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CinetPay dans la tourmente: Une cyberattaque de plus d’un million de dollars secoue la fintech ivoirienne


Abidjan, février 2026. Le rêve africain de la « révolution du paiement numérique » vient de se heurter à la dure réalité du cybercrime et des soupçons de blanchiment d’argent. CinetPay, la fintech ivoirienne longtemps considérée comme l’un des fleurons de l’écosystème numérique ouest-africain, est aujourd’hui engluée dans un scandale inédit.

Selon une enquête publiée par TechCabal le 1er février, une cyberattaque survenue en septembre 2025 aurait provoqué la disparition de plus d’un million de dollars sur les comptes de la plateforme.

L’affaire fait grand bruit. Fondée à Abidjan en 2016, CinetPay s’était imposée comme l’un des acteurs incontournables des solutions de paiement mobile, au service de plus de 25 000 entreprises réparties entre la Côte d’Ivoire, le Sénégal, le Togo et le Burkina Faso. Grâce à ses API de paiement intégrant Orange Money, MTN Money et autres portefeuilles électroniques, la start-up incarnait la promesse d’un continent capable d’innover dans la fintech au même rythme que le reste du monde.

Mais cette fois, c’est une faille de sécurité majeure qui a permis à des cybercriminels d’orchestrer une évasion numérique sophistiquée. Les fonds dérobés auraient été transférés vers des comptes mobile money dans plusieurs pays, une stratégie souvent associée à des circuits de blanchiment transfrontaliers.

Une coïncidence troublante
Le calendrier intrigue encore davantage les observateurs : l’attaque informatique est survenue à peine trois semaines après que les autorités sénégalaises ont ouvert une enquête préliminaire visant CinetPay. En cause : des soupçons de facilitation de blanchiment d’argent, de fraude organisée et d’opérations liées au jeu en ligne illégal.

Même si la fintech dément toute implication et assure collaborer pleinement avec les autorités, plusieurs sources proches du dossier évoquent un climat de tension et de perte de confiance des partenaires régionaux. Dans la foulée, plusieurs entreprises clientes auraient rencontré des difficultés à accéder à leurs fonds, certaines réclamant toujours le remboursement de montants bloqués depuis octobre dernier.

Un signal d’alarme pour la fintech africaine
Cette crise retentissante met en lumière les fragilités d’un secteur en pleine effervescence. Dans de nombreux pays d’Afrique de l’Ouest, les acteurs du numérique évoluent dans un vide réglementaire partiel, où la rapidité de l’innovation dépasse souvent la capacité des institutions à encadrer les risques liés à la cybersécurité, au blanchiment et à la conformité financière.

CinetPay, qui avait levé 2,4 millions de dollars en 2021 auprès de 4DX Ventures et de Flutterwave, voyait dans cette levée un tremplin pour étendre son empreinte régionale. Quatre ans plus tard, la fintech fait face à sa plus grave épreuve. D’après un investisseur contacté par Jeune Afrique, « l’incident porte atteinte à la crédibilité de tout l’écosystème. Les fintechs africaines doivent désormais convaincre qu’elles peuvent être aussi sûres que performantes ».

Vers un tournant réglementaire
Alors que CinetPay s’efforce de restaurer la confiance, les autorités régionales — BCEAO en tête — réfléchissent à un cadre de supervision plus strict pour les opérateurs de paiement électronique. L’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) pourrait accélérer la création d’une cellule spécialisée sur la cybersécurité financière, sur le modèle du Financial Conduct Authority britannique.

En attendant, les regards restent braqués sur Abidjan. Car l’issue de l’affaire CinetPay pourrait marquer un tournant décisif : celui d’un secteur fintech africain sommé de prouver qu’il peut conjuguer innovation, fiabilité et intégrité.

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