Chercheur de l’Institut des études africaines de l’Académie chinoise des sciences sociales prend la parole, Wang Hongyi dit la Chine telle qu’elle se pense. Un continent, une civilisation, une mosaïque de peuples et une mécanique de redistribution.
La Chine se pense comme un continent, pas comme un pays. Selon Wang Hongyi, elle a une diversité géographique, ethnique et linguistique. La question des minorités frontalières est traitée comme un enjeu de sécurité nationale et de stabilité. Avec une expérience de 30 ans de terrain, du Cameroun au Darfour, des missions de maintien de la paix aux conférences académiques, Wang Hongyi trouve que le modèle chinois repose sur une forte redistribution fiscale entre provinces riches et pauvres. La politique religieuse vise à contenir les influences étrangères et à maintenir le contrôle du Parti sur l’espace public.
Un continent, pas un pays
La Chine compte 9,6 millions de kilomètres carrés. Troisième pays le plus vaste du monde, derrière la Russie et le Canada. Elle est à la fois continentale et océanique, avec des îles, une écriture unique, une civilisation de 5 mille ans. « Pour un Chinois, on peut facilement reconnaître encore les écritures anciennes », dit-il. Les dialectes varient du nord au sud, mais l’écriture reste la même. La population atteint 1,4 milliard d’habitants, soit environ 20 % de l’humanité. Mais la natalité décline. Huit millions de naissances par an, contre neuf millions au Nigeria. « L’Afrique est le futur de notre planète », lance-t-il.
C’est comme ça que le Parti essaye de diminuer les différences.
La question des minorités et des frontières
La Chine compte 56 ethnies. Les Han représentent environ 92 % de la population. Les minorités, elles, vivent souvent aux frontières. Tibétains, Ouïghours, Mongols, Coréens, Zhuang. « Dans l’histoire, ce sont les provinces influencées par l’Inde, par les Anglais, par la Russie. » Il rappelle que la Grande Muraille a été construite pour protéger la Chine des invasions du nord. Que les Turcs ont été chassés vers l’Europe. Que les Mongols ont été soutenus par la Russie. Que le Tibet a été influencé par les Britanniques. « C’est pour ça que la Chine est obligée de mettre en place des politiques en privilège pour les minorités. » La stabilité des marges est une priorité stratégique, non un simple geste de générosité.
Redistribution, taxes et équilibre social
Pour le chercheur, la Chine pratique le transfert de richesses entre provinces. Six provinces riches nourrissent le reste du pays. Les régions côtières, comme le Guangdong ou Shanghai, génèrent l’essentiel des recettes. Les provinces de l’intérieur, du sud-ouest, dépendent du centre. « Chaque année, une taxe très importante est transférée aux régions pauvres. » Les fonctionnaires des zones reculées reçoivent des subventions. Les paysans ne paient pas d’impôt sur le revenu et perçoivent des aides à l’hectare. « C’est comme ça que le Parti essaye de diminuer les différences. » Derrière la langue de bois, la cohésion nationale passe par la péréquation fiscale.
Un institut né de la solidarité afro-asiatique
L’Institut du cinéma africain a été créé dans les années 60, à l’initiative du président Mao Zedong afin de tisser un lien entre la Chine et les luttes africaines pour l’indépendance. « À l’époque, la Chine et l’Afrique travaillaient ensemble pour l’indépendance », raconte-t-il. Lui-même a passé 5 ans à l’ambassade de Chine à Yaoundé, puis a servi dans une mission de maintien de la paix de l’ONU au Darfour, entre 2008 et 2010, chargée de la protection humanitaire. « La relation entre les communautés est très compliquée. C’est toujours très difficile dans un milieu de développement économique. »
Religion, laïcité et contrôle social
La Chine compte des bouddhistes, des taoïstes, des musulmans, des catholiques. « Mais les croyants ne sont pas tellement nombreux. » La politique religieuse interdit aux moins de 18 ans d’être croyants. « Une fois qu’on est à l’école, on ne parle plus de religion. » Le Parti communiste encadre la liberté de culte pour éviter les influences étrangères. « Les Occidentaux, les Arabes, les Indiens utilisent souvent la religion pour poser la main dans nos affaires. » Justification classique de la doctrine chinoise qui recommande que la religion relève de la sphère privée, pas de l’espace public.



