Simone Gbagbo annonce le retrait définitif du MGC de la coalition d’opposition CAP-CI, invoquant des désaccords stratégiques avec Tidjane Thiam après la présidentielle ivoirienne de 2025.
En Côte d’Ivoire, la coalition de l’opposition CAP-Côte d’Ivoire (Coalition pour l’alternance pacifique) vient de perdre l’un de ses membres les plus en vue. Le Mouvement des générations capables (MGC), dirigé par Simone Ehivet Gbagbo, annonce son retrait définitif de la plateforme initiée par Tidjane Thiam, président du PDCI-RDA.
La décision est formalisée dans une lettre datée du 6 janvier 2026, adressée à Tidjane Thiam, en sa qualité de coordonnateur de la CAP-CI. Simone Gbagbo y explique que ce retrait est lié à des désaccords profonds sur les orientations stratégiques prises par la coalition après l’élection présidentielle de 2025.
Une coalition née dans l’espoir de l’unité
La CAP-CI avait vu le jour en mars 2025, dans un contexte politique tendu, à l’approche de la présidentielle. L’objectif était clair : rassembler les forces de l’opposition autour de revendications communes, notamment des réformes électorales et une alternance pacifique du pouvoir.
Simone Gbagbo avait joué un rôle central dans cette dynamique. Présidente du MGC, elle avait été désignée porte-parole de la coalition, un poste stratégique censé incarner l’unité et la cohérence du regroupement.
Mais cette unité n’a pas résisté longtemps aux réalités politiques. En juin 2025, Tidjane Thiam engage un rapprochement direct avec Laurent Gbagbo, à travers un “front commun” bilatéral. Le PPA-CI de l’ancien président ayant auparavant refusé d’intégrer la CAP-CI, cette initiative est mal perçue par certains membres de la coalition.
Simone Gbagbo fait alors part de ses réserves, dénonçant une démarche qu’elle juge « non inclusive » et contraire à l’esprit collectif qui avait présidé à la création de la CAP-CI. Dans les coulisses, les mots de « rupture » et d’« infidélité politique » commencent à circuler.
Un divorce politique assumé
La crise s’aggrave lors de l’élection présidentielle d’octobre 2025. Tidjane Thiam est déclaré inéligible par le Conseil constitutionnel, en raison de sa radiation de la liste électorale liée à un contentieux sur sa nationalité. Laurent Gbagbo est également absent du scrutin.
Simone Gbagbo, dont la candidature est validée, appelle alors publiquement Tidjane Thiam et Laurent Gbagbo à la soutenir, qualifiant notamment l’exclusion de Thiam d’« injustice ». Mais cet appel n’aboutit pas à une recomposition forte de l’opposition.
Au final, Simone Gbagbo arrive troisième du scrutin avec 2,42 % des suffrages, loin derrière le président sortant Alassane Ouattara et Jean-Louis Billon.
Dans sa lettre, Simone Gbagbo explique que les choix opérés après la présidentielle ne correspondent plus aux valeurs portées par le MGC. Elle évoque une restructuration de la CAP-CI ayant conduit à des décisions stratégiques « discutables » et non partagées par son parti.
« En accord avec les instances de mon parti, j’annonce ce jour le retrait définitif du MGC de la CAP-Côte d’Ivoire », écrit-elle, mettant ainsi un terme à une alliance déjà fragilisée.
Fragilités structurelles
Depuis sa création en mars 2025, la CAP-CI, la Coalition pour l’alternance pacifique en Côte d’Ivoire, a été marquée par une série de défections importantes. Plusieurs partis et mouvements politiques ont progressivement quitté la plateforme, invoquant pour l’essentiel des désaccords stratégiques liés à la gestion de l’élection présidentielle de 2025 et à la gouvernance interne de la coalition.
Parmi les départs les plus notables figure celui du COJEP, le Congrès panafricain pour la justice et l’égalité des peuples, dirigé par Charles Blé Goudé. Le parti annonce son retrait définitif le 24 novembre 2025. Son leader explique alors vouloir « retrouver une autonomie d’action », estimant que les divergences de vision au sein de la CAP-CI ne permettent plus une action politique cohérente après le cycle électoral.
Quelques mois plus tôt, en juin 2025, c’est le parti Renouveau Démocratique, conduit par Lamo Moussa Dinko, qui claque la porte. Il dénonce un manque de démocratie interne et dit avoir découvert par voie de presse la mise en place d’un « front commun » entre le PDCI de Tidjane Thiam et le PPA-CI de Laurent Gbagbo. Une initiative jugée exclusive, qui aurait marginalisé les autres membres de la coalition dans les prises de décision stratégiques.
Autre départ précoce, celui du mouvement des Écologistes, annoncé dès le 14 mars 2025, soit quelques jours seulement après le lancement officiel de la CAP-CI. Un retrait rapide qui révélait déjà les fragilités structurelles d’une alliance construite dans l’urgence politique, mais confrontée très tôt à des divergences profondes.
Avec le départ du MGC de Simone Gbagbo, la CAP-CI se retrouve fortement fragilisée, confirmant une nouvelle fois l’incapacité récurrente de l’opposition ivoirienne à préserver une unité politique stable.



