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Madagascar : 13 inculpations pour complot et tentative d’assassinat contre Randrianirina

La justice malgache a franchi une nouvelle étape dans le démantèlement d’un réseau accusé de préparer un coup d’État et l’assassinat du président de la Refondation. Treize personnes, parmi lesquelles figure un colonel en activité, ont été inculpées le jeudi 2 Avril 2026 à Antananarivo. Les chefs d’accusation retenus sont lourds : tentative d’assassinat contre le président de la Refondation de la République, association de malfaiteurs, détention illégale d’armes et complicité.

Onze des mis en cause ont été placés en détention préventive à l’issue de leur comparution devant le parquet le 31 mars. D’autres suspects font l’objet de mandats d’arrêt, a précisé la procureure de la République, Narindra Rakotoniaina, dans une vidéo diffusée par le ministère de la Justice. Cette affaire plonge Madagascar dans une nouvelle séquence d’instabilité politique, alors que le pays peine à sortir d’une longue crise de confiance entre les institutions. Le colonel Patrick Rakotomamonjy, figure centrale du complot présumé, est présenté par l’accusation comme l’un des cerveaux de l’opération. « Il fait partie de ceux qui ont concocté le plan dans le cadre de la réalisation de ces crimes », a déclaré la magistrate. Un officier général, dont l’identité n’a pas été révélée, aurait également exprimé son intention de renverser le pouvoir « dans la rue ».

Un plan dévoilé par la victime présumée
Le président de la Refondation, le colonel Michaël Randrianirina, avait lui-même alerté l’opinion publique le 26 mars dernier, lors d’un déplacement en Guinée équatoriale. Il y dénonçait l’existence d’un plan visant à l’assassiner, lui et son épouse. De son côté, le colonel Patrick Rakotomamonjy a partagé sur les réseaux sociaux des vidéos dans lesquelles il évoque également un projet d’assassinat le concernant. Un jeu d’accusations croisées qui rend l’affaire plus complexe et alimente les spéculations sur les véritables commanditaires. L’enquête, menée par les services de renseignement et la gendarmerie, a permis de mettre au jour des éléments matériels. Selon la procureure, certains prévenus ont avoué que les 20 milliards d’ariary (environ 4,5 millions d’euros) découverts sur leurs comptes bancaires étaient destinés à financer le crime. Des perquisitions menées aux domiciles des suspects ont également permis la saisie d’argent liquide et de diverses armes. Des réunions de planification des opérations auraient eu lieu à plusieurs reprises, sans que l’on sache précisément quand ni où. Le volet financier est au cœur des investigations. Les 20 milliards d’ariary, somme considérable dans un pays où le PIB par habitant reste modeste, posent la question de l’origine des fonds et des éventuels soutiens extérieurs. Aucune piste n’est officiellement privilégiée, mais les enquêteurs examinent les circuits bancaires et les relations des prévenus avec des acteurs économiques ou politiques, tant nationaux qu’internationaux.

Le colonel Patrick Rakotomamonjy, qui bénéficie d’une certaine popularité dans les cercles militaires, dispose de soutiens au sein de la gendarmerie et de l’armée de terre. Son inculpation pourrait provoquer des remous dans une institution déjà fragilisée par des années de tensions entre le pouvoir civil et l’état-major.
La rapidité de la procédure, à peine une semaine entre la révélation publique et les inculpations, traduit la volonté des autorités de couper court à toute tentative de déstabilisation. Le parquet d’Antananarivo, souvent critiqué pour sa lenteur, a cette fois agi avec célérité. Reste à savoir si les preuves rassemblées résisteront à l’examen des juges d’instruction et aux débats contradictoires. Les avocats des prévenus dénoncent déjà une procédure politique et des aveux obtenus sous pression. Le colonel Patrick Rakotomamonjy, qui bénéficie d’une certaine popularité dans les cercles militaires, dispose de soutiens au sein de la gendarmerie et de l’armée de terre. Son inculpation pourrait provoquer des remous dans une institution déjà fragilisée par des années de tensions entre le pouvoir civil et l’état-major. La tentative présumée de coup d’État intervient dans un climat de défiance généralisée. Depuis la transition chaotique du début des années 2000, Madagascar a connu plusieurs crises politiques, coups de force et assassinats non élucidés. La population, lasse des violences et des blocages institutionnels, observe avec une certaine résignation l’énième épisode d’une longue série. Les organisations de la société civile appellent à la retenue et à la transparence, tout en réclamant que les responsables, quels qu’ils soient, répondent de leurs actes devant la justice.

Sur le plan diplomatique, les partenaires internationaux de Madagascar, Union africaine, Communauté de développement d’Afrique australe (SADC), France et États-Unis, suivent de près l’évolution de la situation. Ils ont pris acte des inculpations et appellent au respect de l’État de droit. Aucune condamnation officielle n’a encore été prononcée, mais des pressions discrètes s’exercent pour que les enquêtes soient menées de manière impartiale. L’avenir de cette affaire dépend désormais de l’instruction judiciaire. Les onze détenus préventifs resteront en prison dans l’attente d’un éventuel renvoi devant une juridiction de jugement. Les mandats d’arrêt lancés contre les autres suspects seront exécutés au fur et à mesure des interpellations. Le gouvernement, de son côté, a renforcé la sécurité autour des institutions et des personnalités politiques. La peur d’un coup de force militaire, bien que jugée faible par la plupart des observateurs, n’a pas complètement disparu. Pour le président de la Refondation, cette affaire est à la fois une menace et une opportunité. Menace, car elle montre la fragilité de son pouvoir et l’existence d’opposants prêts à en découdre. Opportunité, car elle lui permet de justifier une main ferme et de dénoncer les « ennemis de la République ». Dans un pays où la rue a souvent eu raison des gouvernements, le pari est risqué. La justice, désormais saisie, devra trancher. Mais à Madagascar, comme ailleurs, la vérité judiciaire ne se confond pas toujours avec la vérité politique. L’attente est grande, la défiance aussi.

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