À l’occasion du 66ᵉ anniversaire de l’indépendance, Tidjane Thiam a salué les gestes d’ouverture d’Alassane Ouattara envers le PDCI-RDA, tout en accusant le RHDP d’alimenter une judiciarisation de la vie politique.
C’est depuis son “exil forcé” en Europe que Tidjane Thiam s’est adressé aux Ivoiriens ce mardi 6 août au soir. Frappé par des menaces d’arrestation liées à la crise politique de 2020, radié des listes électorales pour des questions de nationalité et bloqué à l’étranger, le président du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI-RDA) s’est livré à un délicat exercice d’équilibrisme à la veille de la fête nationale.
“La paix n’est pas un mot”
Sur la forme, l’ancien patron de Credit Suisse a joué la carte de la hauteur républicaine. Saluant la mémoire des pères fondateurs – de Félix Houphouët-Boigny à Henri Konan Bédié -, il a expressément adressé un geste de courtoisie au chef de l’État, Alassane Ouattara, vantant les signaux « d’apaisement » observés ces derniers mois.
« La présence d’une forte délégation représentant le chef de l’État à l’ouverture des célébrations du 80e anniversaire du PDCI-RDA […] sont autant d’initiatives que nous saluons », a déclaré Tidjane Thiam.
Il a également relevé l’implication du PDCI dans les préparatifs du 7 août et l’invitation adressée au parti à participer à la célébration nationale. « Nous sommes tous des Ivoiriens et la fête nationale est celle de toute la nation », a déclaré le successeur de Bédié, estimant que ces initiatives traduisent une volonté d’ouverture et de dialogue.
Reprenant une formule de Félix Houphouët-Boigny, il a rappelé que « la paix n’est pas un mot, c’est un comportement » et a assuré que le PDCI continuerait à privilégier le dialogue pour préserver la stabilité et la cohésion nationale.
Menace de destitution
Mais derrière ce gant de velours diplomatique, la prise de parole de Tidjane Thiam intervient dans un climat d’extrême tension pour sa propre survie politique. Quelques jours plus tôt, le 30 juillet, le patron du vieux parti a frôlé la destitution par voie judiciaire. Accusé par des frondeurs internes d’« abandonner le parti » en raison de son absence du territoire, Thiam n’a obtenu qu’un répit technique : le tribunal a rabattu le délibéré et reporté son verdict au 22 octobre pour joindre deux procédures similaires.
Dans les rangs du PDCI, la direction redoute ouvertement une mise sous tutelle de la plus ancienne formation politique du pays. Une manœuvre d’étranglement dans laquelle Tidjane Thiam voit la main directe du Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP), le parti au pouvoir.
« Nombre de nos militants y voient une forme de harcèlement judiciaire. (…) Le fait que l’avocat des plaignants exerce de hautes fonctions au sein du RHDP, puisqu’il est notamment membre de la cellule juridique nationale RHDP, est un élément qui ne peut être ni ignoré ni ne pas nous interpeller », a-t-il affirmé.
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« Notre souhait est que les différends politiques trouvent leur expression et leur résolution dans le débat démocratique au sein de chaque parti plutôt que dans une judiciarisation de la vie politique qui ne sert ni l’apaisement ni le renforcement de notre démocratie », a ajouté Tidjane Thiam.
Pour appuyer son argumentaire, il s’est référé à la « jurisprudence Bédié » issue du XIIe congrès ordinaire du PDCI-RDA d’octobre 2013. Il a rappelé qu’à cette époque, des adversaires du président Henri Konan Bédié avaient été déboutés par la justice ivoirienne.



