
À tort ou à raison, nombreux sont ceux qui ont l’impression que le pays du Cèdre (Liban) reste à l’arrêt pendant que son voisin avance ses pions. En début de mois, la signature par Damas d’un mémorandum d’entente prévoyant 7 milliards de dollars d’investissements étrangers dans le secteur de l’électricité a symbolisé cette dynamique. À Beyrouth, au même moment, le gouvernement augmentait les taxes sur les carburants, alourdissant un peu plus le quotidien de millions de Libanais déjà dépendants des générateurs privés. Si les deux pays semblent marcher vers un même horizon (reconstruction, stabilité, retour dans le giron régional), leurs chemins diffèrent profondément.
Un Liban très prudent et une Syrie en quête de légitimité
Cette divergence tient autant aux choix politiques qu’aux contextes intérieurs. À Damas, Ahmad el-Chareh bénéficie d’une marge de manœuvre rare celle d’une population fatiguée par les années d’ingérence étrangère, notamment iranienne, et un régime prêt à adopter une diplomatie plus pragmatique, y compris en direction d’Israël.
En quelques mois, le nouveau président syrien a vu les sanctions s’alléger et a pu s’entretenir directement avec Donald Trump, grâce à la médiation saoudienne. Autant de signes d’un retour rapide de la Syrie dans les échanges régionaux. Le Liban, lui, reste empêtré dans des équilibres internes fragiles. La guerre de l’automne dernier entre Israël et le Hezbollah a laissé des traces profondes, notamment dans les zones chiites touchées par les bombardements.
Dans ce climat, toute idée de rapprochement avec Israël reste hors de portée pour Beyrouth. Joseph Aoun, élu président en janvier, tente d’ouvrir un dialogue national sur la question sensible du monopole des armes, mais avance avec prudence pour ne pas heurter le Hezbollah, toujours influent. Ce ralentissement apparent du processus politique rend les comparaisons avec la Syrie plus délicates qu’il n’y paraît. Le Liban n’est pas à la traîne et elle se donne du temps.
Autre signe de la difficulté libanaise à se projeter dans la nouvelle donne régionale, l’absence remarquée d’entreprises libanaises lors du salon Buildex à Damas, consacré à la reconstruction. Alors que la relance syrienne pourrait bénéficier indirectement à l’économie libanaise, Beyrouth peine à s’insérer dans les nouveaux circuits économiques en cours de formation dans la région.
L’action diplomatique bilatérale
En toile de fond, les relations bilatérales restent marquées par la méfiance. La visite attendue du ministre syrien des Affaires étrangères, Assaad el-Chibani, à Beyrouth pourrait permettre de relancer le dialogue sur les dossiers communs : retour des réfugiés, délimitation des frontières, sort des fonds syriens bloqués dans le système bancaire libanais.
Mais les griefs sont tenaces, et la nouvelle équipe au pouvoir à Damas n’a pas oublié l’implication du Hezbollah dans les combats aux côtés du régime Assad, ni les tensions historiques entre les deux États.
Les signaux envoyés par Ahmad el-Chareh laissent peu de place au doute. Dans ses récentes allocutions, le président syrien a multiplié les gestes d’ouverture envers les capitales arabes, tout en évitant soigneusement de mentionner le Liban. Pire, certains propos ont été interprétés à Beyrouth comme une mise en cause directe du Hezbollah, renforçant l’idée d’un refroidissement.


