La tension est montée d’un crâne, ce mercredi 27 mai 2026, à Vridi 3, quartier populaire de la commune de Port-Bouët communément appelé « Zimbabwe ». Des centaines d’habitants sont descendus dans les rues pour exprimer leur opposition à un déguerpissement annoncé de leur zone d’habitation, prévu selon eux pour le mois de juin prochain.
Dans une ambiance mêlant inquiétude et colère, hommes, femmes et jeunes ont manifesté des munis de pancartes, de sifflets et de banderoles dénonçant une opération qu’ils jugent brutale et mal préparée. Les populations affirment ne pas être opposées au développement urbain, mais dénoncent plutôt l’absence de communication officielle et surtout le manque de mesures d’accompagnement pour les familles concernées.
Une ”période défavorable”
Pour les manifestants, la période choisie pour cette éventuelle opération est particulièrement inappropriée. Ils soulignent qu’elle intervient au moment des examens scolaires à grand tirage et en pleine saison des pluies , une situation qui pourrait aggraver la vulnérabilité de milliers de personnes. « Nous avons des enfants qui composent actuellement les examens. De nombreuses familles vivent déjà dans des conditions difficiles. Les déguerpir maintenant serait une catastrophe sociale », confiait une habitante rencontrée sur place.
Afin d’éclairer l’opinion publique, une conférence de presse a été animée par Kouadio Boniface, président du Comité de gestion du quartier, aux côtés de Traoré Saïdou, président du Conseil d’administration du Centre de santé urbain à base communautaire de Vridi 3. Face aux journalistes, les deux responsables communautaires ont d’exprimer le flou entourant cette opération annoncée.
Selon Kouadio Boniface, aucune notification officielle n’a été envoyée aux habitants jusqu’à ce jour.
Selon Kouadio Boniface, aucune notification officielle n’a été envoyée aux habitants jusqu’à ce jour. Il affirme que les populations ont pris connaissance de l’information par des sources informelles, notamment des agents des forces de l’ordre et un responsable du secteur sanitaire. « Nous avons pris connaissance de cette information de source sûre. La mairie affirme ne pas être informée et même le maire est tombé des nues lorsqu’il a été saisi. Ce sont des policiers et un responsable du secteur de la santé qui nous ont alertés sur un éventuel déguerpissement imminent », a-t-il expliqué.
Les responsables communautaires ne craignent pas une répétition du scénario vécu lors du déguerpissement du quartier Abattoir il y a quelques années. Selon eux, cette opération avait plongé plusieurs familles dans une grande précarité, faute de mesures de relogement adéquates.
Les habitants de Vridi 3 ne s’opposent pas au développement
Traoré Saïdou a insisté sur le fait que les habitants de Vridi 3 ne s’opposent pas au développement de la ville ni aux projets d’aménagement urbain. Toutefois, il estime qu’une opération d’une telle ampleur ne peut être menée sans dialogue préalable avec les populations concernées. « Nous ne sommes pas contre le développement. Mais on ne peut pas déguerpir des milliers de personnes sans solution de relogement, surtout en pleine saison des pluies », a-t-il déclaré.
Estimée à plus de 40 000 habitants, la population de Vridi 3 rappelle que le quartier n’est pas une simple zone d’occupation anarchique. Les habitants mettent en avant l’existence de nombreuses infrastructures sociales et communautaires, notamment un centre de santé, des établissements scolaires, des lieux de, une pharmacie ainsi que des réseaux d’eau courante et d’électricité.
Au-delà de la menace de déguerpissement, les populations s’inquiètent également des travaux de remblayage observés ces dernières semaines sur la lagune jouxtant le quartier
Au-delà de la menace de déguerpissement, les populations s’inquiètent également des travaux de remblayage observés ces dernières semaines sur la lagune jouxtant le quartier. Selon plusieurs rivières, ces travaux pourraient accentuer les risques d’inondation dans la zone et mettre davantage les habitants en danger durant la saison des pluies.
Dans cette journée marquée par la célébration de la Tabaski, les communautés responsables ont regretté un climat d’angoisse généralisé au sein du quartier. Plusieurs familles disent vivre dans la peur d’une intervention soudaine des moteurs de démolition. « Les gens sont terrorisés. Ils ne savent pas quoi faire. Nous exigeons aux autorités d’ouvrir le dialogue avec les populations et de privilégier une restructuration du quartier plutôt qu’un déguerpissement », a plaidé Traoré Saïdou.
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À travers cette mobilisation, les habitants de Vridi 3 souhaitent interpeller les autorités administratives et gouvernementales afin qu’une solution concertée soit trouvée. Ils appellent à une approche humaine conciliant développement urbain, sécurité des populations et respect de la dignité des familles concernées.



