
Le confère Le Nouveau Réveil est revenu sur cette affaire, en donnant la parole à Éric Boly, plus connu sous le nom d’Éric Dollar, ancien animateur et désormais porte-voix du collectif des ex-agents de la RTI.
Un choc
« Ce fut un choc. Un matin, sans préavis, nous avons été remerciés. Depuis, c’est la descente aux enfers. » Ces mots d’Éric Boly résument le traumatisme que partagent les licenciés de la RTI.
Eric Boly, un ex-agent de la RTIEric Boly, un ex-agent de la RTI
Pour eux, cette vague de licenciements n’avait rien d’économique, mais tout d’un règlement de comptes politiques. Ils dénoncent une véritable « chasse aux sorcières », qui aurait visé en priorité les personnes supposées proches de l’ancien régime.
Une quarantaine de ces ex-agents sont décédés, souvent faute de moyens pour se soigner. D’autres vivent avec des comptes bancaires bloqués ou sombrent dans la dépression
Depuis 2011, une quarantaine de ces ex-agents sont décédés, souvent faute de moyens pour se soigner. D’autres vivent avec des comptes bancaires bloqués ou sombrent dans la dépression. Aucun accompagnement n’a été proposé, ni tentative de réinsertion. Le syndicat SYNINFO, à l’époque, avait tenté de contester la décision. En vain.
L’argument budgétaire avancé par la direction de la RTI est aujourd’hui vigoureusement remis en cause. « À notre départ, la RTI comptait 864 agents. Aujourd’hui, ils sont près de 1 400. Et plus de 600 recrutements ont été faits après notre licenciement. Où est la logique économique ? », questionne Éric Boly. Selon lui, les conditions de travail et de rémunération au moment des faits ne justifiaient nullement une telle mesure.
Les personnes ciblées
Il va plus loin, évoquant une volonté manifeste d’écarter certains profils : « Les personnes ciblées étaient celles perçues comme hostiles au nouveau pouvoir ou soupçonnées de loyauté à l’ancien président. Il s’agissait clairement d’un nettoyage. »
Le silence des autorités et l’absence de réponse institutionnelle face à cette situation prolongent leur calvaire. « Nous avons saisi toutes les instances possibles. Jusqu’ici, aucune réaction. Pas même un geste de reconnaissance », déplore-t-il.
Ce que nous voulons, c’est la justice, la reconnaissance de notre préjudice, et le rétablissement de notre dignité
Face à cette indifférence, les ex-agents se sont organisés en collectif pour revendiquer leurs droits, interpeller les autorités, et alerter l’opinion. « Nous ne cherchons ni vengeance, ni posture politique. Ce que nous voulons, c’est la justice, la reconnaissance de notre préjudice, et le rétablissement de notre dignité. »
Le collectif lance un appel solennel au président de la République pour qu’une solution équitable soit trouvée. « On ne peut pas parler de réconciliation nationale sans justice sociale. Faut-il attendre qu’on dépasse les 100 morts pour agir ? », conclut Éric Boly, rendant hommage à Jack Bahoua, l’un des derniers licenciés à avoir perdu la vie dans l’indifférence générale.


