
D’Abidjan, à Accra en passant par Lomé, Cotonou, Lagos, puis Niamey, Ouagadougou, Bamako, Dakar, etc., elles commercent au plus fort reste dans un quotidien, partagé par de nombreuses commerçantes, est jalonné d’obstacles. « Quand on quitte la Côte d’Ivoire pour le Ghana, la première difficulté, c’est la langue. Nous sommes francophones, eux anglophones, et il n’est pas toujours facile de se comprendre, surtout lors des contrôles routiers », confie l’une d’elle.
Accès limité à l’information et à la formation
Les barrages policiers, fréquents sur les axes transfrontaliers, deviennent alors des points de tension. « On te demande 1 000 francs, parfois 500, sinon ta marchandise reste bloquée. Ces frais imprévus finissent par se répercuter sur le prix final du produit. » Le coût du transport, déjà élevé, s’ajoute à ces dépenses imprévues, rendant la marchandise moins compétitive. Pour ces femmes, le commerce à petite échelle limite les marges de manœuvre.
« On travaille avec de petits capitaux, alors que l’idéal serait de pouvoir acheter en quantité pour profiter de l’économie d’échelle. Au final, une bonne partie du bénéfice part dans les tracasseries » précise Mariam Koné.
Au-delà des questions de langue et de sécurité, un autre défi se pose celle de la méconnaissance des textes et procédures. « Beaucoup de femmes commerçantes n’ont pas eu la chance d’aller à l’école. Cela complique la compréhension des lois et des démarches administratives. Plus de 80% des femmes rencontrées lors de notre enquête entre la Côte d’Ivoire et le Ghana sont analphabètes », explique Maizan Florence. Cette réalité freine l’accès aux dispositifs officiels et à la structuration d’activités formelles.
Les commerçantes évoluent souvent dans l’informel, sans entreprise constituée, ce qui limite leur accès aux financements et à la protection sociale. « Ce n’est pas un blocage définitif, mais cela demande d’adapter les procédures. Il faudrait simplifier les démarches et traduire les règlements dans les langues locales pour permettre à toutes de mieux s’y retrouver » soutient Akissi Koffi.
Comment faciliter les échanges
Face à ces difficultés, la CEDEAO a lancée, ce lundi 30 juin 2025 à Abidjan, une la caravane qui suscite de l’espoir autour du corridor Abidjan-Lagos. « Il faut sensibiliser les autorités locales, la douane, les forces de sécurité, mais aussi la population, pour que les échanges commerciaux soient facilités », estime Maizan Florence. La libre circulation des marchandises, prévue par les accords régionaux, reste pour l’instant un idéal à atteindre sur le terrain.
La CEDEAO, par la voix de ses commissaires, réaffirme son engagement à accompagner les femmes commerçantes. Des politiques comme le Tarif Extérieur Commun et le Protocole sur la Libre Circulation des Personnes sont rappelées pour faciliter les échanges.
Pour que le commerce transfrontalier profite pleinement aux femmes, il s’agit désormais de rendre les textes accessibles, d’alléger les procédures et d’accompagner les commerçantes dans leur structuration. « Si on simplifie les choses, si on explique dans nos langues, on pourra avancer ensemble », affirme Mariam Koné.
L’Allemagne et la CEDEAO misent sur les femmes pour dynamiser le commerce régional
En Afrique de l’Ouest, le commerce transfrontalier reste un pilier essentiel pour l’économie régionale. L’Allemagne, en partenariat avec la CEDEAO, apporte un soutien marqué à la création d’un marché régional plus dynamique, en particulier pour les femmes entrepreneures. L’accent est mis sur le renforcement des petites et moyennes entreprises, l’accès facilité aux marchés agricoles et l’intégration des femmes dans les chaînes de valeur.
Pourtant, sur le terrain, les femmes commerçantes affrontent de nombreux obstacles : harcèlement, difficultés d’accès à l’éducation et au financement, sans oublier les violences physiques ou psychologiques. Pour répondre à ces réalités, des mesures concrètes voient le jour : formations en langues locales, horaires adaptés, accès facilité aux institutions financières, et accompagnement en gestion d’entreprise. L’objectif est de donner aux femmes les moyens de développer leurs activités et de s’imposer comme actrices majeures du commerce régional1.
Sensibilisation et reconnaissance du rôle des femmes
À Abidjan, lors d’une campagne de sensibilisation organisée par la CEDEAO et l’Allemagne, des femmes comme Clémentine Kouassi et Madame Coulibaly ont pris la parole pour rappeler l’importance de leur rôle. Chaque jour, des milliers de commerçantes franchissent les frontières, souvent au prix de leur sécurité, pour faire vivre leurs familles et soutenir l’économie locale.
Cette campagne vise à mieux informer les commerçantes sur leurs droits, les réglementations douanières et les possibilités offertes par la Zone de Libre-Échange Continentale Africaine (ZLECAf). Les attentes sont claires : accès au financement, infrastructures adaptées, allègement des tracasseries administratives et reconnaissance officielle de leur contribution à l’économie régionale.
Soutien institutionnel au négoce transfrontalier
La CEDEAO, par la voix de ses commissaires, réaffirme son engagement à accompagner les femmes commerçantes. Des politiques comme le Tarif Extérieur Commun et le Protocole sur la Libre Circulation des Personnes sont rappelées pour faciliter les échanges. Madame Massongbé Touré, commissaire aux Affaires économiques, insiste sur l’importance de former les femmes aux textes communautaires pour limiter les abus et les blocages injustifiés. Elle voit dans la ZLECAf une opportunité de structurer un commerce souvent informel et d’en faire un levier de croissance pour toute la région.
En renforçant les capacités des femmes et en simplifiant l’accès aux marchés, la CEDEAO et ses partenaires espèrent poser les bases d’une intégration régionale plus inclusive et durable. Soutenir ces femmes, c’est miser sur la prospérité de toute l’Afrique de l’Ouest.


