La frilosité persistante des institutions financières internationales et des sociétés de leasing à l’égard du secteur aérien nigérian s’explique, selon plusieurs experts, par des faiblesses structurelles en matière de gouvernance, des différends contractuels non résolus et une protection jugée insuffisante des investisseurs.
Des préoccupations chez les investisseurs étrangers face au secteur aérien nigérian pourraient compromettre les efforts entrepris par le ministre de l’Aviation et du Développement aérospatial, Festus Keyamo, pour attirer de nouveaux capitaux étrangers dans le pays.
Intervenant devant la presse à Lagos, l’analyste aéronautique Lanre Bamgbose a souligné que la problématique devait être abordée sous un angle de même institutionnel et commercial, sans stigmatiser une entité particulière. Selon lui, les investisseurs évaluent en priorité la solidité du cadre de gouvernance qui encadre les transactions commerciales au Nigéria.
Il a notamment évoqué le différend de longue date entre les actionnaires d’Arik Air et la Société de gestion des actifs du Nigéria (AMCON), estimant que cette affaire a envoyé un signal négatif à la communauté internationale du financement aéronautique.
D’après Bamgbose, des organismes tels que les agences européennes de crédit, l’américaine US Exim Bank, Exportation et développement Canada ou encore la Pacific Export Finance Corporation observent attentivement l’évolution des politiques publiques et des défis du secteur avant d’envisager tout engagement. Cette prudence, explique-t-il, découle des interrogations récurrentes sur l’exécution des contrats et le règlement des différends commerciaux.
« Tout investisseur potentiel cherche d’abord à savoir ce qui se passe lorsque les choses tournent mal : comment les contrats sont appliqués, comment les litiges sont tranchés », a-t-il déclaré, ajoutant qu’aucun investissement majeur provenant du marché international du leasing, notamment européen ou américain, n’a pas été enregistré au Nigéria depuis 2010.
Pour sa part, Charles Amokwu, ingénieur et ancien cadre de la défunte compagnie Nigeria Airways, estime que ce désengagement des bailleurs internationaux a freiné l’essor du transport aérien dans toute la sous-région. Il met en avant le vieillissement des flottes, les difficultés d’acquisition d’aéronefs ainsi que le retard des infrastructures aéroportuaires.
Faute d’accès à des financements compétitifs à long terme, les compagnies régionales devraient recourir à des solutions de court terme plus onéreuses, avec des conséquences directes sur le prix des billets, la rentabilité des opérations et la stabilité globale du secteur.
Selon Amokwu, la restauration de la confiance ne saurait se limiter à des initiatives diplomatiques ou à des rencontres de haut niveau avec des constructeurs tels que Boeing, Airbus ou Bombardier — démarches récemment engagées par le ministre mais jugées insuffisantes. Il appelle à une reddition de comptes sur la gestion des transactions passées, condition indispensable pour rassurer les partenaires financiers.
À l’instar de Bamgbose, il préconise un audit approfondi des contentieux contractuels, un renforcement du cadre juridique régissant la location d’aéronefs, une amélioration de l’exécution judiciaire des accords commerciaux et une meilleure protection des droits des créanciers.
Selon lui, un traitement transparent des dossiers en suspens, accompagné de réformes réglementaires crédibles, pourrait progressivement restaurer la crédibilité du Nigéria et repositionner son secteur aérien comme un marché attractif pour les investisseurs internationaux.



