexion continuent de fonctionner. Toutefois, la rencontre du 12 mars 2026 entre Nialé Kaba et Sansan Kambou Raphaël n’a pas traité de ce sujet. Outre, les rumeurs infondées, les deux diplomates ont pu échanger sur l’état de la coopération et envisager les moyens de la renforcer. Une preuve que, même dans un contexte de diversification énergétique, la solidarité régionale reste une priorité pour les deux pays.



