Réunis à Abidjan, des ministres africains, responsables d’institutions financières et partenaires au développement ont appelé à une refonte des mécanismes de financement de l’industrialisation du continent. Au centre des échanges : trouver les ressources nécessaires pour accélérer la transformation économique de l’Afrique, dans un contexte marqué par les tensions géopolitiques, le coût élevé des financements et les fragilités des chaînes d’approvisionnement.
La session conjointe du 9e Comité technique spécialisé (CTS) sur les Finances, les Affaires monétaires, la Planification économique et l’Intégration et du 5e CTS sur le Commerce, le Tourisme, l’Industrie et les Ressources minérales de l’Union africaine (UA) se tient pendant quatre jours dans la capitale économique ivoirienne.
Quatre priorités présentées
Présidant la cérémonie d’ouverture au nom du Premier ministre Robert Beugré Mambé, le ministre de l’Économie, des Finances et du Budget, Adama Coulibaly, a insisté sur l’urgence de placer le financement de l’industrialisation au cœur des politiques économiques africaines.
“Le continent devra mobiliser près de 400 milliards de dollars par an d’ici à 2030 pour réussir sa transformation structurelle”, a fait savoir le ministre.
Pour y parvenir, il a proposé quatre priorités : accroître la mobilisation des ressources intérieures, développer les marchés financiers, renforcer les partenariats public-privé et promouvoir l’épargne de long terme.
Le ministre a également présenté les performances économiques de la Côte d’Ivoire comme un exemple de stabilité macroéconomique. Le pays affiche une croissance estimée à 6,6 % en 2025, attendue à 6,2 % en 2026, tandis que le déficit budgétaire est revenu à 3 % du PIB. Il a rappelé que le Plan national de développement (PND) 2026-2030 prévoit 114 838,5 milliards de FCFA d’investissements, dont plus de 70 % devraient être portés par le secteur privé.
Le ministre du Commerce, de l’Industrie et de l’Artisanat, Kalil Konaté, a pour sa part estimé que la transition énergétique, la révolution numérique et l’intelligence artificielle imposent une évolution du modèle économique africain. À ses yeux, seule une industrialisation capable de créer davantage de valeur ajoutée permettra au continent de renforcer sa compétitivité.
Paradoxe
Prenant la parole au nom de la Commission de l’Union africaine, la commissaire chargée du Développement économique, du Tourisme, du Commerce, de l’Industrie et des Mines, Francisca Tatchouop Belobe, a dressé le constat d’un continent qui exporte encore majoritairement ses matières premières avant d’importer des produits transformés.
Pour elle, cette situation ne reflète ni le potentiel économique de l’Afrique ni l’importance de son marché de plus de 1,5 milliard de consommateurs offert par la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf). Elle a appelé à transformer localement les ressources naturelles afin de créer des industries, des emplois et davantage de valeur ajoutée sur le continent.
La responsable de l’Union africaine a également insisté sur la nécessité d’intégrer pleinement les femmes et les jeunes dans les chaînes de valeur industrielles. Elle a rappelé que l’industrialisation ne se limite pas à la construction d’usines, mais passe aussi par les investissements dans les infrastructures énergétiques, les corridors logistiques, les technologies, les compétences et l’innovation.
Francisca Tatchouop Belobe a souligné que le déficit annuel de financement des infrastructures africaines dépasse 100 milliards de dollars. Elle a appelé les États à renforcer la mobilisation des recettes nationales, moderniser les administrations fiscales, lutter contre les flux financiers illicites et consacrer une plus grande part des revenus tirés des ressources naturelles au financement de la transformation locale.
Un levier essentiel de création d’emplois
Les partenaires internationaux ont partagé ce diagnostic. Le secrétaire exécutif de la Commission économique des Nations unies pour l’Afrique (CEA), Claver Gatete, a plaidé pour une meilleure mobilisation des ressources internes, une coordination accrue des politiques publiques et des investissements orientés vers les secteurs productifs.
La vice-présidente principale de la Banque africaine de développement (BAD), Marie-Laure Akin-Olugbade, a rappelé que l’industrialisation demeure un levier essentiel de création d’emplois, d’amélioration de la productivité et de renforcement de la résilience économique.
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Autre annonce marquante de cette rencontre, la directrice générale du Mécanisme africain d’évaluation par les pairs (MAEP), l’ambassadrice Marie-Antoinette Rose Quatre, a confirmé le lancement officiel de l’Agence africaine de notation de crédit (AFRA) le 6 octobre 2026 à Port-Louis, à Maurice. Cette structure vise à améliorer l’évaluation du risque africain afin de contribuer à réduire le coût du financement des économies du continent.
Enfin, la présidente continentale de l’Association des Femmes Africaines de la Transformation, Mamadou Arzika Rabiatou, a plaidé pour une implication plus forte des femmes dans le développement industriel. Elle a notamment proposé la création d’un centre africain de recherche dédié aux femmes, un meilleur accès aux financements, l’accélération de la transformation numérique des entreprises féminines et la mise en place d’un mécanisme continental de suivi des engagements des États en faveur de l’entrepreneuriat féminin.



