En Guinée, la Génération pour la Modernité et le Développement (GMD) a plié le scrutin législatif de fin mai dernier. Le mouvement de Mamadi Doumbouya s’est adjugé 94 élus nationaux, une majorité confortable pour légiférer. La mouvance présidentielle s’est accaparé des 49 sièges restants.
Les élections législatives du 31 mai 2026 devront refermer la transition militaire du CNRD guinéen. La proclamation des résultats provisoires a été faite, vendredi 5 juin, par la Direction générale des élections (DGE). Comment la GMD a-t-il dominé le scrutin guinéen ? Le mouvement qui porte le président Mamadi Doumbouya, a réalisé une performance historique. Sur les 147 sièges que comptera la future Assemblée nationale, la mouvance présidentielle s’assure d’ores et déjà une majorité absolue confortable.
La GMD plie le scrutin s’offre 94 députés sur 147
Le système électoral guinéen combine deux modes de scrutin. Le premier, dit majoritaire uninominal ou plurinominal, concerne 98 sièges répartis dans 50 circonscriptions à travers le territoire national. C’est sur ce terrain que la GMD a frappé un grand coup. Sur les 98 sièges en jeu, elle en a raflé 94. Soit une hégémonie quasi totale. Seules deux circonscriptions ont résisté à la vague : Koundara, dans la région de Boké, où le Front Démocratique de Guinée (FRONDEG) a arraché un siège, et Gbessia, dans le Grand Conakry, où une autre membrane politique est sortie victorieuse avec trois élus. Partout ailleurs, de Boké à Nzérékoré, en passant par Kankan et Labé, la GMD a placé ses candidats. Une razzia qui témoigne d’une machine électorale bien huilée et d’un ancrage territorial que beaucoup n’avaient pas anticipé. Dans le détail, des figures familières au grand public font leur entrée à l’hémicycle : à Matoto, c’est Ansoumane Damaro Camara qui a été élu ; à Dixinn, Melia Ismaël Soumah ; à Kaloum, Marie Rose Camara. La liste des noms, longue comme le bras, confirme la mainmise du mouvement sur l’ensemble des régions. Pour les Guinéens de l’étranger, la GMD a également fait le plein : Amadou Diarouga Diallo pour l’Afrique, Ali Fadiga pour les Amériques, Tidjane Koïta pour l’Asie et Fatoumata Binta Diallo pour l’Europe siègeront à l’Assemblée. Quatre voix venues de la diaspora, toutes acquises à la cause présidentielle.
La proportionnelle, talon d’Achille contourné par des alliances bien ficelées
Là où la mécanique s’est montrée plus délicate, c’est sur le scrutin de liste nationale à la représentation proportionnelle. Celui-ci attribue 49 sièges en fonction des voix obtenues par les partis politiques agréés. Or, la GMD n’est pas juridiquement reconnue comme un parti politique officiel. Il s’agit d’un mouvement. Par conséquent, elle ne pouvait pas présenter de candidats sous sa propre bannière sur la liste nationale. Résultat : zéro siège direct pour la GMD à la proportionnelle. Mais les stratèges de la mouvance présidentielle avaient anticipé ce couac. Plutôt que de laisser le terrain vierge, ils ont noué des alliances avec plusieurs formations politiques amies, chargées de porter la voix du président Doumbouya sur la liste nationale. Ces partis alliés, bien qu’officiellement indépendants, ont bénéficié du soutien implicite de l’appareil d’État. Et les chiffres parlent d’eux-mêmes. L’Union pour un Mouvement Populaire (UMP) arrive en tête de ce scrutin proportionnel avec 636 900 voix, soit neuf sièges. Le Nouveau Départ (ND) suit avec 494 714 voix et sept sièges. Le Rassemblement Guinéen du Travail (RGT) obtient également sept sièges. D’autres formations plus modestes complètent le tableau : la FIDEL (6 sièges), l’UDD (5 sièges), et une quinzaine de petits partis qui décrochent chacun un ou deux sièges. Au total, la mouvance présidentielle contrôle ainsi indirectement la quasi-totalité des 49 sièges de la liste nationale, via ses alliés. Une ingénierie électorale qui a permis de contourner l’obstacle juridique sans perdre le bénéfice politique.
Des figures de la transition parmi les élus de la liste nationale
Parmi les 49 députés provisoirement élus au titre de la proportionnelle, plusieurs noms sont déjà bien connus des Guinéens. On retrouve ainsi l’ancien président du Conseil national de la transition (CNT), Dr Dansa Kourouma, élu sous la bannière de l’UMP. Sa présence est hautement symbolique : celui qui a accompagné la transition depuis ses débuts siègera désormais dans l’opposition ou dans la majorité selon les alliances futures. D’autres anciens membres du CNT figurent sur les listes, à l’image de Jean Paul Cedy ou de Charlotte Daffé, cette dernière étant apparue sous les couleurs de la FIDEL. L’ancien ministre Jean Paul Cedy, lui, rejoint les rangs de l’UMP. Ces visages familiers assurent une continuité entre l’organe transitoire et la future Assemblée élue. Ils incarnent aussi la volonté d’une certaine stabilité politique après des années de régimes provisoires. Au chapitre des surprises, on note également la présence de plusieurs acteurs de la société civile reconvertis en parlementaires. Le mélange des genres – anciens opposants, ralliés de la dernière heure, cadres du régime – compose un paysage parlementaire hétéroclite mais globalement acquis à la cause présidentielle. Reste à savoir comment ces différentes sensibilités cohabiteront au sein de l’hémicycle. Avec 94 députés issus du scrutin majoritaire et une trentaine de sièges supplémentaires via ses alliés proportionnels, la mouvance Doumbouya dispose d’une majorité solide, proche des deux tiers.
La Cour suprême, dernière instance avant la validation finale
Le processus électoral n’est pas tout à fait achevé. Comme le veut la loi, les résultats provisoires proclamés par la DGE ont été transmis, dans la nuit du 4 au 5 juin 2026, au greffe de la Cour suprême. La directrice générale des élections, Djenabou Touré, s’est félicitée de l’accomplissement d’un cycle électoral qui a débuté avec le référendum constitutionnel, s’est poursuivi avec l’élection présidentielle et s’achève avec les législatives et les communales. « C’est un instant solennel », a-t-elle confié aux médias, avant de rappeler les délais : dès l’enregistrement des résultats, les candidats disposent de 48 heures pour introduire d’éventuels recours. La Cour suprême dispose ensuite d’un délai d’examen, pour une procédure totale d’environ huit jours. D’ici là, les noms publiés par la DGE restent provisoires. Des contestations locales pourraient encore modifier la composition finale de l’Assemblée. Mais au vu de l’ampleur de la victoire de la GMD, il est peu probable que quelques recours ponctuels changent la donne globale. La nouvelle Assemblée nationale, dominée par la mouvance présidentielle, devrait être installée dans les semaines à venir, achevant ainsi la transition politique ouverte après la prise de pouvoir par Mamadi Doumbouya. Aux Guinéens à observer si cette majorité écrasante saura se montrer à la hauteur des défis économiques et sociaux qui attendent le pays. L camp présidentiel peut savourer : la machine législative lui appartient désormais.



