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Mali : La pénurie de carburant gagne les établissements et fait sécher les cours pour 15 jours

Au Mali, la pénurie de carburant paralyse à 80% le secteur de l’éducation nationale. L’année scolaire vient d’être suspendue pour deux semaines faute de carburant. Conjointement, deux départements ministériels ont signé un arrêté à cet effet. La semaine dernière, des universités, instituts et grandes écoles avaient anticipé en offrant « des congés gracieux à leur personnel enseignant ainsi qu’aux étudiants », visiblement peinés d’avoir du carburant pour leur mobilité.

Au Mali, la guerre économique des groupes armés terroristes (GAT) dont le JNIM perturbe profondément la mobilité. Après 45 jours de blocus, les ministères de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur du Mali s’obligent à annoncer la suspension des cours à l’école et à l’université dans tout le pays en raison de la pénurie d’essence qui frappe le pays. Depuis septembre, les jihadistes du JNIM (groupe affilié à Al-Qaida) imposent en effet un blocus sur le carburant importé des pays voisins. Dans un communiqué conjoint, les deux départements ministériels justifient cette décision par « les perturbations dans l’approvisionnement en carburant qui affectent les mouvements des acteurs de l’école ». Les cours sont officiellement suspendus du lundi 27 octobre au dimanche 9 novembre. Les établissements scolaires et universitaires doivent rouvrir leurs portes le lundi 10 novembre, selon le calendrier annoncé.

Un blocus jihadiste qui étouffe
Cette paralysie du système éducatif trouve son origine dans un blocus imposé depuis septembre par le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (Jnim), affilié à Al-Qaïda. L’organisation jihadiste cible systématiquement les camions-citernes transportant du carburant depuis les pays voisins, notamment le Sénégal et la Côte d’Ivoire. Pour ce pays sahélien enclavé, ces attaques ont des conséquences dramatiques. La majorité des biens importés transitent justement par ces axes routiers devenus trop dangereux. Le carburant se fait de plus en plus rare, affectant tous les secteurs de l’économie et maintenant la vie quotidienne. Certains établissements d’enseignement supérieur avaient anticipé la crise. La semaine dernière, plusieurs universités, instituts et grandes écoles avaient déjà offert « des congés gracieux » à leur personnel et à leurs étudiants. Une manière de reconnaître l’impossibilité pour beaucoup de se rendre sur les campus.

Sur le terrain, la situation devient critique. Devant les stations-service encore approvisionnées, les files d’attente s’étirent sur des centaines de mètres. À Bamako, des scènes identiques se répètent de Magnambougou à Faladié en passant par Niamakoro. « J’ai passé toute la journée dans cette station. Même pas un litre. C’est devenu une guerre de nerfs », témoigne un chauffeur de moto-taxi, contraint de pousser son véhicule pour rentrer chez lui. La tension monte au fur et à mesure que les réserves s’épuisent. Devant les pompes, les attentes s’éternisent, parfois sur plusieurs jours. Des altercations éclatent régulièrement, nécessitant l’intervention des forces de l’ordre pour maintenir un semblant d’ordre. Cette pénurie a naturellement fait émerger un marché parallèle où les prix s’envolent. « À Faladié, un litre se vendait à 2 500 francs CFA ce matin. C’est du jamais vu », rapporte une vendeuse de condiments, elle-même contrainte de marcher des kilomètres pour s’approvisionner.

L’éducation, victime collatérale
La suspension des cours pour cause de pénurie de carburant indique la vulnérabilité croissante des services essentiels au Mali. Le communiqué ministériel évoque d’ailleurs un « prochain réaménagement » des calendriers scolaires et universitaires, preuve que la crise pourrait avoir des conséquences durables sur l’année académique. Pour des millions d’élèves et d’étudiants, ces quinze jours d’interruption s’ajoutent aux difficultés accumulées ces dernières années. Les acteurs du secteur éducatif s’inquiètent des retards supplémentaires que cette pause forcée va engendrer.

Les perturbations dans l’approvisionnement en carburant qui affectent les mouvements des acteurs de l’école
Alors que la communauté internationale suit avec attention l’évolution de la situation sécuritaire au Sahel, cette crise scolaire rappelle que les conséquences des conflits dépassent largement le cadre militaire. L’éducation, essentielle pour l’avenir du pays, paie un lourd tribut à l’insécurité qui règne sur les axes routiers. Les quinze prochains jours s’annoncent déterminants pour mesurer la capacité des autorités à trouver des solutions face à cette asphyxie organisée.

 

 

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