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Ceuta: Environ 73 500 migrants ont été expulsés et renvoyés vers le Maroc

L’enclave espagnole de Ceuta a retrouvé une apparence de normalité, mais le souffle du drame plane encore sur ses ruelles. Le jeudi 30 juillet, entre 50 000 et 60 000 personnes, en grande majorité des Marocains, avaient franchi la frontière en l’espace de vingt-quatre heures, un mouvement observé dans cette région du détroit.

Quatre jours plus tard, dimanche 2 août, la police espagnole dressait son bilan. Près de 73 500 migrants renvoyés au Maroc, soit un nombre supérieur aux arrivées enregistrées ce même jour. L’écart, expliqué par l’addition des arrivées antérieures et des allers-retours multiples, dessine l’image d’une frontière devenue poreuse, le temps d’une journée, avant d’être refermée avec une détermination militaire. Dimanche encore, les renvois se poursuivaient dans un calme presque surréaliste, pendant que des employés municipaux nettoyaient les débris et les vêtements abandonnés, vestiges d’un chaos qui avait tenu la ville en haleine.

3 000 soldats et une frontière flottante
Pour dissuader toute nouvelle tentative, les autorités espagnoles ont déployé un dispositif exceptionnel. Quelque 3 000 soldats sont maintenus sur place, prévient le délégué du gouvernement à Ceuta, Miguel Ángel Pérez, « aussi longtemps que nécessaire ». Dans les rues, les patrouilles se multiplient, appuyées par des véhicules blindés. Des migrants, assis par terre, épuisés, sont escortés vers le poste-frontière par la garde civile. Une image récurrente, presque banale, qui dit pourtant l’ampleur de la crise. Dans l’eau, une barrière inédite a été installée : 500 mètres de flottaison, haute de 30 à 70 centimètres en surface et plongeant jusqu’à un mètre sous l’eau. La frontière liquide, matérialisée pour empêcher la mer de servir de chemin. Mais le drame, lui, ne s’arrête pas aux lignes flottantes.

L’AMDH dénonce ce mutisme et appelle à une enquête indépendante, estimant que ce vide a contribué à l’escalade.
Les autorités espagnoles dénombrent 72 morts, majoritairement par noyade, mais les chiffres varient selon les sources. Le gouvernement de Ceuta avance 88 décès, l’Association unifiée de la Garde civile en évoque une centaine, tandis que l’Association marocaine des droits humains (AMDH) fait état de « près de 130 victimes » et de dizaines de disparus. Des écarts qui traduisent une même réalité : l’opacité entoure ces tragédies, et les familles restent sans réponse quant au sort de leurs proches. Le Maroc, de son côté, a confirmé la découverte de 11 corps sur ses côtes, dont dix par noyade et un après une chute dans une zone rocheuse. Un bilan officiel qui contraste avec le silence des autorités sur les circonstances de cet afflux. L’AMDH dénonce ce mutisme et appelle à une enquête indépendante, estimant que ce vide a contribué à l’escalade.

L’instrumentalisation politique aux visages multiples
La gestion politique de la crise suscite l’indignation. L’AMDH pointe du doigt un « traitement à deux vitesses » entre les enclaves de Ceuta et de Melilla. À Fnideq, aux portes de Ceuta, les forces de l’ordre marocaines sont restées en retrait, laissant les milliers de candidats à l’exil atteindre la frontière sans violence apparente. À Beni Ansar, en revanche, les forces de l’ordre ont déployé des moyens considérables pour empêcher l’accès à Melilla, avec des affrontements, des gaz lacrymogènes et des tirs de balles en caoutchouc. Un contraste que l’association interprète comme une preuve d’instrumentalisation au service d’objectifs politiques et diplomatiques. L’AMDH dénonce également le « silence suspect » des médias publics marocains, qui relaient les positions officielles sans éclairer l’opinion sur le drame humain. Les déclarations de responsables espagnols imputant l’afflux à des réseaux de traite sont jugées réductrices : pour l’association, il s’agit pour l’essentiel d’initiatives individuelles, nourries par la détresse économique et le désespoir social.

Le droit à l’asile bafoué par des refoulements collectifs
L’association marocaine met en garde contre la violation des procédures d’asile. Des centaines de personnes, dont de nombreux mineurs, ont été refoulées de manière immédiate et collective, en dépit de la récente décision du Tribunal suprême espagnol interdisant le renvoi sommaire des migrants arrivés par voie maritime. L’AMDH exige le respect de l’examen individuel des demandes, conformément au droit international, et appelle à la cessation des opérations de refoulement. Derrière ces événements, c’est une question plus large qui émerge celle de l’avenir des politiques migratoires dans le détroit de Gibraltar, où la souffrance humaine est devenue un levier de négociation. À Ceuta comme à Melilla, les corps continuent de flotter dans l’eau, et les promesses de justice restent suspendues au gré des vents diplomatiques.

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