09202017Headline:

Côte d’Ivoire: Pénurie d’attiéké à Abidjan : Et si KKB avait raison?

kkb attieke

Ces derniers temps, les Ivoiriens ont remarqué un manque drastique de l’attiéké (semoule de manioc) sur le marché du fait de la pénurie de la matière première qui intervient dans sa fabrication: le manioc. Une situation similaire à celle de 2013, où la denrée s’était faite rare sur tout le territoire national.

Face à cela et en  jetant un regard rétrospectif  sur les propositions faites par les candidats lors des campagnes présidentielles de 2015, l’on se demande si le député de Port-bouët Kouadio Konan Bertin n’avait pas raison lorsqu’il avait dans son programme de Gouvernement mentionné l’industrialisation de la filière manioc qui, selon ses recherches augmenterait 10 fois plus la production actuelle.

Selon lui, avec la recherche et le progrès technique, la Côte d’Ivoire peut produire jusqu’à 10 fois ce que nos parents produisent à l’hectare. « De ce manioc, on peut produire notre attiéké national, mais également de l’amidon, et même développer une industrie du plastique » a-t-il expliqué.
« Le savez-vous, qu’en dehors du café et du cacao que la transformation de l’attiéké simplement peut valoir à la Côte d’Ivoire la somme de 20 000 milliards de FCFA ? » avait questionné le député lors de l’émission « face aux électeurs », le mardi 20 octobre 2015.
Le projet  avait été tourné en dérision, faisant de l’élu la risée du web. Le sachet d’attiéké, était appelé  le « KKB »(diminutif de son nom).
Cependant, à bien y regarder, KKB n’avait pas tout à fait tort de miser sur un produit, qui se veut la principale denrée alimentaire de nombreuses populations.
A Abidjan la boule d’attiéké qui coûtait jadis 100F s’achète désormais à 200 voir 300 francs CFA. Le manque se ressent jusque dans les garbadromes de la capitale où les vendeurs sont obligés de réduire la ration des clients et de monter les enchères.
A Dabou, petite ville du sud de la Côte d’Ivoire et l’un des principaux lieux de production de l’attiéké, les prix ne sont pas bien différents de ceux de la capitale. Les vendeuses expliquent cela par le manque de la matière première, le manioc.
Quand on se rend en campagne pour trouver une explication, le constat est qu’il est donné de voir est alarmant: la culture de l’hévéa se fait au détriment de celle du manioc.
Selon les analystes, cette tendance pourrait compromettre l’autosuffisance alimentaire du pays et environ deux tiers des terres arables de la région de Dabou sont utilisées pour faire pousser des hévéas et la tendance est à la hausse.
Selon Daouda Dahaux, agro-économiste auprès du Centre suisse de recherche scientifique (CSRC) d’Abidjan, si rien n’est fait pour encourager la culture du manioc, et si on considère la croissance démographique dans une ville comme Abidjan, on risque de connaître d’importantes pénuries d’ici 10 à 15 ans, la menace est réelle.
Cependant, de 2015 à aujourd’hui, le prix de l’hévéa a considérablement chuté, passant de plus de 1000Fcfa à moins de 500Fcfa. Le vieillissement de la terre et le délaissement de la culture du manioc sont les principaux facteurs de cette pénurie sur le marché ivoirien.
Au vu de tout ce qui précède n’est-il pas urgent de mettre les bouchées doubles pour améliorer et accroître  la production du manioc et accélérer le processus d’industrialisation de l’attiéké.
Non seulement pour faire face à cette pénurie et permettre à notre pays de réaliser des recettes conséquentes avec l’exportation car l’attiéké est très prisée au-delà des frontières ivoiriennes non seulement par la diaspora mais les autres peuples aussi.
L’industrialisation permettra aussi à notre pays d’en finir avec les  importations massives de produits alimentaires à l’instar de plusieurs pays africains qui ont misé sur les industries locales de transformation des produits agricoles.
Le temps serait donc venu pour nos autorités d’encourager toute recherche allant dans ce sens, et de dégager des fonds pour soutenir les structures qui souhaiteraient se lancer dans la transformation du manioc et ses produits dérivés.
En 2009, dans son mémoire, Kouamé Stéphane Alexis Koffi, Ingénieur des techniques agricoles : Option Agro-industrie à l’institut national Felix Houphouët-Boigny de Yamoussoukro (Côte d’Ivoire), avait dans son mémoire proposé plusieurs méthodes pour la production industrielle de l’attiéké.
Selon lui, s’appuyant sur la technologie française et Malaisienne, l’attiéké peut être produit en grande quantité en temps record, réduisant ainsi le temps de travail.
Par exemple pour l’épluchage qui se fait communément à la main, il avait proposé l’utilisation d’une machine de fabrication française qui effectue cette tâche «en même temps que le fractionnement du cylindre central en crossette de sections carrées de façon originale ».
En ce qui concerne la granulation l’ingénieur ivoirien avait préconisé la méthode thaïlandaise et indonésienne qui consiste en « la mise en granulé des cossettes sèches  dans le but d’obtenir un produit homogène de manipulation plus aisée et de plus faible encombrement, susceptible de transport en vrac et destiner aux achats européens ».
Toutes ces étapes  permettront à l’attiéké d’obéir aux normes internationales de conditionnement pour faciliter son exportation dans le monde entier. Après la phase de fabrication, l’ingénieur a démontré les avantages financiers de l’industrialisation de l’attiéké.
Avec un prix raisonnable de 300F CFA à l’international,  la commercialisation de l’attiéké seul pourrait rapporter 20.280 milliards de FCFA. Pour étayer ces dires, il explique que « si chaque Chinois consommait un seul attiéké par an, cela ferait 1,3 Mds de personnes X 300 CFA, soit 390 Mds CFA.
Si la consommation chinoise passait maintenant à une fois par mois, cela ferait 390 Mds X 12 mois, soit 4.680 Mds CFA, c’est-à-dire 10 fois le budget alloué aux paiements des salaires des fonctionnaires ivoiriens, y compris les corps habillés », a-t-il ajouté avant de poursuivre : « Et si maintenant, la consommation passait à une fois par semaine, alors cela ferait 390 Mds X 52 semaines, soit 20.280 Mds CFA, soit 11 fois le budget national de la Côte d’Ivoire !!! ».
D’aucun dirait qu’entre la théorie et la pratique le fossé est grand, cependant face à ces difficultés engendrées par la pénurie de cette denrée présente dans le menu de la majorité des ménages, il serait judicieux d’analyser ces propositions afin d’évaluer sa faisabilité .
A regarder de près KKB n’avait pas tord
source: lebabi

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