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Dawaki : Le plus grand marché de vente de chiens du Nigeria

Le marché de Dawaki, réuni chaque semaine des milliers de famille dans le nord du Nigeria, pour l’achat ou la vente de chiens. Ce commerce, très structuré, alimente à la fois les foyers locaux et la consommation de viande, souvent associée à des croyances traditionnelles sur la force, l’endurance ou des vertus mystiques.

chiens Ces foyers, venus parfois de régions très éloignées s’y retrouvent pour négocier des animaux destinés à la revente ou à la consommation. Les transactions s’y effectuent à des prix généralement compris entre 25 et 40 dollars, en fonction de la taille, de la corpulence et de l’état de l’animal.

Une filière structurée et ancrée dans les habitudes locales
Le commerce des chiens à Dawaki repose sur une organisation bien établie. Justine Likita, vendeuse sur le marché, explique que les hommes de sa communauté se rendent régulièrement à Kano, ville située dans le nord du Nigeria pour s’approvisionner. Selon elle, « ils emportent des amulettes censées leur porter chance durant leurs déplacements. À leur retour, les chiens sont confiés aux femmes, qui se chargent de les vendre afin de générer des revenus pour subvenir aux besoins du foyer. » Pour une partie des acheteurs, la viande de chien est associée à des vertus particulières. Gideon Goyoma, président de l’association des vendeurs de chiens, affirme qu’ « elle procurerait force et endurance, permettant de travailler plus longtemps sans fatigue. » D’autres consommateurs lui prêtent des propriétés mystiques, évoquant « une protection contre l’empoisonnement ou des effets supposés sur la séduction » lorsqu’elle est intégrée à certaines préparations traditionnelles. Ces croyances, toutefois, ne reposent sur aucune validation scientifique.

Entre pratiques culturelles et controverses

Dans les grandes villes, les chiens sont majoritairement perçus comme des animaux de compagnie, des gardiens ou des symboles de statut social. Mais dans d’autres régions, ils demeurent un mets traditionnel, parfois consommé avec de la bière locale lors de rassemblements. Selon l’indice des pays favorables aux chiens, le Nigeria occupe le troisième rang mondial des consommateurs de viande de chien, derrière la Corée du Sud et le Vietnam, ce qui en ferait le premier consommateur en Afrique. Une initiative récente visant à interdire la vente et la consommation de viande de chien dans l’État d’Akwa Ibom, au sud du pays, n’a pas abouti, les législateurs ayant rejeté la proposition.

En 2021, une pétition signée par des milliers de Nigérians appelait déjà à l’interdiction de cette pratique. Parmi les voix critiques figure le docteur vétérinaire Mark Ofua, qui souligne les nombreux services rendus par les chiens aux humains, notamment dans« la détection précoce de certaines maladies, l’accompagnement d’enfants autistes ou encore la sécurité domestique. » La consommation de viande de chien n’est cependant pas propre au Nigeria.

Par ailleurs, le commerce de chien existe dans plusieurs pays africains, comme la République démocratique du Congo, le Burkina Faso ou le Gabon. Elle est également pratiquée dans certaines régions d’Asie, notamment en Corée du Sud, en Chine, au Cambodge et au Vietnam. Au croisement des traditions, des croyances populaires et des débats éthiques contemporains, la cynophagie continue de diviser l’opinion publique. À Dawaki, néanmoins, elle demeure une réalité économique et culturelle solidement ancrée, révélatrice des tensions entre héritage local et évolution des sensibilités modernes.

La consommation de viande de chien face aux critiques internationales
Cependant, la consommation de viande de chien suscite également des critiques publiques à travers le monde. À Taïwan, elle a été totalement interdite en 2017, avec des campagnes médiatiques pour sensibiliser la population. En Chine, des villes comme Shenzhen et Zhuhai ont prohibé la consommation de chiens et chats en 2020, considérant désormais ces animaux comme des compagnons plutôt que de la nourriture. En Corée du Sud, malgré une consommation historique importante, des villes comme Séoul ont fermé des restaurants et abattoirs de viande de chien depuis 2018, tandis que des ONG locales comme KARA dénoncent activement la pratique. Au Vietnam, des campagnes menées à Hanoï depuis 2019 ont alerté sur les risques sanitaires liés à la consommation de viande de chien et encouragé son remplacement. Même en Afrique du Sud, des ONG telles que la NSPCA mènent des opérations de saisie et sensibilisent le public aux aspects éthiques et sanitaires de cette pratique. Ces exemples montrent que, malgré son enracinement culturel dans certains pays, la consommation de viande de chien fait l’objet d’une attention internationale et de mesures concrètes de régulation.

 

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