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Liban: la lutte contre le trafic de stupéfiants une priorité des autorités

Depuis l’élection de Joseph Aoun à la présidence et la nomination de Nawaf Salam comme Premier ministre, la lutte contre le trafic de stupéfiants est affichée comme une priorité par les autorités libanaises. Chaque jour, armée et Forces de sécurité intérieure (FSI) communiquent sur leurs opérations, qui concernent des saisies importantes, la destruction de cultures illicites, ou encore le démantèlement de laboratoires clandestins de captagon.
Parmi les annonces récentes, la saisie en septembre au port de Tripoli de 125 kilogrammes de cocaïne constitue un record. Importée du Brésil via Amman, cette cargaison a porté à 178 kg la quantité confisquée en 2025, contre 75 kg cinq ans plus tôt. Ce bond s’inscrit dans un contexte géopolitique favorable à une intensification des opérations.

Le captagon, nouvelle cible évidente
Si le ministère de l’Intérieur, à travers la Brigade des stupéfiants, est en première ligne, l’armée reste un acteur clé. Selon une source militaire, l’armée apporte ses moyens humains et son réseau de renseignement plus étendu pour épauler la Brigade. Entre 2020 et 2025, la valeur marchande des saisies par l’armée dépasse les 813 millions de dollars, toutes drogues confondues. Le captagon, une amphétamine très prisée au Moyen-Orient, occupe une place centrale dans les efforts de lutte. En août, l’armée a démantelé à Yammouné (Békaa-Nord) l’une des plus grandes usines de production du pays, située à proximité de la frontière syrienne. Ce stimulant de synthèse, produit en masse sous l’égide du régime d’Assad jusqu’en décembre 2024, est au cœur de trafics liés à des réseaux jusqu’ici associés au Hezbollah et à des clans chiites.

Là où l’armée avait intercepté près de 32 tonnes de haschich en 2020, les chiffres sont tombés à moins de 1,5 tonne depuis le début de 2025. La Brigade des stupéfiants a elle aussi vu ses saisies diminuer, passant de 25 000 kg à 4 700 kg.
Aujourd’hui, les experts notent un élargissement du narcotrafic au-delà de cette communauté, attesté notamment par des saisies dans des localités chrétiennes de la Békaa. Les quantités de captagon interceptées sont en forte hausse : les renseignements militaires estiment à 50 millions le nombre de pilules saisies depuis début 2025, contre 12 millions sur toute l’année 2024. Pour les FSI, les chiffres atteignent même 62,5 millions de pilules. Les arrestations s’intensifient et certaines sont menées de manière spectaculaire. Début août, l’élimination d’Ali Zeaïter (alias Abou Sallé), considéré comme le « roi de la cocaïne et du captagon » au Liban, s’est déroulée dans des circonstances inédites, avec un tir de roquette lors d’une opération militaire à Baalbeck.

Une situation contrastée pour le cannabis
Contrairement à la cocaïne et au captagon, la lutte contre le trafic de haschich témoigne d’une baisse notable des saisies et des destructions de champs de cannabis. Là où l’armée avait intercepté près de 32 tonnes de haschich en 2020, les chiffres sont tombés à moins de 1,5 tonne depuis le début de 2025. La Brigade des stupéfiants a elle aussi vu ses saisies diminuer, passant de 25 000 kg à 4 700 kg. Cette tendance s’explique en partie par un déplacement des activités vers la frontière syrienne, compliquant la tâche des forces de sécurité. Par ailleurs, le Liban a légalisé la culture du cannabis à des fins thérapeutiques en 2020. Bien que les règles d’application tardent à être précisées, cette évolution modifie le paysage de la lutte antidrogue.

Une étape importante a été franchie en juillet avec la nomination de Dany Fadel à la tête de l’Autorité de régulation du cannabis, signe d’une volonté de mieux encadrer ce secteur à l’avenir. La médiatisation des opérations reflète l’attention portée au dossier par les autorités, qui qualifient le trafic de stupéfiants de menace majeure. Le Liban reste un point stratégique dans le commerce illicite, que ce soit comme producteur de haschich et de captagon, ou comme consommateur de cocaïne.

Cette dynamique s’inscrit aussi dans un contexte de pression extérieure, en particulier américaine, qui cherche à réduire le trafic international et affaiblir les réseaux militants comme le Hezbollah. Sur le plan régional, Beyrouth multiplie ses échanges avec les pays arabes, notamment l’Arabie saoudite et le Koweït, pour renforcer la coopération en matière de lutte antidrogue. Le ministre de l’Intérieur, Ahmad Hajjar, a récemment souligné la collaboration continue avec ces États, traduisant l’importance que le Liban accorde à ce dossier dans ses relations diplomatiques.

 

 

 

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