Le rêve américain est devenu cauchemardesque. Des visas annulés avec obligation de quitter le territoire sous peine d’arrestation. C’est la panique pour les étudiants étrangers au pays de l’Oncle Sam. Depuis quelques jours, des milliers d’étudiants non-américains vivant légalement aux États-Unis ont vu leur visa soudainement révoqué par l’administration Trump 2.0.
Cette vague de suspension de visa concerne notamment plusieurs centaines de jeunes. C’est le début d’une autre offensive contre les migrants notamment le monde académique. Quelques jours après l’annonce du gel de 2,2 milliards de dollars de subventions à l’université de Harvard, Donald Trump ouvre la chasse aux académiciens. De nombreux jeunes se retrouvent menacés d’expulsion, sans comprendre pourquoi.
Une étudiante indienne frappée sans explication
Dans la banlieue de Houston, Naina (nom d’emprunt), 26 ans, en est un exemple hors-pair. Arrivée aux États-Unis depuis quatre ans pour étudier l’ingénierie mécanique, elle avait décroché un poste dans une entreprise américaine et disposait d’un permis de travail valide jusqu’en février 2026. Mais tout a basculé en un coup de fil.
« J’ai été informée que mon visa était révoqué. Mon permis de travail aussi. On m’a simplement dit que c’était lié à une activité criminelle, sans autre détail. »
Perplexe, elle cherche encore à comprendre. Son dossier comporte quelques infractions mineures : une amende de 80 dollars pour permis de conduire expiré après un accident de voiture, quelques excès de vitesse, et une condamnation à un stage d’éducation civique effacée de son casier depuis. Rien, selon elle, qui justifie une telle décision.
Des cas similaires à travers tout le pays
Naina est loin d’être un cas isolé. L’avocat Matthew Thomson, spécialiste de l’immigration depuis 30 ans, dénonce une situation sans précédent : « C’est du jamais-vu. On expulse des étudiants pour des infractions routières ou des délits mineurs comme l’utilisation d’une fausse carte d’identité pour acheter de l’alcool. Dans la plupart des cas, ces jeunes n’ont même pas été condamnés. »
Selon lui, près de deux étudiants sur trois concernés n’ont été ni inculpés ni jugés. Pourtant, leur visa est tout de même annulé, avec obligation de quitter le territoire sous peine d’arrestation. Face à cette politique jugée arbitraire et brutale, certains comme Naina, choisissent de se battre et engagent des recours juridiques, espérant faire annuler la révocation de leur visa.
Mais beaucoup d’autres baissent les bras, écœurés, et se résignent à quitter le pays, parfois en abandonnant leur diplôme en cours ou un emploi fraîchement obtenu. Ce durcissement vient accentuer l’impression de précarité chez les étudiants étrangers aux États-Unis. Déjà confrontés à des procédures lourdes et coûteuses pour obtenir ou renouveler leur visa, ils sont désormais exposés à une révocation sans préavis, ni droit à l’erreur.
L’Amérique devenue une terre de méfiance
Cette vague d’expulsions illustre un virage idéologique. L’administration Trump semble vouloir renforcer son contrôle sur l’immigration légale en s’attaquant à l’un de ses symboles les plus emblématiques : les étudiants internationaux, longtemps considérés comme des vecteurs de rayonnement, d’innovation et de croissance pour les universités américaines.
Les Etats-Unis accueillent chaque année plus d’un million d’étudiants étrangers. Pour l’instant, les étudiants concernés doivent faire face à une machine administrative opaque, parfois sans recours clair. Et pour beaucoup, comme Naina, le rêve américain prend soudainement des allures de cauchemar.



