En Haïti, depuis le mois de mars, des tensions au sein de la principale coalition de gangs de la capitale ont fait plus de 600 morts à Cité Soleil et dans la plaine du Cul-de-sac, située dans l’aire métropolitaine de Port-au-Prince. C’est le résultat d’une enquête et de témoignages recueillis depuis plusieurs mois par le Binuh, le Bureau intégré des Nations unies en Haïti, publiée jeudi 6 août 2026. Un niveau de violence jamais vu dans ces quartiers de Port-au-Prince depuis deux ans et la création de la grande coalition de gangs appelée « Vivre Ensemble ».
La violence des gangs n’a jamais cessé dans la capitale d’Haïti, Port-au-Prince, et dans des régions rurales comme l’Artibonite. Mais les habitants du gigantesque bidonville de Cité Soleil et de la plaine du Cul-de-sac payent un très lourd tribut depuis le mois de mars 2026 : 613 morts, des centaines de blessés et plus de 18 000 déplacés (chiffres arrêtés au 31 juillet 2026) à cause d’un regain de tensions entre différents groupes armés.
C’est ce qu’explique le rapport publié ce jeudi 6 août 2026 par le Bureau intégré des Nations unies en Haïti (Binuh). Arnaud Royer dirige le département des droits humains du Binuh. Il explique que le lourd bilan est directement à attribuer aux gangs.
« Des opérations de sécurité [des forces de l’ordre appuyées par des sociétés militaires privées, NDLR] ont poussé des membres de cette coalition à se relocaliser dans la zone et créer des checkpoints pour rançonner les camions qui circulent dans cette zone industrielle, qui est aussi la zone portuaire, précise-t-il. L’objectif de ces gangs était de reprendre les mécanismes d’extorsion existants. Bien sûr les gangs en place ont réagi, ce qui a déclenché cette violence intense. »
Exécutions de civils et viols collectifs
D’après le Binuh, un quart des habitants tués ou blessés ne faisaient pas partie des gangs : ce sont des victimes collatérales, mais aussi des personnes exécutées, accusées d’avoir donné des informations à la police ou à un gang rival. Enfin, une partie des victimes ont été tuées lors d’opérations des forces de sécurité ou lynchées par des habitants.
Au moins 176 cas de viols, y compris sur mineurs, ont aussi été recensés. Ce chiffre est sous-estimé, selon l’ONU, car de nombreuses victimes ne peuvent pas ou n’osent pas signaler ce qu’elles ont vécu.
Arnaud Royer, directeur du département des droits humains du Binuh, précise que de nombreux cas de viols collectifs sont à déplorer. « La grande majorité des femmes et jeunes filles qui ont été violées l’ont été dans ces circonstances. […] Ces femmes, dès qu’elles sont violées, sont stigmatisées. Au minimum 176 femmes et jeunes filles ont été violées, la plus jeune avait une dizaine d’années et la plus âgée 71 ans », rapporte Arnaud Royer.
Habituellement, on a effectivement beaucoup de violences sexuelles, mais la proportion de viol collectif n’est pas aussi importante. Là, c’est quasiment la grande majorité des femmes et jeunes filles qui ont été violées dans ces circonstances, comme des sortes de punition, en fait, pour ces femmes et filles qui vivaient dans des zones contrôlées par des gangs rivaux…



