Pour une fois de plus, Alger a fait montre de sa doctrine de paix et de respect du bon voisinage. Pour geler la crise entre les duos Algérie-Mali et maliens-maliens, Abdelmadjid Tebboune se fait partisan du dialogue et de la fraternité. Pour le numér un algérien, « La force ne règle pas les problèmes ». Dans une déclaration aux accents à la fois paternels et géopolitiques, l’algérien offre sa lecture de la crise malienne, tout en réaffirmant la disponibilité d’Alger à accompagner une sortie de l’impasse. Le chef de l’État algérien a mentionné que son pays avait anticipé la dégradation actuelle.
« Nous savions que la situation allait se gâter, car le Mali est entré dans une phase critique qui ne mène pas à la stabilité », a-t-il déclaré. Il y ajouta que cette mise en garde remontait déjà à deux ans déjà, à l’époque, cela était considérer comme une ingérence de la part de la junte de Bamako. Pour le président Tebboune, la racine du mal est de s’être éloigné de son propre peuple, de négliger le dialogue interne, et d’espérer résoudre par la force ce qui ne relève que de la concertation. « Même si la prise de pouvoir n’est pas constitutionnelle, on peut la constitutionnaliser, on peut revenir », a-t-il martelé. L’Algérie, selon lui, n’a jamais cherché à s’immiscer dans les affaires intérieures maliennes, mais se tient prête à répondre à toute sollicitation, dans la plus pure tradition de fraternité qui lie les deux pays depuis l’indépendance.
« Nous savions que la situation allait se gâter »
Le chef de l’État algérien était triste face aux événements qui secouent le voisin malien. « Je suis désolé de ce qui se passe au Mali. Ce n’était pas de la prophétie, mais on savait que les choses allaient se gâter », insista-t-il. Selon lui, la période actuelle n’est qu’un épisode de plus dans un cycle répétitif car chaque changement de direction à Bamako s’accompagne d’une tentative de régler le problème par la force. Or, « la force ne règle pas les problèmes », a-t-il affirmé, en écho à des décennies d’expérience algérienne dans les médiations sahéliennes. Au bout d’un, deux ou trois ans d’affrontements stériles, les autorités maliennes finissent toujours par revenir à la table des discussions. Et ces discussions, a notifié le président Tebboune, ne peuvent se faire sans « le frère d’à côté », celui qui peut garantir le respect des accords, même internes. Cela précise que l’Algérie, par sa position géographique et son poids diplomatique, demeure un médiateur incontournable dans la région.
Je parle avec le cœur parce qu’on aime le Mali. ’LAlgérie n’a fait que jouer son rôle de facilitateur, un rôle qu’elle assume depuis 1962 sans jamais en tirer de profit particulier, si ce n’est celui de la fraternité.
Les accords d’Alger, un cadre malien et non une ingérence
Interrogé sur une éventuelle réactivation du processus d’Alger, ces accords signés en 2015 entre le gouvernement malien et les groupes armés du Nord, le président algérien a tenu à dissiper un malentendu récurrent. « Les accords d’Alger sont en fait maliens, ce n’est pas un fait algérien », a-t-il souligné. Certains, a-t-il déploré, tentent de faire passer ce cadre pour une ingérence d’Alger dans les affaires intérieures du Mali. Or, ces accords ont été conclus par consentement mutuel entre les différentes parties maliennes, avec la bénédiction des Nations unies et de l’Union africaine. L’Algérie n’a fait que jouer son rôle de facilitateur, un rôle qu’elle assume depuis 1962 sans jamais en tirer de profit particulier, si ce n’est celui de la fraternité. « Ceux qui croient en la fraternité, nous sommes là. Ceux qui croient que c’est un calcul, un marchandage pour pouvoir s’aider, ils sont libres », a lancé le président, visiblement agacé par les critiques récurrentes à l’encontre de la diplomatie algérienne. Il a surtout rappelé que l’Algérie n’avait jamais exploité les difficultés maliennes pour en tirer un avantage, que ce soit sur le plan économique ou sécuritaire.
L’Afrique des échanges et des solidarités concrètes
Abdelmadjid Tebboune a profité de cette déclaration pour esquisser une vision plus large des relations interafricaines. Il a cité l’exemple du Niger, avec lequel l’Algérie a su trouver un point de concorde qui pourrait servir de modèle à tout le continent. Il a également évoqué le Tchad, remerciant son « frère le président Mahamat Idriss Déby Itno » pour sa visite récente, et annoncé l’ouverture rapide de la ligne de N’Djaména ainsi que l’acheminement de conteneurs tchadiens via le port de Djen Djen, en empruntant la route Transsaharienne. « C’est ça l’intégration africaine », a-t-il indiqué. Non pas de belles paroles ou des sommets stériles, mais des actes concrets : acheter africain, ouvrir des voies de transport, offrir des bourses d’études. L’Algérie propose actuellement 8 000 bourses aux jeunes Africains. « Ceux dont bénéficie l’un peuvent le donner aux autres », a-t-il résumé, appelant à une solidarité active et décomplexée. Le président Tebboune a également annoncé des projets concrets pour le Burkina Faso, voisin du Mali, avec la construction de douze forages destinés aux éleveurs, équipés de panneaux solaires et de systèmes automatisés. Une manière de montrer que l’Algérie agit sur le terrain, loin des discours. Pour lui, les relations internationales ne sauraient se réduire au seul rapport de forces. « Fraterniser, c’est autre chose », a-t-il conclu.
Une main tendue, mais sans naïveté
Le président algérien était empreint de sollicitude et il n’en a pas moins affiché une certaine fermeté. « Je ne suis pas obligé d’agir avec vous », a-t-il lancé, inversant la proposition. C’est Bamako qui a besoin d’Alger, et non l’inverse, un avertissement discret aux dirigeants maliens, tentés de tourner le dos à leur voisin du Nord. Pourtant, le chef de l’État algérien a répété que la porte restait ouverte. « Je parle avec le cœur parce qu’on aime le Mali », a-t-il confié, rappelant ses deux déplacements à Gao et son attachement à ce pays frère. La junte malienne, dirigée par le général Assimi Goïta, saisira-t-elle cette main tendue. Les relations entre Bamako et Alger se sont tendues ces dernières années, le Mali s’étant rapproché militairement de la Russie et ayant pris ses distances avec la médiation algérienne, jugée trop proche des anciennes puissances coloniales. Mais avec la dégradation continue de la situation sécuritaire et les défis économiques qui s’accumulent, l’option d’un retour au dialogue pourrait gagner du terrain. En tout état de cause, Abdelmadjid Tebboune a posé une pierre, celle d’une Algérie qui est là, patiente, fidèle à sa tradition de médiatrice, et prête à aider sans condition préalable, sinon celle du « retour à la raison ». Comme il l’a dit lui-même, « il n’est pas trop tard ».



