Après l’ex-président du Sénat, un autre grand commis de l’État s’en est allé. Cameroun : Bah Oumarou Sanda, pilier du Conseil constitutionnel, s’éteint à 86 ans. Le doyen des Sages du Cameroun a tire sa révérence.
Bah Oumarou Sanda, doyen des membres du Conseil constitutionnel camerounais, a rendu son dernier souffle ce vendredi 7 août 2026, à l’âge de 86 ans. Figure respectée de l’appareil judiciaire et administratif, il laisse derrière lui une longue carrière jalonnée de postes d’autorité, de la magistrature à la diplomatie, en passant par les hautes sphères de l’Assemblée nationale. Sa disparition plonge le Conseil constitutionnel dans un deuil profond, alors que le pays perd l’un de ses Sages les plus expérimentés.
Magistrat hors hiérarchie, il a effectué l’essentiel de sa carrière au sein des juridictions du pays (Yaoundé, Douala, Bafoussam, Foumbot). Il a occupé les fonctions de secrétaire général adjoint et de chargé des affaires administratives à l’Assemblée nationale. En 2008, il est nommé ambassadeur du Cameroun au Tchad, poste qu’il occupe pendant une décennie avant d’être rappelé en 2018. Il était membre du Conseil constitutionnel depuis 2018, après une prorogation exceptionnelle de son départ à la retraite initialement prévu en 2005.
Le magistrat hors hiérarchie, formé à l’ENAM
Né le 10 mai 1940 à Garoua, dans la région du Nord, Bah Oumarou Sanda est très tôt destiné à une carrière dans la justice. Diplômé de la section magistrature de l’École nationale d’administration et de magistrature (ENAM), il débute sa carrière dès sa sortie de l’école, en intégrant les différentes juridictions du pays. Il œuvre successivement à Yaoundé, Douala, Bafoussam et Foumbot, se forgeant une solide réputation de magistrat rigoureux et intègre. Son parcours, exemplaire, lui vaut rapidement d’être promu magistrat hors hiérarchie, un rang qui reconnaît son expertise et son autorité. Mais il ne se limite pas aux seules fonctions judiciaires. Il est également appelé à servir au sein de l’Assemblée nationale, où il occupe les postes de secrétaire général adjoint et de chargé des affaires administratives. Polyvalence rare, qui lui permet de connaître aussi bien les arcanes de la justice que ceux du pouvoir législatif.
La retraite repoussée, puis une seconde carrière diplomatique
Alors que son départ à la retraite est initialement prévu pour 2005, un arrêté présidentiel signé le 25 novembre de la même année prolonge son maintien en fonction jusqu’au 11 mai 2007. Une décision exceptionnelle, qui témoigne de la confiance que les autorités placent en lui. Mais sa carrière est loin de s’arrêter là. Le 22 février 2008, il est nommé ambassadeur du Cameroun au Tchad, à N’Djamena, par décret présidentiel. Il fait alors partie de la suite officielle du président de la République lors du sommet extraordinaire des chefs d’État de la CEMAC, marquant son ancrage dans la diplomatie régionale. Pendant dix ans, il représente son pays auprès du Tchad, cultivant des relations de coopération et de confiance entre les deux nations. En février 2018, il est rappelé au Cameroun et nommé membre du Conseil constitutionnel, une institution dont il devient rapidement l’un des piliers. Il y siège aux côtés des grands commis de l’État, chargés de réguler le fonctionnement des institutions et de veiller à la régularité des scrutins électoraux.
Le pilier du Conseil constitutionnel, une mémoire institutionnelle
Au sein du Conseil constitutionnel, Bah Oumarou Sanda était bien plus qu’un simple membre. Par son âge, son expérience et sa connaissance des rouages de l’État, il incarnait la mémoire vivante de l’institution. Sa voix comptait dans les délibérations, et son jugement était respecté par ses pairs. Il a participé à de nombreuses décisions importantes, contribuant à la stabilité politique et à la consolidation de l’État de droit au Cameroun. Sa disparition laisse un vide difficile à combler. Le Conseil constitutionnel perd l’un de ses Sages les plus éminents, et le Cameroun un serviteur de l’État qui a consacré sa vie à la justice, à la diplomatie et à l’administration. À 86 ans, Bah Oumarou Sanda laisse derrière lui une famille, des collègues et une nation reconnaissante pour ses années de service.
Le parcours de Bah Oumarou Sanda est celui d’un homme qui a traversé plusieurs décennies de l’histoire camerounaise, serviteur discret mais infatigable de l’État. De la magistrature à la diplomatie, en passant par l’Assemblée nationale et le Conseil constitutionnel, il a incarné la continuité et la rigueur d’une administration au service du pays. Son décès, à l’âge de 86 ans, est une perte pour les institutions, mais aussi pour tous ceux qui ont croisé sa route. Le Cameroun salue aujourd’hui un grand commis de l’État, un Sage qui, jusqu’au bout, aura œuvré pour la justice et l’intérêt général. Repose en paix.



