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Côte d’ivoire – Logements sociaux : 13 ans après, seulement 42 000 livrés sur un objectif de 150 000

Lancé à grand renfort de communication en 2012, le Programme présidentiel de construction de logements sociaux et économiques (PPLSE) devait être la réponse structurelle à la crise du logement en Côte d’Ivoire. 13 ans après le lancement de ce projet, le bilan révèle un écart majeur entre l’ambition affichée et la réalité du terrain.

Derrière les annonces ambitieuses et les vastes programmes lancés depuis plus d’une décennie, la politique du logement social en Côte d’Ivoire peine encore à produire les résultats attendus. Conçu comme une réponse structurelle à la crise de l’habitat, le Programme présidentiel de construction de logements sociaux et économiques (PPLSE) devait permettre de réduire significativement le déficit national. Pourtant, au fil des années, les résultats obtenus révèlent un décalage persistant entre les objectifs fixés et les réalisations efficaces sur le terrain. À travers les chiffres, les mécanismes de mise en œuvre et les réformes successives, cet article propose de revenir sur les principales limites d’une politique toujours en quête d’efficacité.

Les chiffres clés du retard
Au fil des années, les ministres se succèdent à la tête du ministère en charge de la Construction, avec une ambition constante. D’après les données publiées par le Centre d’Information et de Communication Gouvernementale (CICG) en octobre 2025, à peine 42 000 logements ont été réalisés depuis le lancement du Programme présidentiel de construction de logements sociaux et économiques (PPCLSE). Ayant pour objectif initial la construction de 150 000 logements à l’horizon 2025, force est de constater un écart important entre les prévisions et les réalisations. En effet, le taux de réalisation s’établit à seulement 28 %. Par ailleurs, la Côte d’Ivoire fait face à un déficit de logements augmentant entre 600 000 et 800 000 unités, avec un besoin annuel additionnel comprenant entre 40 000 et 50 000 logements, en raison d’une croissance urbaine de 3,7 % par an. Dans ce contexte, les chiffres arrêtés à fin 2024 révèlent qu’environ 37 000 logements ont été réalisés sur les principaux sites, notamment à Bingerville (40 ha), Cité Ado Yopougon (20 ha), Grand-Bassam (80 ha) et Songon (439 ha).

Les moyens engagés par l’État, mais pour quels résultats ?
Afin de soutenir le PPLSE, l’État a mobilisé d’importants leviers. D’une partie, près de 2 000 hectares de réserves foncières ont été mis à disposition. D’autre part, plus de 100 milliards de FCFA ont été engagés pour les purges de droits coutumiers ainsi que la réalisation des VRD primaires. En outre, des exonérations fiscales d’un montant supérieur à 360 milliards de FCFA ont été accordées aux promoteurs immobiliers. Parallèlement, le taux de crédit acquéreur a été plafonné à 5,5 %, afin de faciliter l’accès à la propriété. Malgré ces initiatives prometteuses, les livraisons restent insuffisantes au regard des objectifs affichés. Entre mars 2023 et février 2025, près de 5 000 clés ont été remises à Songon, contre seulement 1 405 à Grand-Bassam.

Les goulots d’étranglement qui persistent
Au-delà des efforts engagés, plusieurs contraintes structurelles continuent de freiner l’accès effectif au logement social. D’abord, le coût d’accès demeure un obstacle majeur. Même plafonné à 5,5 %, le crédit immobilier reste hors de portée pour les ménages dont les revenus mensuels sont inférieurs à 300 000 FCFA. Dans le même temps, le prix moyen d’un logement social se situe entre 12 et 15 millions de FCFA, limitant davantage l’accessibilité. Ensuite, les délais de livraison constituent une autre difficulté importante. De nombreux souscripteurs font état de retards significatifs, allant de trois à sept ans entre la réservation et la remise effective des clés. Enfin, l’adéquation entre l’offre et la demande reste problématique. Près de 70 % de la demande solvable se concentre à Abidjan, où le coût élevé du foncier réduit la rentabilité des projets de logements sociaux pour les promoteurs immobiliers.

Le virage du « Programme d’urgence »
Face aux limites du Programme présidentiel de logements sociaux et économiques (PPLSE), le gouvernement a engagé plusieurs réformes visant à relancer la dynamique du secteur. Celles-ci ont notamment conduit à la mise en place d’un Programme d’urgence de construction de 25 000 logements sociaux et économiques. Dans cette même dynamique, le ministère de la Construction, du Logement et de l’Urbanisme (MCLU) privilégie désormais le recours à des promoteurs disposant de fortes capacités techniques et financières. À ce jour, des conventions portant sur près de 465 000 logements auraient déjà été signées. L’analyse de la politique du logement social met en lumière plusieurs contraintes structurelles qui freinent son efficacité. D’abord, la question du financement demeure centrale. Bien que plus de 460 milliards de FCFA d’efforts publics directs et indirects aient été mobilisés, la massification de l’offre n’a pas suivi. Ensuite, le modèle économique actuel, fondé sur le partenariat public-privé (PPP), peine à concilier la rentabilité des promoteurs et l’accessibilité pour les ménages. Enfin, le défi de l’exécution reste entier. Les conventions signées pour près de 465 000 logements devront encore faire la preuve de leur opérationnalité sur le terrain.

Sans une rupture dans les mécanismes de financement et une industrialisation des procédés de construction, le rythme actuel augmentant à environ 3 200 logements par an, ne permettra pas de résorber un déficit qui s’accroît de 50 000 unités chaque année. Dans ce contexte, le logement social apparaît comme le maillon faible des politiques urbaines en Côte d’Ivoire. Un secteur où l’ambition politique se heurte à la réalité économique des ménages ainsi qu’aux limites du modèle de production.

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