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Liban : Face à l’hégémonie du Hezbollah, le vent de changement souffle sur la communauté chiite

Un nouvel élan souffle sur la communauté chiite au Liban. L’affaiblissement militaire du Hezbollah après son dernier conflit avec Israël et l’effondrement du régime Assad en Syrie offrent un terreau fertile à une opposition interne. Des journalistes, intellectuels et figures chiites s’organisent pour proposer une alternative politique qui reflète les bouleversements en cours.

C’est dans ce contexte que se tient ce mercredi à Beyrouth, au siège de l’ordre de la presse, un meeting inédit pour lancer un « document de sauvetage ». Rédigé par des opposants notables au Hezbollah, ce texte vise à redéfinir le rôle du chiisme politique dans un Liban en crise. « Nous devons sauver ce qui reste encore du chiisme politique libanais », déclare Mohammad Barakat, rédacteur en chef du site Assas et contributeur à l’initiative, aux côtés de figures comme Hadi Mrad et Ali el-Amine.

La fin d’un « service militaire obligatoire
Pour Barakat, la domination iranienne sur la communauté chiite a imposé des décennies de sacrifices. « Pendant vingt ans, nous avons servi malgré nous le projet du velayet-e faqih. Plus de 20 000 jeunes ont perdu la vie. Il est temps de tourner la page », déplore-t-il. Selon lui, la dernière guerre contre Israël a provoqué une prise de conscience dans les rangs chiites, ouvrant la voie à un discours politique libéré de l’influence du Hezbollah.

« Le Hezbollah reste une force politique incontournable, avec une influence décisive dans le choix du futur président de la République. Mais son poids se limitera désormais à ses capacités parlementaires », prédit Jaouhari.
Le cheikh Abbas Jaouhari, opposant au parti depuis des années, partage ce constat. « Les mentalités changent. Nous misons sur cette transformation pour prôner l’intégration du Hezbollah dans les institutions étatiques et une gouvernance respectueuse de l’accord de Taëf », affirme-t-il. Il note que le parti pro-iranien semble lui-même conscient de ce virage. « Naïm Kassem (secrétaire général adjoint du Hezbollah) a récemment affirmé vouloir faciliter l’élection d’un nouveau président, ce qui marque un recul par rapport à leurs positions habituelles », ajoute Jaouhari.

Un vent de réforme et obstacles
Ce mouvement n’est pas la première tentative pour fédérer l’opposition chiite au tandem Hezbollah-Amal. Par le passé, ces initiatives ont souvent échoué, parfois étouffées par des violences ciblées. Mais pour ses instigateurs, la donne a changé. « La chute du régime syrien est un moment charnière. Nous devons en tirer parti pour rééquilibrer les forces sur la scène libanaise », insiste Jaouhari.

Cependant, cet optimisme est tempéré par la réalité du terrain. « Le Hezbollah reste une force politique incontournable, avec une influence décisive dans le choix du futur président de la République. Mais son poids se limitera désormais à ses capacités parlementaires », prédit Jaouhari. Il souligne néanmoins que la rhétorique traditionnelle du Hezbollah, centrée sur la dualité « protéger et construire », ne trouve plus d’écho après les destructions causées par ses guerres.

 

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