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Venezuela : Donald Trump fait réveiller une loi biséculaire pour affronter les anti-américains


Pour faire tomber le Venezuela, Washington invoque la doctrine Monroe pour contenir les alliances jugées hostiles en Amérique latine. Donald Trump n’a fait que ce qui est de coutume en devenant le connecteur logique. L’offensive politique et diplomatique engagée par contre le Venezuela s’établit dans une continuité historique bien plus ancienne qu’il n’y paraît.

Derrière les déclarations martiales, les sanctions et les pressions exercées sur le régime de Nicolás Maduro, se profile une référence assumée à un principe fondateur de la politique étrangère américaine : la doctrine Monroe. Énoncée il y a plus de deux siècles, cette ligne directrice continue d’orienter la lecture que Washington fait de son environnement stratégique, en particulier lorsqu’il s’agit de l’Amérique latine. Verbatim de doctrine américaine : l’Amérique aux Américains. Ils considèrent désormais l’Amérique latine comme leur zone d’influence directe.

Une doctrine née au XIXᵉ siècle
Au début du XIXᵉ siècle, les États-Unis sont une nation encore jeune, mais en pleine expansion territoriale et politique. Le pays vient de racheter la Louisiane à la France napoléonienne et sort d’un nouveau conflit avec le Royaume-Uni. À cette époque, Washington observe avec inquiétude les manœuvres des grandes puissances européennes, qui conservent encore des ambitions sur le continent américain. Contrairement à certaines idées reçues, la crainte américaine ne porte pas sur une menace venue du nord ou de la Russie, alors absente du jeu continental, mais bien sur un possible retour des empires européens, notamment espagnol, français et britannique, dans les affaires du Nouveau Monde. En 1823, le cinquième président des États-Unis, James Monroe, formule une position claire devant le Congrès : Une ligne rouge tracée sur l’Atlantique. Les affaires du continent américain relèvent désormais des Américains. Toute tentative d’intervention européenne serait considérée comme une menace directe pour la sécurité des États-Unis. En contrepartie, Washington s’engage à ne pas interférer dans les affaires internes de l’Europe. Ce principe, résumé par la formule « l’Amérique aux Américains », constitue le socle de la doctrine Monroe. À l’origine, il s’agit d’une posture défensive, destinée à préserver l’indépendance des jeunes États du continent face aux anciennes puissances coloniales. Avec le temps, la doctrine Monroe connaît une réinterprétation profonde.

Dès 1848, les États-Unis entrent en guerre contre le Mexique et annexent une vaste partie de son territoire. En 1903, ils soutiennent la création de l’État du Panama afin de sécuriser le contrôle du futur canal, ouvrage clé pour le commerce mondial et la projection navale américaine.
À partir de la fin du XIXᵉ siècle, les États-Unis ne se contentent plus de tenir l’Europe à distance : ils considèrent désormais l’Amérique latine comme leur zone d’influence directe. À l’image de la Russie dans son voisinage immédiat ou de la Chine en Asie orientale, Washington estime que le continent américain relève de sa responsabilité stratégique. Dans cette logique, aucun rival jugé majeur ne doit y établir une présence durable. Cette vision conduit à une succession d’interventions directes ou indirectes dans la région. Dès 1848, les États-Unis entrent en guerre contre le Mexique et annexent une vaste partie de son territoire. En 1903, ils soutiennent la création de l’État du Panama afin de sécuriser le contrôle du futur canal, ouvrage clé pour le commerce mondial et la projection navale américaine. Au fil du XXᵉ siècle, Washington intervient à plusieurs reprises à Cuba, en Amérique centrale et en Amérique du Sud. Le renversement de gouvernements jugés hostiles, comme au Chili en 1973, l’intervention au Panama ou les opérations clandestines au Nicaragua s’inscrivent dans cette continuité. À chaque fois, la justification repose sur la protection des intérêts américains et la prévention de toute influence concurrente.

Le Venezuela, un gros poisson
Dans cette lecture historique, le Venezuela coche de nombreuses cases aux yeux de Washington. Le pays dispose de l’une des plus importantes réserves de pétrole au monde. Il est dirigé par un régime autoritaire, au discours ouvertement anti-américain, et entretient des relations étroites avec la Russie, la Chine et, dans une moindre mesure, certains pays européens critiques de la politique américaine. Pour l’administration Trump, cette configuration constitue une remise en cause directe de l’équilibre régional tel qu’il est conçu à Washington. L’action menée contre Nicolás Maduro ne relève donc pas d’une décision improvisée, mais d’une application rigoureuse d’un cadre doctrinal ancien. Contrairement à l’image d’un président imprévisible, Donald Trump s’inscrit, sur ce dossier, dans une tradition bien établie de la politique étrangère américaine. En multipliant les sanctions économiques, en soutenant l’opposition vénézuélienne et en exerçant une pression diplomatique constante, il rappelle que les États-Unis entendent rester le principal arbitre des équilibres politiques sur le continent. Cette approche vise également à envoyer un message à d’autres acteurs internationaux. La Russie et la Chine, de plus en plus présentes en Amérique latine par le biais de partenariats énergétiques, militaires ou financiers, sont clairement identifiées comme des concurrents stratégiques dont l’influence doit être contenue.

Un message codé adressé au reste du monde
L’activation de la doctrine Monroe a une portée plus disproportionnée. Elle signale que Washington continue de considérer certaines régions comme vitales pour sa sécurité et son rang international. Dans un contexte marqué par la guerre en Ukraine et la montée des rivalités géopolitiques, cette posture s’inscrit dans une logique de rapports de force assumés. L’administration américaine estime que le droit international, tel qu’il est invoqué par certains régimes, a été largement fragilisé par des interventions unilatérales, notamment celles de la Russie. Dans ce climat, Washington revendique une liberté d’action fondée sur ses intérêts stratégiques. Deux siècles après son énoncé, la doctrine Monroe demeure donc un repère central de la politique étrangère américaine. Si ses modalités d’application ont évolué, son esprit reste intact : empêcher toute puissance rivale de s’installer durablement dans ce que Washington considère comme son environnement immédiat. En rappelant que cette doctrine est toujours en vigueur, Donald Trump réaffirme une vision du monde où les zones d’influence structurent encore les relations internationales, au-delà des discours sur le multilatéralisme et la coopération globale.

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