En Europe, l’été 2026 restera l’une des saisons les plus meurtrières pour les forêts européennes. Des massifs de Gironde aux collines écossaises, en passant par les rivages de Sicile et les hauteurs de Madrid, le continent tout entier est en proie à des incendies d’une violence inédite.
Selon les données du système européen Effis, plus de 254 000 hectares sont déjà partis en fumée depuis le début de l’année, soit une superficie presque équivalente à celle du Luxembourg. Le bilan provisoire qui place 2026 au deuxième rang des années les plus destructrices depuis 20 ans, derrière seulement 2022, et qui confirme que la saison des feux s’allonge et s’intensifie, sous l’effet conjugué du réchauffement climatique et de conditions météorologiques extrêmes.
Le cocktail climatique dévastateur
Pour Fabio d’Andrea, directeur du département des géosciences de l’École normale supérieure, les conditions favorables aux incendies sont réunies. Températures élevées, faible humidité, sols desséchés et vents soutenus. Quatre facteurs qui, combinés, créent un terreau idéal pour le déclenchement et la propagation des flammes. Le mois de juin 2026 a été le plus chaud jamais enregistré en Europe occidentale par le programme Copernicus, un record qui augure d’une saison estivale particulièrement longue et difficile. Le climatologue souligne également une évolution préoccupante : si les feux étaient jusqu’ici plus fréquents en Méditerranée, ils s’étendent désormais vers le nord du continent, touchant des régions jusqu’alors épargnées, comme l’Écosse ou la Sibérie. L’extension géographique qui témoigne de l’ampleur du phénomène et de son caractère planétaire.
La France, épicentre de la catastrophe
En France, 2026 est d’ores et déjà devenue l’année la plus destructrice jamais enregistrée par les satellites du système européen. Quelque 69 473 hectares ont brûlé depuis janvier, dépassant le précédent record de 2022. Le sud-ouest du pays a été particulièrement touché, avec des incendies ravageurs en Gironde, où au moins 42 000 hectares sont partis en fumée, forçant l’évacuation de 220 000 personnes. Des feux massifs ont été recensés dès le mois de février, période habituellement consacrée aux brûlages encadrés, et juillet 2026 est devenu le pire mois de juillet depuis le début des mesures en 2006. La canicule persistante, avec seize départements en vigilance orange, dont la Gironde et les Landes, ne laisse guère espérer une amélioration à court terme. Météo-France annonce ” un fort pic de chaleur ” dans les prochains jours, dans un contexte déjà particulièrement difficile.
L’Espagne face à l’incendie géant de Madrid
En Espagne, plus de 200 000 hectares ont déjà brûlé, selon le système Effis. L’incendie de la ” Sierra de l’Ouest “, qui s’est propagé jusqu’à Ávila en Castille-et-León, est considéré par le gouvernement comme le plus important feu de forêt de l’histoire récente du pays. Près de 77 000 hectares ont été détruits, soit l’équivalent de sept fois la superficie de Paris, et 63 000 personnes ont été évacuées. Le maire de Robledo de Chavela, Fernando Casado, a décrit un brasier imprévisible : ” La nuit, c’est un chaton endormi, mais pendant la journée, il peut se transformer en un lion redoutable. ” Le Premier ministre Pedro Sánchez a salué le travail des pompiers et des militaires, qui ont permis d'” inverser réellement la tendance ” et d’entrevoir ” la lumière au bout du tunnel “. Des ordres d’évacuation ont été levés, permettant à des milliers de personnes de regagner leur domicile.
L’Italie et la Grèce face aux flammes méditerranéennes
En Sicile, des dizaines d’incendies de forêt et de végétation font rage, attisés par des températures dépassant les 40 °C. Un pompier a péri en combattant les flammes, et une centaine d’habitants, ainsi que 22 patients d’une clinique, ont été évacués. Le président de la région, Renato Schifani, a indiqué que six mille hommes étaient déployés et qu’une cinquantaine d’incendies restaient actifs. En Calabre, plus de 160 incendies ont été recensés au cours de la semaine, tandis que dans les Pouilles, 700 personnes ont dû être évacuées par bateau, la mer étant la seule voie d’évacuation praticable. En Grèce, les pompiers luttent toujours contre un incendie sur l’île touristique de Paros, qui a entraîné l’évacuation préventive d’une dizaine de localités.
Les feux gagnent du terrain vers le nord
Le Portugal, la Grèce et le Royaume-Uni sont également touchés par cette vague d’incendies. Au Portugal, plusieurs feux d’ampleur ont mobilisé plus d’un millier de pompiers et une vingtaine de moyens aériens. En Écosse, un incendie de végétation déclaré ” incident majeur ” a ravagé le parc national des Cairngorms, forçant l’évacuation de 650 habitants et mobilisant 500 pompiers. Le Premier ministre écossais John Swinney a qualifié la situation de ” complexe et difficile “. En Grèce, l’incendie de l’île de Paros, attisé par de forts vents, a nécessité l’intervention de plus d’une centaine de pompiers appuyés par des moyens aériens.
L’été 2026 restera comme un avertissement. Les records de températures, les sécheresses prolongées et l’extension des feux vers le nord du continent dessinent un tableau préoccupant de ce que pourrait être l’avenir de l’Europe. Les scientifiques, à l’image de Fabio d’Andrea, préviennent que ces conditions favorables aux incendies “deviendront plus présentes” à mesure que le réchauffement climatique s’accélère. La Méditerranée, déjà en première ligne, sera de plus en plus exposée, mais c’est l’extension vers le nord qui inquiète le plus. L’Europe devra s’adapter, renforcer ses moyens de prévention et de lutte, et surtout, s’engager résolument dans la réduction des émissions de gaz à effet de serre. Faute de quoi, les flammes continueront de dicter le rythme des étés.



