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Administration publique ivoirienne : Une œuvre en 3 temps sortie du bois sacré par le préfet Oulei

C’est sur et à l’École nationale d’administration (ENA), bois sacré de l’Etat de Côte d’Ivoire que le préfet Louis Bonaventure Oulei, chef du département des personnels de l’administration du territoire, a dédicacé son legs intellectuel au public. Devant un parterre de hauts responsables, d’universitaires, de chefs traditionnels et de cadres de l’administration, 03 ouvrages aux titres limpides ont été soumis à l’appréciation collective.

Trois chefs d’œuvre sortie simultanément du bois sacré. Un premier pour les apprenants du langage administratif, partie tactique. Une seconde pour ceux qui actionnent la machine administrative, partie stratégique. Et une dernière pour les décideurs, partie opérationnelle de la chaine administrative. Ce jeudi 21 mai 2026 à l’ENA, la cérémonie, placée sous le parrainage du ministre de l’Intérieur et de la Sécurité, le général de corps d’armée Vagondo Diomandé, et présidée par le ministre des Sports, s’est imposée comme une tribune de la pensée appliquée à l’action publique.

Un parcours forgé au creuset de l’administration
Comprendre la substance de ces écrits commande de s’arrêter sur la trajectoire de leur auteur. Le préfet Oulei incarne cette lignée de serviteurs de l’État dont le profil, patiemment sculpté au fil des responsabilités, échappe aux classifications hâtives. Passé par le moule exigeant de l’ENA où il décrochera successivement 03 diplômes dans la filière administration générale, ce qui lui vaut le surnom de « général trois étoiles » dans le jargon de l’école, il poursuit en parallèle des études universitaires jusqu’à l’obtention d’une maîtrise en droit. Sa carrière, multidimensionnelle, le verra exercer successivement à la direction des ressources humaines du ministère de l’Intérieur, à la pharmacie de la santé publique, puis au ministère de la Production animale, avant d’être promu sous-préfet de Minignan puis d’Abobo. Depuis 2022, il dirige le département des personnels de l’administration du territoire, tout en menant une activité constante de formateur et de consultant. Ce parcours, jalonné de responsabilités opérationnelles et de missions de conseil, constitue la matière première des ouvrages présentés. Lors de la cérémonie de dédicace, le représentant de la maison d’édition ISTA a souligné avec justesse que l’auteur n’a pas voulu garder cette expérience pour lui-même, mais a entrepris de la formaliser en manuels accessibles, passant de fascicules de formation à des ouvrages structurés.

Trois ouvrages, une seule ambition d’outiller l’acteur public
Les trois livres. Comment préparer son insertion professionnelle, Guide de renforcement des capacités sur le management opérationnel des services et Guide de renforcement des capacités sur la gouvernance et le développement économique, social et culturel du village forment un triptyque cohérent. L’auteur lui-même en a donné une lecture architecturée : du village, cellule administrative de base, à l’institution publique, pour aboutir à l’individu en quête d’employabilité. Le premier ouvrage s’attaque à une problématique souvent minorée de la dimension administrative du village. Le préfet Oulei rappelle que le chef de village, en tant que représentant de l’exécutif dans sa circonscription, administre une portion du territoire national. Encore faut-il qu’il en maîtrise les rouages, les attributions et les mécanismes de reddition des comptes. Ce guide se veut donc une boussole pour les autorités préfectorales chargées de la supervision, autant que pour les organisations communautaires qui assistent le chef dans sa mission. Le deuxième ouvrage aborde le management opérationnel sous un angle résolument concret. Il part du fait que nommer un cadre ne suffit pas ; encore faut-il l’outiller pour diagnostiquer, planifier et rendre compte.

L’employeur ne cherche pas un salarié, mais une solution
L’auteur y déploie une méthodologie séquencée (diagnostic de l’existant, définition des priorités, planification stratégique et opérationnelle, reporting) avant d’aborder les outils de gestion que sont les fiches de poste et la formulation d’objectifs mesurables. Une attention particulière est portée à la « gestion de la passation », cette phase souvent négligée qui consiste à préparer, dès la prise de fonction, la transmission ordonnée du service. Le troisième ouvrage, consacré à l’insertion professionnelle, renverse la perspective traditionnelle. Plutôt que de s’inscrire dans une logique de demande d’emploi, il invite le lecteur à se constituer comme une offre de compétences. La démarche préconisée passe par une connaissance approfondie de soi (bilan personnel, inventaire des compétences, identification des réussites) pour se positionner avec une valeur ajoutée clairement identifiable sur le marché du travail. Pour l’auteur, l’employeur ne cherche pas un salarié, mais une solution.

La transmission, ultime responsabilité du serviteur de l’État
Le professeur Arsène Blé Kessié, maître de conférences à l’université Alassane Ouattara de Bouaké, a livré une lecture critique de l’oeuvre en relevant sa « forte cohérence interne ». Les ouvrages, a-t-il noté, relèvent d’une « didactisation des pratiques administratives et professionnelles », c’est-à-dire d’une transformation de l’expérience brute en savoir méthodologique transmissible. Leur caractère éminemment pratique les éloigne, selon lui, de toute « théorisation fictive » pour les ancrer dans les réalités du terrain ivoirien et africain. Le directeur des ressources humaines du ministère de l’Intérieur, Innocent Koffi Koffi, a apporté un témoignage plus personnel. Collaborateur de longue date, il a souligné la « détermination, le professionnalisme, la persévérance et la loyauté » de l’auteur, avant de conclure sobrement : « Tu es une fierté pour nous. » Une intervention brève, mais qui a eu le mérite d’éclairer l’homme derrière le fonctionnaire. Dans son allocution au nom du ministre parrain, le directeur de cabinet a offert une dimension supplémentaire au propos. Il a rappelé que dans un monde dominé par l’image et l’instantanéité, l’écriture demeure « un acte noble et précieux », capable d’éduquer et d’éveiller les consciences.

Le geste du ministre offrir vingt exemplaires de chaque ouvrage au cabinet signale une volonté de voir ces manuels irriguer les pratiques au sein même de l’administration centrale. Quant au représentant du ministre des Sports, il a tenu à inscrire cette production intellectuelle dans la vision portée par le président Alassane Ouattara, rappelant son parrainage constant du Salon international du livre d’Abidjan. « Les grandes nations ne se construisent pas seulement par les infrastructures, les performances économiques et les victoires sportives, mais aussi par les idées, les livres, la mémoire, la pensée et la transmission », a-t-il souligné. Somme toute, cette trilogie, par son ancrage dans le quotidien administratif et son refus de l’abstraction gratuite, ambitionne de combler un vide éditorial. Ils s’adressent aux chefs traditionnels comme aux jeunes diplômés, aux gestionnaires publics comme aux responsables communautaires. Le préfet Oulei, en déposant son expérience dans l’espace public, fait un pari pascalien que le savoir vécu ne meure pas avec celui qui l’a porté, mais devienne un bien commun, utile à l’édification d’une administration publique performante.

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