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Présidentielle en Côte d’Ivoire : forces et faiblesses des cinq candidats retenus

Le Conseil constitutionnel a tranché : sur une soixantaine, cinq personnalités sont officiellement en lice pour l’élection présidentielle du 25 octobre prochain. Aux côtés du président sortant Alassane Ouattara, la compétition réunit deux figures féminines, Simone Ehivet Gbagbo et Lagou Adjoua Henriette, un cadre du PDCI, Jean-Louis Billon, et l’ancien ministre Ahoua Don Melo. Tour d’horizon des forces et faiblesses de chacun des candidats.

1. Simone Ehivet Gbagbo (MGC – Mouvement des Générations Capables)
« Je remercie le Conseil constitutionnel qui a fait son travail. C’est du bon travail », a-t-elle affirmé le lundi 8 septembre, exprimant sa « très grosse émotion » et sa « joie » après la validation de sa candidature par le Conseil constitutionnel.

Figure historique du Front Populaire Ivoirien (FPI), Simone Ehivet Gbagbo reste un symbole de résistance politique pour une partie de l’électorat ivoirien. Première dame pendant le mandat de Laurent Gbagbo, elle jouit d’une forte notoriété nationale. Son opposition au franc CFA et à la Françafrique résonne auprès de nombreux électeurs en quête de souveraineté économique et de rupture avec les influences extérieures. La scène humiliante qu’elle a subie à l’aéroport lors du retour de Laurent Gbagbo en juin 2021 lui a également valu la sympathie de l’opinion, y compris au sein du RHDP, où certains ont dénoncé l’humiliation.

Pourtant, sa candidature est loin d’être sans obstacles. Elle peine à fédérer l’ensemble du camp Gbagbo, en concurrence avec le PPA-CI, et n’a pas rejoint le front commun lancé par Laurent Gbagbo, que Tidjane Thiam et Guillaume Soro ont intégré. Son image reste aussi clivante, fortement associée aux événements post-électoraux de 2010-2011.

Malgré ces défis, son capital politique reste significatif. Elle peut mobiliser le vote protestataire anti-RHDP et anti-système, capitaliser sur la soif de réconciliation et présenter une alternative crédible féminine. Mais la fragmentation de l’opposition et la puissance organisationnelle du RHDP représentent de réelles menaces pour sa campagne.

2. Lagou Adjoua Henriette (GP-PAIX)
Ancienne ministre et candidate déjà en 2015, Lagou Adjoua Henriette revient sur la scène politique avec une candidature qu’elle qualifie de « troisième voie ». Sa candidature se veut un symbole de pluralité et de modernité.

« Nous sommes des femmes. Nous voulons mettre de l’eau dans le vin de ceux qui font la violence physique et fébrile. Nous avons décidé d’apporter la paix à la Côte d’Ivoire », déclarait-elle lors de l’inauguration de son quartier général à Abidjan, le 8 juillet 2025.
Son engagement pour la paix constitue un argument fort face à la violence verbale et physique parfois associée à la campagne ivoirienne. Néanmoins, Lagou Adjoua Henriette fait face à un poids politique limité face aux grands partis, et sa notoriété reste encore modeste.

Certains dans l’opposition l’accusent d’être proche du pouvoir, ce qui pourrait nuire à sa crédibilité anti-système. Ses moyens financiers et logistiques réduits constituent également un frein pour mener une campagne nationale ambitieuse.

La candidate du Groupement des partenaires politiques pour la paix peut toutefois capitaliser sur le vote féminin et symboliser le renouveau politique, mais elle devra faire face à la concurrence directe de Simone Gbagbo et au risque d’une marginalisation médiatique.

3. Jean-Louis Eugène Billon (candidat indépendant, ex-PDCI)
Jean-Louis Billon, député et ancien ministre, est issu d’une grande famille d’hommes d’affaires et d’une tradition politique forte. Elu Maire de Dabakala en 2001 et deux fois ministre sous les présidences de Laurent Gbagbo et Alassane Ouattara, il dispose d’un solide réseau économique et politique.

Entrepreneur et profil moderne, il adopte un discours de rupture, notamment sur le franc CFA.

« Aujourd’hui, continuer avec le CFA, c’est rester prisonnier d’un héritage qui ne correspond plus à nos ambitions », a-t-il déclaré le 7 septembre 2025.

Ce positionnement séduit les électeurs en quête de changement et de souveraineté économique. Cependant, Billon doit naviguer dans une PDCI divisée, certains le considérant comme un pion du RHDP. Candidat indépendant sous la bannière du Congrès Démocratique (CODE), il peine à s’imposer comme une figure populaire, malgré ses efforts pour toucher la jeunesse et la classe moyenne. Son image d’élite urbaine peut le rendre parfois distant des réalités rurales.

Son principal défi sera de fédérer l’opposition et de capitaliser sur l’usure du pouvoir de Ouattara. La division interne au PDCI et la puissance du RHDP représentent ses plus grandes menaces.

4. Ahoua Don Mello (Indépendant, ex-PPA-CI)
Il a déposé sa « candidature de précaution », anticipant l’élimination de Laurent Gbagbo. Ingénieur et ancien ministre, Ahoua Don Mello se positionne comme un candidat panafricaniste et novateur. Vice-président de l’Alliance internationale des BRICS pour les projets stratégiques, il prône le développement durable, la jeunesse et la diversification des partenariats internationaux, en s’éloignant de la dépendance à l’Occident.

Bien que sa notoriété soit inférieure aux grands candidats, il a obtenu rapidement les parrainages requis.

Cependant, Don Melo doit faire face à plusieurs défis majeurs. Il ne dispose pas d’une structure politique solide capable de soutenir une campagne nationale ambitieuse. Les tensions avec son ancien parti, le PPA-CI, peuvent également limiter son influence, tandis que ses liens avec la Russie sont instrumentalisés par ses détracteurs pour le discréditer.

« La Russie a contribué à libérer même la Côte d’Ivoire, parce que le PDCI était d’obédience communiste à sa naissance. C’est à travers la Troisième Internationale, contrôlée par la Russie, que le PDCI a été fondé. Mais la Côte d’Ivoire n’est pas devenue une colonie russe. Moscou ne convoite pas les ressources africaines, qu’elle possède déjà en abondance pétrole, uranium, fer… », s’est défendu, le 01 aout dernier, celui qui peut séduire un électorat jeune, panafricaniste et critique des partis traditionnels.

5. Alassane Ouattara (RHDP – Président sortant)
Président sortant et candidat à un quatrième mandat, Alassane Ouattara s’appuie sur un bilan économique solide, notamment en termes de croissance et d’infrastructures. Son appareil politique est puissant et organisé, tandis que la communauté internationale observe sa candidature avec prudence.

Malgré son expérience, sa candidature reste controversée : Les opposants dénoncent le « non-respect de la constitution » et mettent en question sa légitimité. L’image d’un régime autoritaire pèse sur sa popularité auprès d’une partie de l’opinion.

Ouattara tente néanmoins de capitaliser sur son expérience pour rassurer les électeurs sur la stabilité politique et économique du pays.

« Je suis donc candidat parce que notre pays fait face à des défis sécuritaires, économiques et monétaires sans précédent et dont la gestion exige de l’expérience », a-t-il déclaré le 29 juillet 2025.
Mais la fatigue de l’électorat après plus de 14 ans au pouvoir, le risque de contestation populaire et les éventuelles divisions internes au RHDP représentent des menaces sérieuses pour sa réélection.

La campagne électorale se tiendra du 10 au 23 octobre 2025. Les prochaines semaines s’annoncent donc décisifs pour ces cinq candidats aux trajectoires très différentes, alors que la Côte d’Ivoire se prépare à un scrutin sous haute tension.

 

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