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Sénégal: Met en place un système de sécurité sanitaire internationale pour sa filière coquillage

Ce dispositif devrait ouvrir de nouvelles perspectives économiques, notamment pour les femmes conchylicultrices.

Le Sénégal franchit un cap dans la structuration de sa filière conchylicole. À l’issue de l’atelier de clôture du projet PPG/STDF/672, consacré au « Renforcement de la filière coquillage au Sénégal à travers la mise aux normes sanitaires et phytosanitaires (SPS) », les acteurs ont dressé un bilan marqué par des avancées scientifiques, réglementaires et économiques majeures.

Entre 2022 et 2026, cinquante (50) sites conchylicoles ont été identifiés, cartographiés et caractérisés dans huit régions du pays. Un plan de surveillance sanitaire de douze mois a permis d’aboutir au premier classement national des zones de production, révélant que 62 % des sites sont classés en zone A, autorisant une commercialisation directe, 36 % en zone B, nécessitant une purification préalable, tandis que 2 % ont été jugés non conformes.

Un plan de suivi continu est désormais opérationnel sur huit sites prioritaires, avec un engagement des autorités à poursuivre son financement. Cette base scientifique inédite constitue, selon les partenaires, un socle essentiel pour la gestion durable et la certification sanitaire de la filière.

Sur le plan institutionnel, trois arrêtés majeurs ont été adoptés pour encadrer le classement des sites, l’hygiène des établissements et la qualité des produits. Le dispositif évolue vers un manuel qualité aligné sur la norme ISO/IEC 17020 relative aux organismes d’inspection.

Le projet a également permis l’élaboration d’un plan de reconnaissance du système SPS sénégalais auprès des organisations régionales, notamment la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), ainsi qu’auprès de partenaires internationaux.

Au total, 64 agents de l’inspection et de l’Agence nationale de l’aquaculture (ANA) ont été formés, 35 cadres techniques ont bénéficié d’échanges d’expériences internationaux et plus de 219 relais formateurs ont été renforcés. En parallèle, 233 membres de groupements d’intérêt économique (GIE), majoritairement des femmes, ont été formés directement.

Plus de 15 000 femmes conchylicultrices sont concernées, la filière étant composée à plus de 90 % d’actrices féminines. « Ce programme a constitué une étape importante dans le renforcement de nos capacités en matière de conformité sanitaire et dans la professionnalisation des acteurs », a indiqué Mme Khadidiatou Seck, présidente de l’Association nationale des acteurs de la filière aquacole du Sénégal (ANAFAS).

Elle a salué une dynamique collaborative renforcée entre administration, organisations professionnelles et partenaires techniques.

Des impacts économiques déjà perceptibles
Au-delà des indicateurs techniques, les effets économiques commencent à se faire sentir. Les coquillages sénégalais accèdent désormais aux marchés des hôtels, restaurants et circuits touristiques, avec des prix variant entre 3 500 et 7 000 FCFA le kilogramme selon les zones.

Les données de production 2025 pour les huîtres témoignent d’une dynamique croissante : 203 tonnes au premier trimestre, 414 tonnes au deuxième et 576,5 tonnes au troisième.

Pour la FAO, cette évolution contribue directement à l’amélioration des conditions de vie des communautés côtières, en particulier des femmes, en cohérence avec son Cadre stratégique 2022-2031 axé sur l’amélioration des moyens d’existence.

« Le projet que nous clôturons aujourd’hui a permis de poser des bases solides pour une filière coquillage plus structurée, plus compétitive et davantage alignée sur les exigences sanitaires et phytosanitaires internationales », a souligné Samba Ka, Directeur général de l’Agence nationale de l’aquaculture, insistant sur le fait que « la sécurité sanitaire des coquillages n’est pas seulement une exigence réglementaire, mais un impératif de santé publique et un levier de développement économique. »

La feuille de route 2026–2030 prévoit l’extension progressive du suivi continu à 30 puis 50 sites, le renforcement des laboratoires pour l’analyse des biotoxines, la mise en place d’infrastructures de dépuration et la structuration d’un système de traçabilité.

L’objectif affiché est clair : consolider d’abord les marchés locaux et régionaux, avant de viser une reconnaissance élargie et une ouverture structurée vers les marchés européens et asiatiques.

« Cet atelier ne marque pas une fin, mais une transition », a relevé la coordinatrice sous-régionale de la FAO pour l’Afrique de l’Ouest, Mme Bintia Stephen Tchicaya, insistant sur la nécessité d’une appropriation institutionnelle forte et d’un financement national progressif pour garantir la durabilité des acquis.

Avec ce projet, le Sénégal se positionne désormais comme un potentiel modèle régional en matière de conformité SPS dans la filière conchylicole, alliant sécurité sanitaire, compétitivité commerciale et autonomisation économique des femmes.

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