L’empire industriel de Kawasaki Heavy Industries (KHI) est ébranlé par une série de scandales. Vendredi dernier, le ministère japonais de la Défense a asséné une sanction lourde de conséquences à l’un de ses principaux fournisseurs militaires, l’interdisant de soumissionner à ses contrats pendant deux mois et demi.
Cette décision fait suite à la révélation d’une fraude massive sur les tests des moteurs de sous-marins et d’un système de cagnotte occulte pour acheter la bienveillance des marins. Une enquête du fisc japonais vient compléter ce tableau en révélant que la société aurait dissimulé plusieurs milliards de yens de revenus imposables.
Le fisc découvre des milliards dissimulés
La crise prend une nouvelle dimension avec l’entrée en scène de l’administration fiscale. Une source proche du dossier a indiqué lundi que le Bureau régional des impôts d’Osaka soupçonne Kawasaki Heavy de ne pas avoir déclaré au moins plusieurs milliards de yens de revenus imposables. Cette sous-déclaration a été découverte dans le sillage du scandale des fonds occultes destinés aux équipages de sous-marins. Selon cette même source, la somme dissimulée inclurait la valeur des biens fournis par KHI à la Force maritime d’autodéfense (MSDF) sur une période de six ans, jusqu’en mars 2023. Dans ses comptes, la compagnie aurait inscrit ces milliards de yens non déclarés sous la rubrique « divertissement ». Kawasaki Heavy devrait faire face à des taxes supplémentaires et un porte-parole de l’entreprise a déclaré qu’elle déposerait une rectification auprès des autorités.
La sanction du ministère de la Défense plonge ses racines dans une fraude industrielle systémique. Kawasaki Heavy a elle-même rapporté avoir falsifié les données de performance énergétique pour les moteurs diesel de sous-marins, et ce, pendant une période stupéfiante de plus de 33 ans. Selon le rapport interne de l’entreprise, les essais de consommation de carburant sur 66 moteurs livrés au ministère entre 1988 et 2021 ne respectaient tout simplement pas les spécifications techniques exigées. Dans la majorité des cas, les résultats ont été manipulés pour correspondre aux attentes. La direction a admis que plusieurs services au sein de l’entreprise avaient participé à dissimuler cette supercherie. « Nous prenons cette affaire très au sérieux », a déclaré le président Yasuhiko Hashimoto, promettant des « mesures préventives » pour restaurer la confiance.
Des consoles de jeux et des sacs de golf financés par une cagnotte occulte
Parallèlement, une autre affaire, tout aussi grave, a éclaté au grand jour. Elle concerne des pots-de-vin distribués au personnel de la MSDF en charge de la maintenance des sous-marins. L’enquête a révélé qu’un sous-traitant principal de KHI avait offert, avec l’argent de la compagnie, toute une série de biens personnels à des marins. La liste est édifiante : des consoles de jeux vidéo, des sacs de golf, des montres de marque. La valeur de ces cadeaux variait de 10 000 à 400 000 yens, pour un total d’environ 1,16 million de yens (7 400 dollars). Pour financer ces libéralités, Kawasaki Heavy a créé des fonds occultes d’une ampleur considérable. La méthode ? Réaliser des transactions fictives avec ses sous-traitants dans le cadre de contrats de réparation de navires.
Le ministère estime que ce système de détournement existe depuis au moins 40 ans et a permis d’amasser près de 1,7 milliard de yens sur les six dernières années seulement.
Face à l’accumulation des faits, la réponse des autorités a été ferme. Du côté militaire, le ministère de la Défense a sanctionné 11 membres de la MSDF. Les sanctions ont été personnalisées en fonction de la gravité des actes. Trois superviseurs, en poste dans les dépôts de réparation navale et directement impliqués dans la supervision des contrats, ont écopé de suspensions allant de 5 à 15 jours. Les huit autres, d’anciens ou actuels sous-mariniers ayant reçu des cadeaux, ont subi des réductions de salaire d’un mois, pouvant aller jusqu’à 20% de leur paie. Pour Kawasaki Heavy Industries, la punition est commerciale et symbolique. La suspension d’appels d’offres, qui court jusqu’au 11 mars, prive le géant de l’armement d’une partie cruciale de son activité. L’entreprise, qui fournit les moteurs des 25 sous-marins de la flotte japonaise et assure leur maintenance conjointe avec la MSDF dans son usine de Kobe, voit sa réputation de partenaire de la défense nationale sérieusement entachée. Cette accumulation de scandales jette du discrédit cru sur les dérives possibles au sein du complexe militaro-industriel japonais.



