
Ancien chef de l’armée, soutenu par les États-Unis, Joseph Aoun arrive à la tête de l’État dans un contexte favorable : un Hezbollah affaibli après treize mois de conflit avec Israël, une influence iranienne en recul et un regain d’intérêt américain et saoudien pour le Liban.
Un président qui impose le respect
Les attentes sont élevées, notamment sur deux fronts : désarmer le Hezbollah et relancer les réformes économiques. Joseph Aoun s’attaque de front à l’épineuse question du monopole des armes. Dans son discours d’investiture, il évite délibérément le triptyque traditionnel « armée, peuple, résistance », cher au Hezbollah. Il affirme au contraire que l’État doit « détenir le monopole des armes », et que ce désarmement doit se faire « par le dialogue, loin de toute forme de recours à la force ».
Déclaration après déclaration, le général suggère que les combattants du Hezbollah pourraient intégrer l’armée, s’ils en ont les compétences. De quoi provoquer un tollé chez les anti-Hezbollah. Il reflète les contradictions du pouvoir au Liban : dialoguer autant avec le Hezbollah qu’avec les Américains. Sur le plan sécuritaire, Joseph Aoun opte aussi pour la diplomatie.
Au Sud, face à la non-application totale du cessez-le-feu par Israël, il multiplie les contacts diplomatiques et déploie l’armée. À l’Est, lorsqu’en mars des affrontements éclatent avec les nouvelles autorités syriennes, il ordonne à l’armée de riposter tout en engageant le dialogue. Même s’il donne l’impression que le déploiement de l’armée ne se fait que sous pression américaine.
Un style rassembleur qui rassure
Le nouveau président adopte une stratégie de consensus. Il forme rapidement un gouvernement avec Nawaf Salam et pourvoit les postes clés de l’État en moins de trois mois, évitant les blocages habituels. Il parvient à tenir un équilibre délicat : ne pas céder au Hezbollah tout en maintenant le dialogue. Il y a un consensus autour de lui, c’est un président rassembleur : les Libanais veulent un président qui représente l’État de manière crédible.
Dans la rue chrétienne, sa popularité est en hausse, au point d’inquiéter certains leaders à un an des législatives. Sur le terrain économique, Aoun tente de remettre en marche les réformes : il pousse notamment pour une nouvelle loi sur le secret bancaire, indispensable pour débloquer l’aide du FMI. Mais un choix fait polémique : la nomination de Karim Souhaid à la tête de la Banque du Liban.
Le candidat des banques est imposé par le président malgré l’opposition du Premier ministre et de six ministres. La mésentente sur un poste aussi crucial envoie un mauvais signal à la communauté internationale. Une grande partie du mandat de Joseph Aoun sera jugée à l’aune de la performance de Karim Souhaid.


